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YelloPark : quelques réponses à Eric Chalmel

dimanche, juin 10th, 2018

L’excellent Eric Chalmel, qu’on ne peut soupçonner d’une malveillance particulière à l’égard de la municipalité et de sa Maire, ne comprend pas : quelle mouche a donc piqué Johanna Rolland d’aller se commettre à envisager de favoriser une première française, la construction d’un stade de foot de 40000 places sous maîtrise d’ouvrage et financement exclusivement privés, accompagnés d’un projet urbain d’ampleur certaine dont les bénéfices seraient affectés au financement dudit stade ?

La réponse est pourtant simple : parce qu’elle est convaincue que c’est l’intérêt de Nantes, place historique du foot français, de continuer d’être dotée d’un club de premier plan et d’un équipement permettant d‘accueillir les plus grands évènements sportifs comme les plus grands spectacles internationaux, tout autant qu’elle est déterminée à ce que pas un sous d’argent public local ou même national ne soit affecté à une opération d’investissement le permettant pour les 30 prochaines années. « Avant dix ans, on me reprocherait de n’avoir rien fait aujourd’hui » répète-t-elle légitimement.

Le stade d’une époque…

Jusqu’alors, donnons en acte à notre étonné, et jusque récemment avec la vague de nouveaux stades construits à l’occasion de l’Euro 2016, et toujours pour les sports de salle, c’est la puissance publique locale, plus ou moins aidée par l’état, qui assumait investissement et, à des degrés divers, entretien, mises aux normes et modernisations. Sans parler des subventions de fonctionnement. Or cette époque est révolue. Elle aurait même du l’être avant que des métropoles se fourvoient dans des PPP hors de prix pour des stades dont la seule finalité, l’évènement Euro 2016 passé, est de constituer les centres de profits nécessaires au modèle économique du foot professionnel. La Cour des comptes a sévèrement évalué cette opération, considérant que l’argent public n’aurait jamais du porter ces investissements à des conditions où l’aléa sportif est un risque porté par les dites métropoles, et où jamais les loyers versés par les clubs ne pourront équilibrer l’ensemble de l’opération : les collectivités ne sont dans ce cas jamais en position de force dans la négociation du loyer, soumises qu’elles sont au chantage permanent des dirigeants de club (« Vous voulez être responsable de notre relégation ? »). Le sauvetage sportif in extrémis du LOSC évitant à Lille Métropole plus d’1,5 million d’Euros de perte sèche annuelle et les négociations marseillaises ou stéphanoises sur le mode de gestion des stades et le niveau de leur loyer en sont des illustrations peu réfutables.

La L1, un service public ?

On peut certes, et c’est ce qui taraude notre incrédule, contester, de préférence véhémentement, ledit modèle économique du foot business, dénoncer son inflation salariale délirante et les droits télés démentiels qui viennent de valoriser le spectacle pas toujours génial d’une L1 française à plus d’1 milliard d’Euro. Quel sage pourrait trouver cela raisonnable ? Mais dans ce cas, honorons Albert Mahé jusqu’à plus soif (il est Bretvin comme moi !), qui refusa de voter dans les années 80 le projet du futur stade de la Beaujoire au motif qu’il considérait que l’argent public ne devait pas contribuer aux salaires des footballeurs, déjà élevés à l’époque, quoi qu’infiniment moins qu’aujourd’hui. On cherche à faire passer la Beaujoire pour un « commun », un bien de la collectivité qui serait en passe d’être « privatisé ». Le joli conte que voilà ! La belle illusion ! L’habile trompe-l’oeil ! Certes, ce stade fait partie de l’inventaire des biens de la collectivité, de Nantes Métropole pour être précis. Mais à quel service public est-il aujourd’hui affecté ? La L1 aurait été promue à ce rang honorable sans qu’on m’ait averti ? Je m’esclaffe ! La vérité est qu’il est confié depuis bientôt 18 années au FCN qui en assume l’entretien courant (y compris la pelouse) en échange d’une exploitation exclusive. Le FCN paye à la collectivité une redevance effectivement trop modeste (dont le projet YelloPark rend de fait la nécessaire renégociation sans objet), fruit d’une négociation globale lors du vente du club à la SOCPRESSE en 2000 par l’association FCN. Le deal financier trouvé à l’époque comprenait aussi une subvention de plus 1M€ aujourd’hui quasi-disparue. Il laisse à la charge de la Ville, puis de la Métropole, les investissements du propriétaire. Bref, il en est de la Beaujoire comme des stades nouveaux de 2016, à la différence près que les financements d’état étaient incomparablement plus généreux à l’époque et que l’économie générale du foot ne pouvait se passer des subventions publiques locales et de leurs investissements. On peut donc dire que, dans le contexte de l’époque, Alain Chénard a profité, comme le fait Johanna Rolland aujourd’hui, d’une conjonction d’éléments favorables au maintien à Nantes d’un stade correspondant aux ambitions du club comme à son époque, pour les trente années qui suivaient et au meilleur prix. Affirmer que la vente de Louis-Fonteneau est une « privatisation » n’a donc de sens que sur le plan comptable ! Cela fait 18 ans que le seul droit de la ville est de payer des factures comme le renouvellement rendu obligatoire des sièges et de l’éclairage par les règlements de l’UEFA…

Veillons donc à être cohérent : on ne peut à la fois dénoncer les dérives du foot business et ses mafias et envisager sans rire que la collectivité finance une rénovation de la Beaujoire 1. Elle ne changerait rien à l’immoralité justement dénoncée du système et se contenterait de coûter fort cher au contribuable sans même satisfaire son club résidant et exploitant exclusif. Les inventeurs d’une rénovation se placent dans la situation ou des clients viendraient imposer à un commerçant les conditions matérielles de son exploitation, à ses frais et sans qu’il ait son mot à dire, quand bien même il serait convaincu de l’insuffisante rentabilité de son établissement ainsi rénové. On peut considérer que le foot pro c’est sale, et que Nantes s’honorerait à saborder son club emblématique au nom de la morale. C’est exactement ce à quoi conduirait la seule alternative existant aujourd’hui autrement qu’en rêve au projet YelloPark : le statu quo.

(suite…)

YelloPark : donner sa chance à la concertation

vendredi, mars 9th, 2018

La confrontation de projets touchant à leur cadre de vie avec nos concitoyens n’est pas un long fleuve tranquille. L’ami Alain Robert, le plus souvent en première ligne, ne me démentira pas.

Que l’on se situe dans le cadre d’une information, d’une consultation, d’une concertation ou d’une co-construction, dans l’ordre croissant du niveau de la participation proposée aux personnes concernées, l’exercice est difficile.

W.Kita et Y. Joubert, fondateurs de la société YelloPark et porteurs du projet éponyme, peu rompus ni même aculturés à l’exercice, en font actuellement l’expérience pour eux inattendue et parfois difficile. D’autant plus que, s’agissant de football, d’autres usagers sont à considérer : les spectateurs du stade, les supporters, du sage abonné aux ultras revendiqués. A la fois clients et commentateurs critiques, ils vivent le FCN comme leur appartenant (comme nous disons qu’il appartient à tous les Nantais !). Certains contestent même la légitimité du propriétaire du club à décider de sa stratégie et de son avenir, son incompétence étant un postulat affirmé d’emblée. Ils ne sont certes pas tous d’accord pour s’opposer au projet de nouveau stade. Mais l’activisme passionné de la Brigade Loire et le savoir-faire éprouvé d’A la Nantaise en communication politique créent une opposition qui n’a pas d’ambition partenariale, mais une volonté assez claire de nuire au projet et/ou à ses promoteurs.

Dessin de FRAP du 30-09-2017 paru dans Presse-Océan

Ayant eu la charge du dialogue citoyen dans le mandat précédent, j’en avais tiré quelques enseignements utiles à rappeler aujourd’hui, alors que la concertation conduite sous contrôle de la CNDP est entrée dans le vif du sujet.

Une concertation – car nous ne sommes pas, et de manière parfaitement assumée, dans le cadre d’une co-construction – peut être fructueuse pour l’intérêt général et la qualité des projets si elle respecte et fait respecter quelques principes.

Le premier est la clarté de la question posée. Il faut la rappeler sans relâche, tant les tentatives de changer de terrain sont nombreuses, et pas forcément de mauvaise foi. La concertation porte ainsi sur le projet purement privé d’un stade nouveau de 40000 places, associé à un projet urbain conséquent. Elle n’est pas et n’a jamais été – contrairement à ce qu’une lecture spécieuse du premier atelier d’approfondissement tente de laisser croire – un lieu de débat d’une l’alternative entre un projet existant et bien réel, YelloPark, et son opposé, rêvée par certains mais concrètement portée par personne, la rénovation du stade Louis Fonteneau. Les garants de la CNDP, dont la tâche est bien compliquée, scrupuleusement à l’écoute de toutes et tous, ont considéré que les porteurs du projet et Nantes Métropole devaient entendre l’expression d’autres préférences argumentées et apporter tous arguments et documents à l’appui d’une décision qui reste leur appartenir. Chacun s’est exécuté pour ce qui le concerne. C’est là que le non-respect d’un second principe de base vient compliquer les choses : la reconnaissance des compétences techniques.

Les tenants d’une rénovation de la Beaujoire (qui n’est envisagée par personne capable de la porter et de la financer, on ne le rappellera jamais assez !) s’enferment dans une posture de contestation des expertises techniques apportées au débat et tentent de s’ériger en contre-experts. Au lieu de faire valoir leur expertise d’usage du stade en tant que spectateurs ou supporters ayant une voix légitime à faire entendre pour la satisfaction de leurs besoins et aspirations de spectateurs/supporters, ils entendent convoquer porteurs, institutions et experts au tribunal de leur propre arbitrage. Passons sur la forme parfois désagréable des sommations, ils nient (ou contestent ou demandent à vérifier à tout le moins) la compétence, voire l’honnêteté des spécialistes qui se sont penchés sur le cas Beaujoire, notamment d’un cabinet nantais d’architecture pourtant réputé et dont je cherche en vain l’intérêt qu’il pourrait sérieusement avoir à bidonner son travail d’estimation du coût d’une rénovation répondant à tous les items du cahier des charges du club. Ils tentent alors de comparer des études qu’ils ne savent visiblement pas bien lire (c’est juste un métier !) ou de déduire d’éléments tronqués ou improprement confondus des arguments à l’appui de la thèse défendue. Triturer les chiffres d’une étude en mélangeant choux et carottes n’a jamais permis de conclure grand-chose de solidement étayé.

Ce comportement mène la concertation dans l’impasse.

En contestant (niant ?) pêle-mêle la légitimité du porteur et financeur du projet et la compétence des experts dont il a la sagesse de s’entourer, on se place forcément en situation de blocage en se privant de faire entendre sa voix sur le terrain où on aurait toute légitimité à intervenir : l’usage du stade, l’expérience spectateur pour reprendre les termes des commerciaux.

Cette posture, peut-être naïve mais sincère chez les uns, attachés à leur stade comme à leur propre maison, cynique chez d’autres qui font du combat « politique » contre les dirigeants actuels du FCN un fondement de leur action, a un autre inconvénient majeur : elle fait peu de cas d’autres intervenants légitimes à cette concertation, les riverains. Il peut certes y avoir convergence ou alliance objective entre  supporters excluant par principe toute démolition de l’actuelle Beaujoire et riverains refusant toute modification d’un environnement pourtant inégalement qualitatif : au patrimoine vert de grande qualité au nord de la parcelle, on opposera ce vaste parking inutilisé 14 jours sur 15 qui n’empêche pas de réelles nuisances les soirs de matches.

Mais s’il est une catégorie de citoyens ayant tout intérêt à rentrer dans le vrai sujet de la concertation, ce sont bien les riverains d’un projet urbain d’ampleur. Je ne doute pas de la capacité d’un Dominique PERRAUD de concilier qualité urbaine et de vie et mise en valeur d’un patrimoine vert préservé, avec le nombre significatif de logements projetés. Les riverains doivent être cependant entendus dans leurs inquiétudes concernant la circulation, le stationnement et le fonctionnement général d’un quartier édifié en bordure d’un stade de 40000 places.

Il faut donc souhaiter que la raison l’emporte et que la réalité (sans jeu de mots) apparaisse plus nettement à tous : dès lors que et le club, et la Métropole l’excluent pour des raisons dûment expliquées, sur la base d’études compétentes, publiques et transparentes, et à raison de leurs orientations respectives, il n’y aura pas de rénovation de l’actuel stade de la Beaujoire. Continuer à axer le débat public ou la concertation sur cette fausse alternative ne peut que gêner la prise en compte réelle des inquiétudes et questionnements légitimes des riverains et empêcher les nombreux supporters qui le souhaitent et n’osent même plus prendre la parole, d’apporter leur part d’expertise sur le stade, attendue sincèrement par les responsables du projet.