Posts Tagged ‘Macron’

Éloge des vieux politiciens

lundi, mars 13th, 2017

« Vous connaissez Dame Gertrude,
C’est une femme à sentiment,
Qui n’est ni coquette ni prude
Et qui pense solidement.
On ne voit pas chez cette belle
De jeunes gens avantageux.
Ce sont des vieux, ce sont des vieux
Qu’elle aime à recevoir chez elle
Ce sont des vieux, ce sont des vieux,
Qu’avec raison elle aime mieux…  »

Cette pépite dYvette Guilbert (Le Boloblog se doit d’instruire les jeunes générations sur leur patrimoine chanté à écouter ici) peut-elle s’appliquer en politique ? A l’heure où la Macronite aigüe succède à d’autres manifestations d’un profond désir de renouvellement du personnel comme des pratiques politiques, doit-on faire l’éloge des vieux ? Ou peut-on s’y risquer, un poil avant d’être accusé de plaidoyer pro domo ?

Ce dessin de FRAP pour Télénantes date de 2010

La gérontocratie soviétique n’est certes pas mon modèle. Je suis bien convaincu que le temps des carrières de plusieurs décennies est révolu et c’est un incontestable progrès. Pour autant, j’ai toujours été agacé par la grossièreté du geste qui consiste à montrer la porte à un maire ou député au motif qu’il a atteint l’âge légal de la retraite (et qu’il détient un mandat envié, parce que bien des maires âgés de communes aussi anonymes qu’eux ont du mal à décrocher faute de remplaçants !). Que je sache, la droit à la retraite est une conquête visant à protéger les travailleurs pour leur vieux jours, pas une relégation avec perte du droit à une citoyenneté active potentiellement caractérisée par l’exercice d’une fonction élective ! Et, si nous déclarons inapte à la fonction politique active tous les plus de 65 ans, on va avoir quelques difficultés de fonctionnement d’une part, et de représentativité démocratique d’autre part, eu égard à une pyramide des âges qui illustre leur poids démographique dans les années à venir ! Mais là n’est pas le centre de mon propos. (Introduire un article par une digression, il faut oser…).

Quoique.

Un récent échange Facebookien avec un ami qui s’est légitimement reconnu dans mon précédent post, me laisse à penser que, non seulement on veut envoyer à la retraite les élus blanchis sous le harnais, mais qu’en plus, on leur dénie ce qui pourrait éventuellement leur rester : le pouvoir de la parole, le magistère du témoignage, l’autorité morale ou intellectuelle. Mieux, il conviendrait de veiller à ce que les médias de service public s’interdisent de leur ouvrir leurs micros, la parole politique et sur la politique étant exclusivement réservée, outre aux commentateurs, éditorialistes et dessinateurs de presse, aux élus en exercice, seuls dotés de la légitimité démocratique. On voit bien là se dessiner une double discrimination : par l‘âge d’abord, par le statut d’ancien élu ensuite ! (suite…)

De l’obsolescence, de la sagesse…

samedi, mars 11th, 2017

Il est devenu banal de s’esbaudir ou de se lamenter ou de s’avouer perplexe devant le tour de force ou de magie du dénommé Macron Emmanuel, candidat cru (du verbe croire) quand il voue aux gémonies un système dont il est un des produits les plus purs. Un des plus brillants aussi, c’est une partie du problème de Benoît, mais ça n’a rien à voir. J’avais déjà relevé que Manuel Valls ne s’en est jamais remis, cornérisé par la trahison méthodique de l’époux de Brigitte (pas notre JMA, hein!) qui a préempté la modernité à son profit exclusif.

Autre phénomène relevé dès le début d’ « En marche ! », l’ancienneté politique si ce n’est l’âge des parrains initiaux du jeune homme. Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard… Ce n’est pas la Jeune Garde !

Et voilà que ce phénomène prend de l’ampleur ! Deux anciens maires auxquels je voue une admiration certaine pour des raisons différentes, Bertrand Delanoë et Joël Batteux. Et un ancien président de Région pour lequel l’affection et la reconnaissance s’ajoute à l’admiration, Jacques Auxiette. Et Robert Hue (ne riez pas, sa tribune dans le Monde est quand même tissée d’une intelligence et d’une lucidité qu’on espère plus de… Non. Pas de noms, il y en aurait trop !). Et Patrick Braouezec. Et peut-être Le Drian, et, qui sait, JMA, Bartolone…

Bref ! Le jeune chantre de la rénovation du système politique serait d’abord soutenu par un quarteron de politiciens en r’traite ou pas loin ! « Que représente M. Delanoë ? Au nom de quoi est-il invité à la matinale de France Inter ?» s’égosille un analyste local ? « Tous ces gens vont à la soupe, chercher des postes », ose la rumeur facebookienne, oubliant que la caractéristique commune de tous ces caciques est justement de n’être plus demandeur d’une quelconque investiture et allant parfois jusqu’à leur dénier la qualité d’hommes de gauche.

On peut tout à fait postuler que tous ces barons chenus sont des vestiges des temps anciens, les réputer frappés d’obsolescence, de sénilité politique, traces presque effacées du cycle d’Epinay, bons à exposer au Chronographe….

On peut les soupçonner de ne concevoir que le déluge comme pouvant succéder à leur glorieuse époque, de traiter avec la condescendance du patriarche cacochyme et malveillant notre malheureux et légitime candidat primé, vieux beaux indignes, redoutant par dessus tout de devoir admettre qu’on se porte très bien voire mieux libéré du joug de leur férule tutélaire ! (suite…)

Macron-Hamon : pile et face ?

lundi, février 20th, 2017

Il m’est venu une drôle idée… Et si le Revenu Universel de Benoît Hamon et l’Uberisation incarnée par Emmanuel Macron n’étaient que les deux faces de la même pièce ? Je m’explique.

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 14-02-2017

J’ai entendu ma collègue Christine Meyer, prof’ de philo aux repères républicains ancrés dans quelques décamètres de fondations en béton, expliquer, références à l’appui, que le Revenu Universel était peut-être d’inspiration libertaire mais sûrement pas de gauche.

J’ai entendu une autre fois un spécialiste de l’entreprise, indubitablement homme de gauche, me susurrer que nous devrions peut-être bien réfléchir à la fin du salariat.

Je tire de ces deux conversations que le P.S est décidément responsable et coupable d’un manque de travail théorique rédhibitoire pour offrir une perspective collective aux masses laborieuses (ou qui voudraient bien l’être ou le redevenir).

En tous cas, la convergence entre les deux démarches me saute aux yeux.

Que dit mon candidat Benoît que j’ai ? Que la révolution numérique va détruire tellement d’emplois qu’il faut envisager la fin du travail comme modèle dominant et remplacer des allocations sous conditions de ressources financées par des cotisations ou par l’impôt, par un Revenu Universel financé par l’impôt.

Que dit Emmanuel Macron ? Que les systèmes paritaires ont vécu, que le financement de la protection sociale par des cotisations assises sur les salaires a vécu, que le RSI doit être supprimé, et qu’un régime universel de sécurité sociale financé et géré par l’état doit remplacer le système actuel.

Je n’ai pas encore détaillé le programme fiscal de Macron mais je ne doute pas qu’il sera d’accord avec Hamon (et avec moi !) pour décréter, corollaire du prélèvement à la source, l’individualisation de l’impôt sur le revenu, la fin du quotient familial, et la fusion IR-CSG avec un crédit d’impôt par enfant à charge. Observons avec Jean-Marc Ayrault qui s’y est abîmé la dentition que la condition de la constitutionnalité de cette fusion est liée à la perte officielle et définitive du statut de cotisation de la CSG.  Il lui interdit en effet aujourd’hui d’être progressive et non plus proportionnelle. Je sais, c’est technique, mais essentiel. Le Conseil constitutionnel a toujours considéré que l’impôt pouvait être progressif pour être redistributif (on paye proportionnellement plus si on gagne plus pour réduire les inégalités) dans la limite d’un caractère confiscatoire. Il a maintes fois affirmé que ce n’était pas le cas pour les cotisations sociales : on paye proportionnellement autant quel que soit son niveau de revenu pour bénéficier des mêmes droits et prestations. Seul un plafonnement est paradoxalement admis (toujours l’angoisse de la confiscation).

Or, la C.S.G, qui a toute les caractéristiques d’un impôt sur le revenu, a encore un statut (et un nom) officiel de cotisation, concession historique aux pourfendeurs d’une « nationalisation de la sécu », Force Ouvrière en tête.

Voilà donc que la proposition fiscale d’Hamon se trouve être parfaitement adaptée à la proposition sociale de Macron, elle même parfaitement adaptée au fameux Revenu Universel… (suite…)

Étonnez-moi, Benoît !

lundi, janvier 30th, 2017

Pour un plantage, c’est un beau plantage ! Le gus à qui je recommandais de se retirer de la primaire parce qu’il n’y ferait que de la figuration… Eh bien il a gagné ! Et largement avec ça ! Bref, après Trump, le Brexit, Fillon à droite et quelques autres trucs impossibles, voilà que Benoît Hamon est mon candidat ! Certes, je n’ai pas été le seul à ne pas le voir venir, y compris dans ses soutiens, mais quand même, ça questionne.

La vérité sortant de la bouche des enfants, c’est chez Patrick Mareschal, éternel adolescent politique, que j’ai trouvé la réponse la plus convaincante à mes questions. Que nous a dit notre premier président de gauche du Département pour expliquer son soutien à Benoît Hamon ? Que la présidentielle était déjà perdue.

Là, ça me parle. Pour moi qui rappelle obstinément qu’une élection est une compétition qu’on perd ou qu’on gagne, voilà un terrain de compréhension mutuelle !

Les électeurs de gauche auraient donc tellement intégré la défaite qu’ils auraient désigné, non un champion en mesure de la gagner (ou alors sur un concours de circonstances) mais un leader d’opposition porteur des idéaux auxquels ils ont envie de croire. Et tant pis si c’est déraisonnable. Depuis quand être de gauche serait être raisonnable ?

Dessin de Xavier Gorce - lemonde.fr - 25-1-2017

Dessin de Xavier Gorce – lemonde.fr – 25-1-2017

Très clairement, on a là le fruit du travail insuffisant (litote) du Parti Socialiste durant les quinquennats Chirac et Sarkozy. Il fallait refonder la social-démocratie européenne, et on a fait le congrès de Reims. Je l’ai déjà écrit, Hamon a eu le mérite d’animer la campagne autour d’idées nouvelles ( pas tant que ça d’ailleurs mais c’est apparu comme tel), avec une vraie cohérence et un vrai peps. Valls a fait une mauvaise campagne sur une ligne de pure posture d’autorité, sans proposition novatrice, ni même de réelle défense du bilan du quinquennat, encore moins de réponses de fond aux vraies questions posées par les propositions de Hamon. Empêcher Hollande, ce n’était pas suffisant Manuel… Au moins Benoît a-t-il eu un peu de temps entre son dernier coutelas planté dans le dos d’un pote et sa candidature…

Bref ! Les électeurs ont toujours raison et ceux qui pensent que la droite n’a pas encore gagné la Présidentielle ont apparemment une solution alternative à Manuel Valls (suivez mon regard…) puisqu’ils n’ont pas daigné venir le soutenir !

Je suis assez étonné (pas tant que ça en fait…) des comportements électoraux de nos concitoyen-ne-s et de leurs mouvements d’opinion. De droite, ils plébiscitent le type qui promet le plus de suppression de postes de fonctionnaire, au-delà même de toute possibilité matérielle. Qu’il gagne, ils lui reprocheront amèrement de ne pas tenir ses engagements. De gauche, ils se partagent entre une aventure personnelle mal identifiable, au contenu flou et aux valeurs incertaines (Macron) et ceux qui croient à une mesure emblématique tellement inenvisageable qu’ils n’imaginent pas un instant qu’elle puisse conduire son héraut à la victoire, lui même ayant avoué qu’il n’imaginait pas la mettre en œuvre avant les calendes grecques. Dans les deux cas, celui qui gagnerait (pas de risque s’ils sont effectivement tous les deux sur la ligne de départ !) serait bien embarrassé ! En résumé, pour gagner l’élection, il faut faire des promesses intenables quitte à ce qu’on le sache avant ! Et, évidemment, on ne peut pas être réélu ! (suite…)

Primaire ? Quelle primaire ?

dimanche, novembre 27th, 2016

Notre Parti Communiste qui se prononce pour le soutien à Mélenchon à 53% des voix le jour de la mort de Fidel Castro. Le XXème siècle politique est bien derrière nous… Et je crains que malgré les efforts de l’ami et camarade Aymeric, le communisme ne soit pas l’idée neuve du XXIème…

C’est aussi le jour où le Parti Radical de Gauche nous annonce l’investiture de Sylvia Pinel sans passer par la case « Primaire de la Belle Alliance Populaire » avec la bénédiction de l’icône Christiane.

Donc, si on résume, toute la gauche affirme la nécessité d’être rassemblée sous peine de disparition dès le premier tour de la Présidentielle. On fait pour cela une primaire qu’on a même inscrite dans les statuts du P.S.

dessin-frap-29-11-2016

Dessin de FRAP http://frap-dessins.blogspot.fr

Mais Mélenchon ne veut point en être excluant de soutenir tout autre vainqueur que lui-même, interdisant même toute velléité au sortant ! Certains qui y sont clament leur exigence d’unité mais sur des bases minoritaires : faire l’unité autour d’un autre axe que le plus central, c’est toujours délicat. « Tu es majoritaire mais tu dois te plier à mes exigences de minoritaire sinon c’est que tu n’es pas pour l’union ». Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus ! Je sais juste que la branche du P.S constitué d’anciens de la Ligue plus ou moins bien reconvertis n’a jamais eu d’autre programme que de peser dans l’appareil pour des perspectives bien fumeuses où le sort des masses populaires (à qui on prend soin de ne pas demander leur avis) a somme toute bien peu d’importance.

A l’autre bout d’un spectre incertain (tous ne vivent à l’évidence pas dans le même monde et il est donc hasardeux de les rassembler dans un même diagramme…), Macron et son aventure personnelle. Le sort des plus défavorisés est totalement exclu du champ de ses préoccupations (« Je suis de gauche mais je n’ai RIEN à dire aux laissés pour compte du système »). Il se situe aussi en dehors de la BAP de Camba(délis).

Finalement, ces deux bouts (aurait dit le génial Devos) n’ont en commun qu’une profonde ignorance des réalités des souffrances sociales qui sont soit idéologisées et désincarnées, soit ignorées ce qui revient in fine au même.

Que reste-t-il donc de la primaire de la gauche ? Le respect des statuts du Parti Socialiste, dont le Bureau National est le gardien vigilant. Est-il bien raisonnable de définir à cet aune les conditions de l’avenir de la 6ème puissance économique mondiale, titulaire d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies et puissance nucléaire reconnue, outre son message universaliste hérité des Lumières ? Poser la question, c’est y répondre. (suite…)