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Fin de campagne

vendredi, avril 21st, 2017

C’était il y a 15 ans aujourd’hui. L’impensable se produisait. Par le croisement de courbes que le simple rappel des marges d’erreur des sondages auraient du révéler comme possible, si on avait su mieux les lire. « Comme un coup de tonnerre » dira Lionel Jospin. devant des millions de gens en pleurs ou pas loin.

Je crois que c’est depuis cette date que je me bats pour que chaque scrutin soit utilisé « conformément à son objet » dans le cadre des institutions en vigueur et non d’autres que je pourrais souhaiter. Donc, à toutes celles et tous ceux qui, lors de mes permanences ou dans la rue, m’ont fait part de leur perplexité et sont parfois allés jusqu’à me demander une recommandation de vote, je veux d’abord dire de ne pas se tromper d’élection. Il s’agit de choisir un président ou une présidente de la Vème république française. Rien d’autre. Mais rien de moins.

Le premier tour, ce dimanche, servira à dire qui sera au second, en finale… Donc il faut aller voter. Même si vous en avez marre. Vous pensez que cela ne changera rien à votre existence, à vos difficultés ? Aucun candidat ne trouve grâce à vos yeux ? Comment ne pas vous comprendre ? Vous n’en êtes pas moins titulaire exclusif de cette fraction de millionième de responsabilité de la manière dont la France va être gouvernée pour les 5 prochaines années. Utilisez-là, je vous en conjure !

Nous allons donc collectivement éliminer dimanche neuf candidats et candidates. La règle ne permet à chacun de nous que de sélectionner un bulletin et un seul.

Ce bulletin ne peut pas être celui de la fille Le Pen. Elle et ses sbires ne sont pas des patriotes mais des volontaires pour se coucher devant des puissants genre Poutine ou Bachar El Assad, après Pinochet, Videla ou Sadam Hussein, après Franco ou les généraux putschistes d’Alger, après Hitler ou Mussolini que leurs prédécesseurs ont adorés. C’est terrible les filiations. L’ADN se transmet en politique comme en génétique humaine. Je peux toujours porter une moumoute, je serai chauve dessous comme mes ancêtres… Qui cela pourrait-il tromper ? Quant à son programme, sa mise en œuvre serait évidemment catastrophique. Je peux partager les déceptions ou les dégoûts. Comprendre les colères et l’envie de renverser la table. Soutenir l’aspiration à la tranquillité et à la sûreté, droit républicain fondamental. Mais la division, la fragmentation, l’exclusion, la haine, et donc la violence, ne régleront jamais rien. Ils créeront toujours plus de désordre.

Dessin de Xavier Gorce – www.lemonde.fr – 18-04-2017

Le bulletin ne peut pas être non plus celui du héraut de la France dite insoumise. Je ne le confonds aucunement avec la précédente. Mais ils sont hélas deux points communs : d’abord une tentation autoritaire dans la conduite des affaires publiques comme dans celles des rapports sociaux. Ni avec les mêmes objectifs, ni au profit des mêmes catégories. Mais cette mise en tension ne nous aiderait pas à répondre aux enjeux auxquels nous sommes confrontés. Ensuite, leur rapport à la construction européenne n’est pas le mien, même si c’est, là encore, sur des valeurs bien distinctes. J’avais voté OUI au Traité Constitutionnel Européen en 2005, craignant une panne du projet européen en cas de rejet. Avais-je vraiment tort ? Le Traité de Lisbonne a techniquement repris pour partie ce qui avait été rejeté. Mais la panne de la construction politique et citoyenne, elle est là et toujours là. Le plan B n’existait pas. Il n’y a pas d’avenir pour notre pays et pour notre modèle social hors du projet européen et il n’y a pas de progrès du projet européen possible hors d’une démarche de compromis successifs. Les ultimatums, même français ne mènent à rien. La sortie des traités européens et de l’Euro serait une régression terrible que nous payerions au prix fort. Sans qu’il soit besoin de dire que je ne crois pas une seconde aux programmes d’économie administrée reposant sur un repli protectionniste quels qu’en soient les formes, je vous exhorte à ne pas voter Mélenchon. C’est une tromperie. Un mirage. Ou son hologramme. (suite…)

Non à l’accompagnement et oui à la rupture !

mercredi, novembre 9th, 2016

Par un délicieux lapsus par omission, l’inénarrable Benoît H. (ce blog ne se résout pas à nommer complètement les renégats), le même à qui une bonne âme avait du expliquer ce qu’est l’économie sociale et solidaire à sa première nomination gouvernementale à ce portefeuille, celui qui n’a guère connu d’autre univers que l’appareil du Parti Socialiste où il a successivement trahi un paquet de gens, vient d’appeler implicitement les Français de droite, puis les autres, à réinstaller Nicolas Sarkozy à l’Elysée.

Égrenant sur France-Inter la liste des représentants du « système » destinés à connaître face à la fille Le Pen le sort d’Hillary Clinton face à Donald Trump, il a pris soin de n’oublier ni François Hollande ni Emmanuel M., ni bien sûr Juppé, mais a omis de citer Sarkozy, ainsi promu – il le dit d’ailleurs lui-même à peine en creux – meilleur rempart contre l’extrême-droite ! Relevant cet oubli fâcheux, le facétieux journaliste condamna notre malheureux camarade à ramer sérieusement le reste de l’interview.

Je ne peux évidemment soupçonner ce pauvre Benoît de souhaiter une telle issue pour mai 2017. Mais sa tentative de démonstration démarrant en belle envolée et s’achevant prématurément en atterrissage forcé, n’est pas sans devoir interpeller femmes et hommes de gauche.

Il est inévitable que l’élection américaine inspire des parallèles avec notre propre élection à venir. Les défis sont largement comparables, les comportements sociopolitiques en rapport aisé à établir, et notre propension à imiter les tendances made in USA avérée.

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Bernie Sanders aurait-il pu battre Trump ? Mélenchon et ses semblables de l’intérieur du P.S se sont hâtés de l’affirmer. L’avantage de ce type d’affirmation c’est qu’elle sera pour toujours invérifiable. C’est aussi sa faiblesse. Il est vrai que Sanders n’aurait pas eu le lourd handicap qu’à constitué pour Hillary sa longévité politique familiale avec toutes les casseroles réelles ou supposées qu’elle a du traîner, en plus du peu de sympathie qu’elle a naturellement inspiré aux électeurs de son propre camp. Pour le reste, l’affirmation paraît bien hasardeuse : comment réunir une majorité dans tous le pays quand on n’est pas en mesure de rassembler une majorité de son propre camp lors d’une primaire ? L’offre politique de Sanders s’est révélée ainsi incapable de dépasser une capacité de nuisance incontestable, tant il est vrai que la mobilisation électorale de la classe moyenne blanche américaine, déclassée ou en angoisse de l’être pour sa partie inférieure, ou juste peu encline au partage pour sa partie prospère (l’Iowa…), a été très supérieure à celle des minorités et des jeunes Démocrates qui soutenaient Sanders face à Clinton lors de la primaire.

Il faudrait donc être anti-système, anti-élites, anti-sachants, anti-intellectuels, anti-libre-échange, anti-mondialisation, pro-déficits et pro-dette publics pour gagner une élection aujourd’hui, qu’on soit de droite ou de gauche.

Il faudrait donc, si on suit Benoît, Jean-Luc, ou dans un autre style le très auto-satisfait Arnaud M., se conformer à ce nouveau « main stream » populiste à l’œuvre dans tout le monde occidental et même au-delà, pour avoir une chance…d’échapper à sa version trumpienne ou lepéniste, voire de battre la droite habituelle.

Nombre de commentateurs américains, l’écrivain Douglas Kennedy par exemple, entendus sur nos ondes nationales, relevaient que l’inculture largement partagée était parmi les fondamentaux de la victoire de Trump et en appelait à l’éducation pour éviter de telles catastrophes. La corrélation établie entre faible niveau de formation et vote d’extrême droite en France ne dément pas cette affirmation.

Les contre-vérités, voire même les énormités proférées par les populistes de tous les pays unis dans le mensonge se répandent d’autant mieux qu’elles peuvent correspondre au vécu ou ressenti de tel ou tel sur le terreau d’inculture décrit. Les peuples lassés des promesses non-tenues et des espoirs déçus se tournent vers le Père Noël ou plutôt vers le Père Fouettard, la tentation autoritaire accompagnant la croyance déraisonnable dans des solutions simples à des questions compliquées, à moins que ce ne soit le désir nihiliste de renverser la table. Après le Brexit, il y a quoi, rappelait Jean-Marc Ayrault ? Le vide.

Ce que je suis bien obligé de constater, c’est que ce sont toujours la droite et l’extrême-droite qui capitalisent électoralement sur ces ambiances ou l’irrationnel l’emporte sur les faits les mieux établis. Doit-on considérer le Vénézuela, le Nicaragua ou même le Brésil de Lula et Dilma comme des contre-exemples à suivre ? Pas bien convaincant, ni comparable d’ailleurs…

Je crois donc qu’il faut que la gauche cesse de jouer ce jeu qui ne lui ressemble pas, et qu’elle sache rompre avec la tentation de l’accompagnement de la formidable régression incarnée aujourd’hui par l’élection de Trump aux USA. Nous n’y avons pas suffisamment prêté attention mais il n’y a pas plus grand adversaire du TAFTA que le nouveau Président américain. TRUMP et ATTAC même combat ? Cette convergence interroge…

La tentation du repli sur le pré-carré national, la proclamation d’une réorientation française d’une Union Européenne vouée aux gémonies libre-échangistes (où nous referions l’Europe tout seuls, car nous sommes quand même plus intelligents que tous les autres), avec des propositions vieilles lunes visant à retrouver un âge d’or largement fantasmé, participent de cette régression à laquelle nous sommes invités.

« Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire. » disait je crois Jean Jaurès. La vérité c’est que le protectionnisme est infiniment plus dangereux pour les peuples que le libre-échange même mal et insuffisamment régulé. Et pourtant les peuples sont visiblement prêts à croire le contraire, ou à le laisser accroire par leur vote. La vérité est que les économies « développées » ont et auront besoin de main d’œuvre immigrée ce qui n’empêche par les vieilles peurs de se réveiller, feu couvant raciste et xénophobe attisé par la menace terroriste.

Je ne veux pas d’une gauche qui accompagnerait ces mouvements régressifs, à proprement parler réactionnaires, fussent-ils apparemment populaires. D’abord parce que je les crois contraire à l’intérêt du Pays et particulièrement de ceux que je défends d’abord en tant qu’homme de gauche : les classes moyennes et populaires. Ensuite parce qu’il ne correspondent pas à la proclamation de Jaurès que je partage plus que jamais. Enfin, parce que leur inefficacité électorale est démontrée, aux États-Unis comme ailleurs.

J’en appelle donc à la rupture avec la tentation populiste. Cela n’enlève rien à l’examen lucide des responsabilités des « élites » souvent auto-proclamées dans le rejet dont elle font l’objet. Cela n’exonère en rien la social-démocratie européenne de son devoir de réinvention pour retrouver une capacité de projection collective dans l’avenir, mobilisatrice pour les peuples d’Europe, dans la mondialisation. Cela, surtout, n’affaiblit pas d’un iota la vigueur de notre condamnation de l’ultra-libéralisme qui nous a conduit là où nous sommes, et dont je persiste à dire que le quinquennat Hollande nous aura protégé des plus graves de ses dégats.

Il est plus que temps de se mettre au travail.