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Faire vivre le débat démocratique

samedi, mars 4th, 2017

Bon, ben voilà, c’est fait. J’ai rempli mon parrainage de Conseiller départemental pour Benoît Hamon et, promis, je le posterai !

Je le fais d’abord par cohérence et discipline : élu socialiste, encarté depuis plus de 30 ans, je dois mon parrainage au candidat de mon parti. Point barre.

Ou alors, c’est que je quitte mon parti. Ce qui, selon moi, serait une erreur et une faute.

Une erreur car la ligne politique qui est la mienne est majoritaire au sein du P.S au regard du seul indicateur qui vaille : le dernier congrès. Ceux qui prétendent que la primaire y a changé quelque chose se trompent lourdement : la primaire, ça désigne le-la candidat-e, pas l’orientation du parti. Et quand bien même un candidat minoritaire dans son parti vient à gagner cette primaire, c’est par un collège électoral différent. Le respect du vote militant, c’est une base, que je sache… Si un scrutin ouvert au-delà du parti venait annuler le vote des militants, je garderais ma cotis’, moi !

Et donc, revenons à nos moutons, si les majoritaires quittent le parti, ils le laissent…aux minoritaires, c’est arithmétique !

Pour ma part, j’aime les minoritaires du P.S quand ils le restent. Ils ont, en tant que minoritaires, une fonction, une utilité, un ADN politique. C’est leur vocation : leur pensée politique est conçue pour rester minoritaire. Leurs pratiques politiques et leurs postures sont cohérentes avec elle. Qu’un accident politique ou une désertion massive viennent à les rendre majoritaire, le P.S serait voué lui-même à la minorité, à l’opposition permanente, livrés aux maladies infantiles persistantes de la gauche (cf. de nombreux posts précédents), condamné à laisser la droite gouverner. Donc, pas d’erreur, je reste au P.S ! On ne va pas le laisser entre des mains qu’on ne saurait qualifier de mauvaises, juste d’inadaptées à sa vocation de parti de gouvernement. Le transformer oui, c’est urgent, et en profondeur ; le saborder, non ! (suite…)

Étonnez-moi, Benoît !

lundi, janvier 30th, 2017

Pour un plantage, c’est un beau plantage ! Le gus à qui je recommandais de se retirer de la primaire parce qu’il n’y ferait que de la figuration… Eh bien il a gagné ! Et largement avec ça ! Bref, après Trump, le Brexit, Fillon à droite et quelques autres trucs impossibles, voilà que Benoît Hamon est mon candidat ! Certes, je n’ai pas été le seul à ne pas le voir venir, y compris dans ses soutiens, mais quand même, ça questionne.

La vérité sortant de la bouche des enfants, c’est chez Patrick Mareschal, éternel adolescent politique, que j’ai trouvé la réponse la plus convaincante à mes questions. Que nous a dit notre premier président de gauche du Département pour expliquer son soutien à Benoît Hamon ? Que la présidentielle était déjà perdue.

Là, ça me parle. Pour moi qui rappelle obstinément qu’une élection est une compétition qu’on perd ou qu’on gagne, voilà un terrain de compréhension mutuelle !

Les électeurs de gauche auraient donc tellement intégré la défaite qu’ils auraient désigné, non un champion en mesure de la gagner (ou alors sur un concours de circonstances) mais un leader d’opposition porteur des idéaux auxquels ils ont envie de croire. Et tant pis si c’est déraisonnable. Depuis quand être de gauche serait être raisonnable ?

Dessin de Xavier Gorce - lemonde.fr - 25-1-2017

Dessin de Xavier Gorce – lemonde.fr – 25-1-2017

Très clairement, on a là le fruit du travail insuffisant (litote) du Parti Socialiste durant les quinquennats Chirac et Sarkozy. Il fallait refonder la social-démocratie européenne, et on a fait le congrès de Reims. Je l’ai déjà écrit, Hamon a eu le mérite d’animer la campagne autour d’idées nouvelles ( pas tant que ça d’ailleurs mais c’est apparu comme tel), avec une vraie cohérence et un vrai peps. Valls a fait une mauvaise campagne sur une ligne de pure posture d’autorité, sans proposition novatrice, ni même de réelle défense du bilan du quinquennat, encore moins de réponses de fond aux vraies questions posées par les propositions de Hamon. Empêcher Hollande, ce n’était pas suffisant Manuel… Au moins Benoît a-t-il eu un peu de temps entre son dernier coutelas planté dans le dos d’un pote et sa candidature…

Bref ! Les électeurs ont toujours raison et ceux qui pensent que la droite n’a pas encore gagné la Présidentielle ont apparemment une solution alternative à Manuel Valls (suivez mon regard…) puisqu’ils n’ont pas daigné venir le soutenir !

Je suis assez étonné (pas tant que ça en fait…) des comportements électoraux de nos concitoyen-ne-s et de leurs mouvements d’opinion. De droite, ils plébiscitent le type qui promet le plus de suppression de postes de fonctionnaire, au-delà même de toute possibilité matérielle. Qu’il gagne, ils lui reprocheront amèrement de ne pas tenir ses engagements. De gauche, ils se partagent entre une aventure personnelle mal identifiable, au contenu flou et aux valeurs incertaines (Macron) et ceux qui croient à une mesure emblématique tellement inenvisageable qu’ils n’imaginent pas un instant qu’elle puisse conduire son héraut à la victoire, lui même ayant avoué qu’il n’imaginait pas la mettre en œuvre avant les calendes grecques. Dans les deux cas, celui qui gagnerait (pas de risque s’ils sont effectivement tous les deux sur la ligne de départ !) serait bien embarrassé ! En résumé, pour gagner l’élection, il faut faire des promesses intenables quitte à ce qu’on le sache avant ! Et, évidemment, on ne peut pas être réélu ! (suite…)

Non à l’accompagnement et oui à la rupture !

mercredi, novembre 9th, 2016

Par un délicieux lapsus par omission, l’inénarrable Benoît H. (ce blog ne se résout pas à nommer complètement les renégats), le même à qui une bonne âme avait du expliquer ce qu’est l’économie sociale et solidaire à sa première nomination gouvernementale à ce portefeuille, celui qui n’a guère connu d’autre univers que l’appareil du Parti Socialiste où il a successivement trahi un paquet de gens, vient d’appeler implicitement les Français de droite, puis les autres, à réinstaller Nicolas Sarkozy à l’Elysée.

Égrenant sur France-Inter la liste des représentants du « système » destinés à connaître face à la fille Le Pen le sort d’Hillary Clinton face à Donald Trump, il a pris soin de n’oublier ni François Hollande ni Emmanuel M., ni bien sûr Juppé, mais a omis de citer Sarkozy, ainsi promu – il le dit d’ailleurs lui-même à peine en creux – meilleur rempart contre l’extrême-droite ! Relevant cet oubli fâcheux, le facétieux journaliste condamna notre malheureux camarade à ramer sérieusement le reste de l’interview.

Je ne peux évidemment soupçonner ce pauvre Benoît de souhaiter une telle issue pour mai 2017. Mais sa tentative de démonstration démarrant en belle envolée et s’achevant prématurément en atterrissage forcé, n’est pas sans devoir interpeller femmes et hommes de gauche.

Il est inévitable que l’élection américaine inspire des parallèles avec notre propre élection à venir. Les défis sont largement comparables, les comportements sociopolitiques en rapport aisé à établir, et notre propension à imiter les tendances made in USA avérée.

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Bernie Sanders aurait-il pu battre Trump ? Mélenchon et ses semblables de l’intérieur du P.S se sont hâtés de l’affirmer. L’avantage de ce type d’affirmation c’est qu’elle sera pour toujours invérifiable. C’est aussi sa faiblesse. Il est vrai que Sanders n’aurait pas eu le lourd handicap qu’à constitué pour Hillary sa longévité politique familiale avec toutes les casseroles réelles ou supposées qu’elle a du traîner, en plus du peu de sympathie qu’elle a naturellement inspiré aux électeurs de son propre camp. Pour le reste, l’affirmation paraît bien hasardeuse : comment réunir une majorité dans tous le pays quand on n’est pas en mesure de rassembler une majorité de son propre camp lors d’une primaire ? L’offre politique de Sanders s’est révélée ainsi incapable de dépasser une capacité de nuisance incontestable, tant il est vrai que la mobilisation électorale de la classe moyenne blanche américaine, déclassée ou en angoisse de l’être pour sa partie inférieure, ou juste peu encline au partage pour sa partie prospère (l’Iowa…), a été très supérieure à celle des minorités et des jeunes Démocrates qui soutenaient Sanders face à Clinton lors de la primaire.

Il faudrait donc être anti-système, anti-élites, anti-sachants, anti-intellectuels, anti-libre-échange, anti-mondialisation, pro-déficits et pro-dette publics pour gagner une élection aujourd’hui, qu’on soit de droite ou de gauche.

Il faudrait donc, si on suit Benoît, Jean-Luc, ou dans un autre style le très auto-satisfait Arnaud M., se conformer à ce nouveau « main stream » populiste à l’œuvre dans tout le monde occidental et même au-delà, pour avoir une chance…d’échapper à sa version trumpienne ou lepéniste, voire de battre la droite habituelle.

Nombre de commentateurs américains, l’écrivain Douglas Kennedy par exemple, entendus sur nos ondes nationales, relevaient que l’inculture largement partagée était parmi les fondamentaux de la victoire de Trump et en appelait à l’éducation pour éviter de telles catastrophes. La corrélation établie entre faible niveau de formation et vote d’extrême droite en France ne dément pas cette affirmation.

Les contre-vérités, voire même les énormités proférées par les populistes de tous les pays unis dans le mensonge se répandent d’autant mieux qu’elles peuvent correspondre au vécu ou ressenti de tel ou tel sur le terreau d’inculture décrit. Les peuples lassés des promesses non-tenues et des espoirs déçus se tournent vers le Père Noël ou plutôt vers le Père Fouettard, la tentation autoritaire accompagnant la croyance déraisonnable dans des solutions simples à des questions compliquées, à moins que ce ne soit le désir nihiliste de renverser la table. Après le Brexit, il y a quoi, rappelait Jean-Marc Ayrault ? Le vide.

Ce que je suis bien obligé de constater, c’est que ce sont toujours la droite et l’extrême-droite qui capitalisent électoralement sur ces ambiances ou l’irrationnel l’emporte sur les faits les mieux établis. Doit-on considérer le Vénézuela, le Nicaragua ou même le Brésil de Lula et Dilma comme des contre-exemples à suivre ? Pas bien convaincant, ni comparable d’ailleurs…

Je crois donc qu’il faut que la gauche cesse de jouer ce jeu qui ne lui ressemble pas, et qu’elle sache rompre avec la tentation de l’accompagnement de la formidable régression incarnée aujourd’hui par l’élection de Trump aux USA. Nous n’y avons pas suffisamment prêté attention mais il n’y a pas plus grand adversaire du TAFTA que le nouveau Président américain. TRUMP et ATTAC même combat ? Cette convergence interroge…

La tentation du repli sur le pré-carré national, la proclamation d’une réorientation française d’une Union Européenne vouée aux gémonies libre-échangistes (où nous referions l’Europe tout seuls, car nous sommes quand même plus intelligents que tous les autres), avec des propositions vieilles lunes visant à retrouver un âge d’or largement fantasmé, participent de cette régression à laquelle nous sommes invités.

« Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire. » disait je crois Jean Jaurès. La vérité c’est que le protectionnisme est infiniment plus dangereux pour les peuples que le libre-échange même mal et insuffisamment régulé. Et pourtant les peuples sont visiblement prêts à croire le contraire, ou à le laisser accroire par leur vote. La vérité est que les économies « développées » ont et auront besoin de main d’œuvre immigrée ce qui n’empêche par les vieilles peurs de se réveiller, feu couvant raciste et xénophobe attisé par la menace terroriste.

Je ne veux pas d’une gauche qui accompagnerait ces mouvements régressifs, à proprement parler réactionnaires, fussent-ils apparemment populaires. D’abord parce que je les crois contraire à l’intérêt du Pays et particulièrement de ceux que je défends d’abord en tant qu’homme de gauche : les classes moyennes et populaires. Ensuite parce qu’il ne correspondent pas à la proclamation de Jaurès que je partage plus que jamais. Enfin, parce que leur inefficacité électorale est démontrée, aux États-Unis comme ailleurs.

J’en appelle donc à la rupture avec la tentation populiste. Cela n’enlève rien à l’examen lucide des responsabilités des « élites » souvent auto-proclamées dans le rejet dont elle font l’objet. Cela n’exonère en rien la social-démocratie européenne de son devoir de réinvention pour retrouver une capacité de projection collective dans l’avenir, mobilisatrice pour les peuples d’Europe, dans la mondialisation. Cela, surtout, n’affaiblit pas d’un iota la vigueur de notre condamnation de l’ultra-libéralisme qui nous a conduit là où nous sommes, et dont je persiste à dire que le quinquennat Hollande nous aura protégé des plus graves de ses dégats.

Il est plus que temps de se mettre au travail.