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Le foot rend fou (VI) : huit ans après…

dimanche, mars 11th, 2018

Il y a quelques années, j’avais coutume de dire que deux choses rendaient fou dans ce bas monde, la télé et le foot et que c’était pour ça que JMA m’avait confié ces deux dossiers à son cabinet !

S’agissant du foot, le débat sur le projet YelloPark ne risque pas de me faire revenir sur un diagnostic il est vrai assez banal.

Je ne sais pas trop s’il convient de s’en réjouir ou de s’en lamenter mais ce que j’avais écrit dans ce blog en juillet 2010 dans le dernier d’une série de cinq articles (Le foot rend fou ! I, II, III, IV, V) et à propos de la création d’ « A la nantaise » me paraît rester pertinent : « Ce mouvement qui traduit quelque chose de profondément sincère en dit long sur l’attachement de nombreux Nantais à ce club, à ce qu’il représente, voire incarne. Il est également un symptôme de cet immense malentendu à la base du titre de cette série : le foot est aujourd’hui un spectacle sportif à but lucratif produit par des sociétés commerciales, générant un business direct et indirect considérable, grâce à la passion que ce jeu inspire à des spectateurs et téléspectateurs qui sont à la fois clients desdites sociétés commerciales et animés par des valeurs qui sont aux antipodes de celles de l’argent-roi (…). Ce qui fait qu’à chaque fois que nous nous passionnons sincèrement pour un match, une équipe ou un club, au stade comme devant notre télé, nous entretenons ce que nous affirmons exécrer. »

Le débat sur le projet YelloPark révèle l’importance d’un aspect de cette appropriation : l’attachement au lieu, au stade, à cet endroit où l’on a vécu des émotions collectives et qui nous renvoie à un moment forcément heureux de notre existence. « Louis-Fonteneau-La Beaujoire c’est chez nous, il nous appartient », nous disent les générations nouvelles de supporters qui n’ont pas connu Marcel Saupin. L’émotion qui les saisit à l’idée de voir disparaître le stade de la soirée du titre de 2001 pour les moins jeunes ou celle de la remontée en Ligue 1 pour les plus récents est indéniable, respectable, même si elle peut paraître irrationnelle aux béotiens du foot. On n’est pas si loin de celle vécue par les habitants de tours ou de barres HLM le jour où la mise en œuvre d’un projet de renouvellement urbain vient imposer leur destruction : cela reste une forme violation de domicile et d’intimité, de destruction symbolique d’un passé que la mémoire vient sagement embellir, quel que soit par ailleurs le mal-vivre qui y était associé.

Déjà entraîneur et sélectionneur, technicien et tacticien émérite, expert en mercato, refaisant le match à l’infini comme d’autres refont le monde (ce n’est d’ailleurs pas incompatible !), voilà notre passionné devenu programmiste, économiste du foot, convaincu de l’incompétence voire de la malfaisance de tous ceux qui veulent toucher à un lieu de quasi-liturgie.

On a dit il y a quelques jours la difficulté de conduire un dialogue constructif sur la base de la négation de la compétence et de la conscience professionnelles des techniciens par les protagonistes dudit dialogue.

Il est évident que le climat actuel de profonde défiance envers les institutions et les autorités, les tendances complotistes qui émergent à tous propos viennent singulièrement compliquer la tâche de ceux qui essayent, en toute sincérité, de conduire un débat rationnel. Il est non moins clair que trop de scandales de natures diverses depuis le nuage de Tchernobyl puis l’affaire du sang contaminé dans les années 80 viennent donner crédit à ces tentations quasi-paranoïaques. Nous autres décideurs institutionnels locaux n’aurions donc qu’à nous en prendre à nous-même – ou à nos pairs fautifs – si notre parole est à ce point dévalorisée aux yeux de tant de nos concitoyens. J’en accepte l’opprobre au moins pour moi-même, même si on ne m‘empêchera pas d’y voir comme une injustice au pire, un amalgame dommageable au mieux !

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Mais alors on fait quoi ? Plus rien ? On ne décide plus de rien, si ce n’est de ne rien faire ni changer de peur de se confronter, outre au NIMBY, mais aussi aux surprenantes solidarités qu’il peut générer ? On renonce à agir ? A créer et innover ? A permettre aux initiatives de s’épanouir ? A dialoguer ? Devrions-nous taire notre conviction que cette tentation qui est corollaire de celle de la pause et d’une forme de décroissance, porte en elle les ferments d’un déclin dont les plus fragiles d’entre nous seraient immanquablement les premières victimes ?

Revenons à YelloPark. Si le projet n’aboutissait pas, il ne se passerait apparemment rien. Enfin, pas tout de suite.

La Métropole continuerait à entretenir scrupuleusement son patrimoine, à améliorer ce qui eut l’être dans la limite d’un budget de gros entretien d’1 ou 2 millions d’Euros annuels selon les années et au grand maximum. Nous accueillerions sans doute la Coupe du Monde de Rugby en 2023 puis des matches de foot des JO de Paris 2024. Ce serait la dernière fois. Parce que nous sommes dans un environnement concurrentiel et que les prestations offertes par nos concurrents sont bien supérieures à La Beaujoire, la protection de la pluie pour tous étant le plus basique des exemples. Leurs prestations économiques aussi : les places liées à des espaces réceptifs très profitables seront au moins deux plus nombreuses ailleurs, calcul que ne manqueront pas de faire les organisateurs d’évènements.

Le FCN, privé d’un outil-stade moderne dont les intervenants au premier atelier de la concertation (ceux de la LFP notamment) ont montré le caractère économiquement indispensable pour un club de foot de Ligue 1 ayant quelque ambition, stagnerait au mieux dans sa situation actuelle, faute de capacité à passer à l’échelon budgétaire supérieur, et toujours dans un environnement concurrentiel : jouer l’immobilisme quand les concurrents investissent, c’est risqué, en foot comme dans tous les secteurs économiques…

C’est cela que nos supporters refusent de voir : « offrez-nous du (plus) beau jeu et des résultats et vous aurez plus de spectateurs, ce qui justifiera peut-être un nouveau stade » expliquent-ils en substance. Or dans le jeu de l’offre et de la demande de spectacle sportif, les choses sont un peu inverses…

La question n’est pas de faire venir ou de fidéliser plus de fans acharnés de foot : ils sont déjà là… Il s’agit de convaincre le téléspectateur de quitter la douce quiétude de son salon, où trône un écran full HD sur lequel s’épanouissent des retransmissions de qualité, pour venir au stade avec sa famille, y consommer certes 90 minutes de foot plus ou moins réussies, mais aussi bien d’autres choses qui donnent envie d’arriver 2 heures avant et pas que pour préparer le tifo ! Un stade qui soit aussi support d’activités diverses mais rentables, un lieu qui vive plus que 2 soirs par mois…et permette de dégager les moyens d’améliorer le niveau global du club et de son équipe fanion. A court terme, l’exemple du LOSC montre qu’on peut très bien se planter. Au moins ce ne serait pas, à Nantes, à la collectivité d’assumer financièrement le risque sportif après avoir assumé l’investissement. Mais sur le temps long, ce sont bien les clubs les plus stables, structurés, financièrement bien dotés et équilibrés qui sont les plus pérennes au meilleur niveau…

Le FCN a aujourd’hui un propriétaire qui a tous les défauts du monde mais qui est là depuis 10 ans et qui manifeste de l’envie d’investir encore, ce dont il a assurément les moyens… Que celui qui a un investisseur alternatif offrant autant de garantie sous la main lève le doigt ! De ce point de vue, 2018 ressemble furieusement à 2010…

Non, décidemment, dès lors qu’une rénovation lourde de la Beaujoire n’est qu’une idée agitée par des personnes n’étant en mesure ni de la décider, ni de la financer, ne pas saisir l’opportunité du projet YelloPark serait une erreur qu’on reprocherait à Johanna Rolland dans 5 ou 10 ans. Il nous permet de concilier la mise en œuvre d’une orientation de notre programme : l’affirmation du sport de haut niveau et des grands évènements sportifs internationaux comme facteur de notoriété, d’attractivité et de qualité de vie de notre métropole et le refus que l’argent public local vienne concourir à un modèle économique du foot business qui peut et doit se passer de lui.

Reste le projet urbain associé. L’équation est difficile à résoudre, les équilibres pas faciles à trouver. Les prochaines réunions de concertation seront déterminantes pour peu que chacun rentre dans le projet. Les postures de refus global et de blocage se retourneront immanquablement contre leurs auteurs car elles feront perdre un temps précieux qui doit être consacré à la construction de réponses pertinentes aux questions et inquiétudes légitimes.

Entre gens de bonne foi, mutuellement respectueux et bienveillants.

J ‘ai pas voulu voir Budapest mais j ‘ai trop vu Paris…

dimanche, octobre 10th, 2010

Si j'ai séché la convention de Transcité de Budapest, Nantes était bien représentée au 125ème anniversaire de l'Union Internationale des Transports Publics à Bruxelles. La preuve.

Il y a un an, je vous racontais mes trois jours passés à Istanbul pour la convention annuelle de Transcité, réseau d’exploitants de transports publics. Eh bien cette année, je ne vous raconterais pas Budapest, puisque j’ai séché l’édition 2010. Non que la rencontre soit sans intérêt, mais parce qu’il faut bien faire des choix ! Il se trouve qu’un vote interne au Parti Socialiste me concernant d’assez près (euphémisme…) avait lieu à ce moment et qu’il ne m’a pas paru très courtois vis à vis de mes camarades d’aller vérifier la couleur du Danube à ce moment.

Par surcroit, même si la présidence de la TAN vous pousse naturellement à être d’humeur voyageuse, le temps que je passe dans les transports ces temps-ci finit par être conséquent. Jusqu’alors, j’ai échappé aux grosses pannes de TGV qui vous font arriver de Paris avec 5 heures de retard. Cependant, les réunions parisiennes liées aux finances communales se font nombreuses. La semaine dernière, c’était la commission des finances de l’Association des Maires de Grandes Villes de France. On vient y glaner les dernières infos concernant les (contre)réformes en cours ou plus prosaïquement les données du Projet de Loi de Finances : à quelle sauce l’Etat va-t-il nous manger cette année ? Quel mauvais coup nous prépare-t-il, et sur quels points jugés stratégiques s’accorder avec  les autres associations (Maires de France, Villes moyennes, Communauté Urbaine…) pour obtenir du gouvernement les reculs nécessaires par un lobbying bien mené ? L’emblématique président de cette commission est Jean-Claude Boulard, maire du Mans. Un des meilleurs spécialistes des finances locales et un sacré personnage. Le genre à monopoliser la parole pendant deux heures et à s’enquérir gentiment de notre éventuelle lassitude de son monologue ! Les associations d’élus de ce genre, c’est à la fois très politique (les répartitions de responsabilités sont le fruit de savants dosages) et plus du tout quand les élus de tous bords sont vent debout contre les projets gouvernementaux. A ces  moments, nous sommes censés ne plus faire que de la technique financière. Je me suis fait presque gronder par Boulard quand j’ai fait remarquer à haute voix que la fameuse réforme territoriale allait, de renoncements en reports, bientôt se réduire à la seule création du Conseiller territorial. Pas l’endroit du débat politique me fait-il comprendre ! Il y a quand même des moments où il faut dire les choses, même dans les instances où des adversaires politiques (pas directs il est vrai…) se retrouvent entre gens de bonne compagnie dans les salles de réunions de l’Assemblée Nationale ou du Sénat à essayer de sauver ce qui peut l’être de leurs budgets respectifs… (suite…)

Dialogue citoyen : benchmarking, théorie et pratique

samedi, mai 22nd, 2010

Avant de profiter du pont de l’Ascension, j’ai eu une drôle de semaine dédiée au dialogue citoyen.
Elle a commencé par une passionnante réunion de la Commission « Démocratie locale » de l’Association des Maires de Grandes Villes de France. L’occasion de s’étalonner sur une tentative commune à bien des villes sous des formes diverses, celle du tirage au sort de leurs interlocuteurs des instances de concertation et de participation. Amiens a ainsi constitué ses conseils de quartier de manière très similaire aux nôtres. Mais ils ont ajouté un « plus » : chaque habitant-e tiré-e au sort a reçu la visite d’un-e élu-e pour expliquer de quoi il s’agissait et encourager à la participation. Ils en retirent une proportion enviable d’acceptation et une participation plus durable et assidue que ce que nous constatons à Strasbourg ou à Nantes. Conclusion tirée en commun à partir de cet exemple et d’autres : nos dispositifs requièrent des moyens d’animation et une forte présence des élus comme des équipes de professionnels. La corrélation entre la dynamisme des instances et ces moyens (essentiellement du temps d’ailleurs…)est évidente. Il faudra faire des choix…

Loïc Blondiaux © RF / Igor Krtolica

Cette réunion a été l’occasion d’écouter Loïc Blondiaux, prof’ à Science-Po Paris, et membre de l’Institut de la Concertation où se fomentent nombre d’innovations dans le domaine et dont les recherches inspirent nos expériences. Toujours sur ce thème du tirage au sort, Loïc Blondiaux nous a opportunément rappelé que nous revenions là aux sources de la démocratie. Un rien provocateur, il nous a expliqué que l’élection étaient profondément anti-démocratique puisqu’elle revenait à nier que chaque citoyen a, par définition, une égale légitimité à gérer les affaires publiques. Elle est une manière de désigner une forme d’aristocratie, même si c’est sur une tout autre base que sur la naissance ! Rumeur dans la salle… En tous les cas, ce rappel aux grands anciens (la Grèce…) a eu le mérite de nous armer intellectuellement pour répondre à la question de la légitimité et de la représentativité des membres de nos conseils ou ateliers ! Ce qui compte c’est la diversité.

Revigoré par ces stimulants échanges, je suis sorti de l’Assemblée Nationale où avait lieu la réunion pour tomber nez à nez avec une manif’ d’opposants à l’aéroport de Notre Dame des Landes, montés à Paris pour la journée ! Oups ! Choisissant de me faire discret, j’ai changé de trottoir en regardant mes godasses l’air pressé et affairé. Pas de bol : s’étant mis discrètement à l’écart pour passer un coup de fil, un manifestant me reconnaît et me salue à haute voix ! Raté !

Au moins cet échange de politesse a-t-il été courtois, cordial et souriant.

Ce n’était plus la même ambiance deux jours plus tard au Centre Social du Bout des Landes… Au menu une réunion publique destinée à informer les riverains du chantier du nouvel immeuble du Conseil général des conditions de réalisation de ce chantier. Le long du boulevard Cassin et de la rue de Douarnenez, l’immeuble est intégré dans le projet urbain global du quartier, référencé à l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine sous l’appellation Bout des Landes-Bruyères. Je savais qu’un habitant avait décidé mobiliser contre ce projet et qu’il avait commencé à alerter voisins et médias. Son double leitmotiv : on ne savait rien et on ne veut pas qu’on touche aux arbres.

Tout notre travail autour du dialogue citoyen repose autour de l’idée d’associer efficacement expertises politique, technique et d’usage pour prendre les meilleures décisions possibles. Notre tâche a été jusqu’ici de convaincre détenteurs de la légitimité politique et de la compétence technique que prendre le temps d’associer l’expertise d’usage, celle des habitants, était une chance plus qu’une contrainte.
Nous nous sommes trouvés ce soir là devant un renversement de perspective : des habitants niant farouchement toute compétence aux techniciens comme aux élus. Notre volonté politique : du pipeau. La parole compétente et pédagogue des urbanistes et architectes : du vent. Nos arguments : des mensonges. Nos démonstrations : autant de manipulations. Avec en toile de fond une certitude : élus et techniciens étaient ligués contre les habitants pour leur imposer des choses non seulement contre leur gré mais dans le but de leur nuire, au plus grand bénéfice des bétonneurs.

En perspective vu du boulevard Cassin

De quoi s’agit-il : le Conseil général va regrouper à cet endroit accessible et commode pour les usagers, deux anciens Centre médico-sociaux et les services actuellement excentrés dans le parc de bureau de la Rivière. Outre une meilleure accessibilité pour les familles, notamment les bénéficiaires du RSA, la construction de ce petit bâtiment de 4 étages, labellisé Bâtiment Basse Consommation, permettra au Conseil général d’économiser des dizaines de milliers d’Euro de loyer. Plus éloigné de chacun des immeubles existants que ces immeubles entre eux, encore moins impactant pour le cadre de vie que les immeuble de logements en cours de construction quelques centaines de mètre plus loin, ce nouveau bâtiment s’intègre dans un projet urbain (cliquez ici pour accéder à toute la présentation : Le projet ANRU Bout des Landes Bruyères) dont la première caractéristique est de conforter et de sauvegarder le patrimoine vert du secteur. Il y aura plus d’arbres après qu’avant, des liaisons piétonnes plus agréables et sûres, et l’espace boisé sera bien mieux valorisé. Comme l’expliquait l’architecte du projet, tout a été imaginé en lien avec un groupe d’habitants volontaires sur la base d’observations de terrain, issues de la vie quotidiennes, depuis 5 ans. L’Office National des Forêts est garant du patrimoine végétal et a géolocalisé chaque arbre, en tirant un diagnostic précis et prospectif pour chaque sujet. Nous en étions à la 5ème réunion publique, à la parution du 5ème exemplaire du journal du projet systématiquement diffusé dans toutes les boîtes aux lettres, sans parler de la consultation des locataires concernés par la réhabilitation lourde de leur immeuble, ou du travail de relogement au cas par cas conduit pour le relogement des familles du quartier des Bruyères, ou des expositions, ou des enquêtes publiques… Bref, nous nous pensions à l’abri d’un bon paquet de reproches possibles, l’architecte de l’immeuble étant l’agence TOPOS qui a déjà réalisé le multi accueil juste en face !

Eh bien, j’en ai vu des réunions publiques difficiles, voire carrément houleuses. Mais c’est la première fois que je vois le leader de la contestation s’installer face à la salle sous l’écran projetant plans et images de synthèse, menant par moment sa propre réunion en même temps que nous, la nôtre ! La première fois que je vois un porte-parole sortir fumer son clope au milieu d’une présentation du projet qu’il entend contester, ou l’interrompant à tout instant en agitant sous le nez de l’architecte un plan compris à l’envers comme preuve contraire de ce qu’il décrivait en réalité. Sportif !

Il a fallu que je me fâche deux ou trois fois  pour obtenir le respect au moins pour les professionnels qui étaient là, pour les autres habitants participants à la réunion ou voire même pour moi. A un moment, une dame m’a demandé si l’édification de cet immeuble n’allait pas provoquer une augmentation de sa Taxe d’Habitation. Au moins était-ce une question précise, à laquelle je pensais pouvoir apporter une réponse facile : bien sûr que non, cela n’allait avoir aucune espèce d’incidence. Notre leader de la contestation intervint alors et dit à la dame : « Ne les écoutez pas, de toutes façons, ils n’y connaissent rien ! ». Je lui ai expliqué alors qu’inspecteur des Impôts de métier je devais pouvoir être jugé crédible dans ma réponse. « C’est ceux qui fraudent le plus » conclut-il en faisant de la main le geste explicite qu’on fait pour accuser quelqu’un de s’en mettre plein les poches.

Quel dialogue engager dans ces conditions ?

Ce qui est certain, c’est qu’au-delà du comportement de leur leader autoproclamé, des habitants étaient totalement sincères en jurant qu’ils n’avaient jamais entendu parler de rien. Et de fait, comme cette partie du quartier verra s’améliorer ses espaces publics, que des constructions nouvelles viendront le modifier en bordures, mais sans que les logements existants soient concernés à titre individuels, ils ont pu n’être touchés par aucune communication, aussi soignée et massive que puisse être celle qui a été organisée. Je suis chaque fois étonné, mais il faut le prendre en compte, de constater à quel point nos concitoyens peuvent vivre à l’écart de toute information, inaccessibles aux messages institutionnels, ne réagissant qu’à la pose d’un panneau de chantier de 4 mètres sur trois devant leur fenêtre ou à une visite. On en revient à mon observation sur le boulot de nos amis Amiénois : le porte à porte, le contact direct individualisé devient le seul moyen vraiment fiable de faire passer une info, une conviction ou un projet. Même le tract ajouté à une quittance de loyer ou à une facture de restaurant scolaire peut ne pas être lu et son destinataire jurer en toute bonne fois qu’il n’a jamais eu connaissance des infos qu’il contient. En fait, beaucoup de gens ne se placent en situation de recevoir l’information qu’au moment où il sentent un enjeu pour eux-mêmes : à ce moment, la plus discrète des affichettes est repérée ! A méditer pour l’avenir.
En fait, une chose m’a vraiment embêté dans l’expression de ce qui est une inquiétude réelle qui saisit les gens dès qu’on se propose de modifier un tant soit peu le cadre de vie auquel ils sont habitués (« on sait ce qu’on perd mais pas ce qu’on gagne ») et qui les font se raccrocher qui à la défense des arbres, qui à la dénonciation des promoteurs et du béton pour justifier leur demande que rien ne change. Ce sont les commentaires défavorables sur la mosquée, sous couvert de questions de stationnement qui apparaissaient nettement comme des prétextes. La peur de l’autre et le rejet de la différence accompagnent souvent l’expression des conservatismes et des replis sur soi. Pour y répondre, l’élu responsable, les techniciens qui l’accompagnent, ont grosso modo le choix entre, la pédagogie et la démagogie. Mention reconnaissante, donc, au spécialiste et pédagogue de l’Office National des Forêt qui a instauré un silence respectueux (que ne l’ai-je fait intervenir plus vite !) en expliquant ce qu’il faisait là et en quoi l’accusation de porter atteinte aux arbres n’avait pas lieu d’être dans ce projet. Mention également reconnaissante à mes collègues élues, Florence Février et Myriam Naël qui m’ont très solidairement aidé à faire face et ont tenté de remettre un peu de rationalité dans les échanges. Un démagogue s’est bien manifesté, mais c’est à ses risques et périls. L’effet boomerang, on appelle ça…

Sous vos applaudissements !

dimanche, novembre 8th, 2009

Ça y est ! Il y a un Conseil de Quartier à Nantes Nord depuis samedi. Dans les 10 autres quartiers aussi mais comme je n’y étais pas, je ne peux pas raconter. Je sais quand même que ça c’est bien passé.

A Nantes Nord, ça s’est même très bien passé. Le collège associatif a été composé sans problème. C’est vrai qu’il y avait moins de candidatures « utiles » que de sièges. Mais il y a quand même eu un débat sur la présence de « Place au vélo ». Pour tout dire, je n’étais pas très chaud pour qu’ils y soient, leur présence à Nantes Nord

Un collège associatif composé par consensus

Un collège associatif composé par consensus

(critère minimal retenu et accepté) ne m’étant pas apparue jusqu’alors. Ce sont les autres associations qui ont défendu l’apport futur de Place au vélo, qui avait quand même un représentant « local ». Puisque consensus il y avait, et que la présence de Place au Vélo avait été détectée (dans les écoles) à Nantes Nord par plus attentif que moi, je n’avais pas de raison de renier mes propres critères. Il reste donc trois places à pourvoir dans le collège associatif du Conseil et je ne désespère pas de convaincre une association sportive de nous rejoindre, la porte restant bien entendu ouverte à d’autres. C’est une des faiblesses de notre communication de rentrée sur le sujet : les associations ne se sont pas sentie aussi concernées que je l’aurais souhaité mais nous n’avons pas assez fait pour les en convaincre. Cela se corrigera.

Pour le collège des habitants, j’étais satisfait d’avoir 36 présents sur 53 candidats dont plein de gens que je ne connaissais pas. Le tirage au sort ayant été annoncé avant la réunion, et ce tirage n’excluant évidemment pas les absents, on aurait pu comprendre une moindre assiduité. La motivation est visiblement très forte. (suite…)

Conseils de quartiers : tout le monde a gagné !

jeudi, octobre 29th, 2009

Ce qu’il y a de bien dans l’action locale, c’est que rien ne se passe jamais exactement comme on l’avait envisagé ! J’ai fait un point presse hier (le lien vers Maville.com)(le lien vers 20mn) pour dresser un petit bilan d’étape de la constitution des nouveaux conseils de quartier. Le premier enseignement est que nous sommes bien au-delà du nombre de candidats envisagés. Plus de 900, retardataires compris, c’est une vraie bonne surprise. Plus de 60 % dans la tranche d’âge 30-59 ans, c’est une deuxième bonne surprise. 82 % de volontaires déclarant n’avoir jamais participé à un Comité Consultatif de Quartier, c’est une troisième bonne nouvelle. S’il reste un déséquilibre hommes-femmes (57-43 %) il est moins marqué qu’on pouvait le craindre. Cela veut dire que nos objectifs d’élargissement de nos interlocuteurs et de diversification des participants à nos instances participatives sont en bonne voie d’être atteints. Ils le seront vraiment si nous trouvons les modes de fonctionnement et d’animation qui leur conviennent et leur permettent d’aller sans hésitation au bout de l’engagement de deux ans qu’ils ont pris.
Ce sera encore plus nécessaire pour celles et ceux qui ont été tirés au sort. Sans que ce soit une surprise, l’institut TMO a un peu de mal à recueillir les derniers accords de participation. C’est notamment le cas dans les quartiers populaires. Là encore, pas de mystère : quand on est soi-même dans la précarité, confronté à des difficultés quotidiennes, on est moins disponible pour s’engager dans une citoyenneté active. L’exclusion sociale produit l’exclusion de la citoyenneté vécue. D’autant que des sentiments relevant d’une forme d’auto-dévalorisation ne sont jamais bien loin. Lors du forum de Strasbourg, les élus de Fribourg nous ont expliqué comment ils faisaient du porte à porte pour recueillir l’avis des habitants dans les quartiers populaires. Ce défi là reste à relever. (suite…)

Baeckeoffe et démocratie locale

dimanche, octobre 18th, 2009

Le Baeckeoffe est un plat bien plus typiquement alsacien que la choucroute. Je ne peux pas faire moins que de vous proposer un lien vers une recette prise au hasard dans un moteur de recherche. J’ai eu en effet la chance d’en goûter un grâce à l’hospitalité de nos amis strasbourgeois qui avait sollicité, entre autres municipalités, la Ville de Nantes pour participer aux tables rondes finales de leur Semaine européenne de la démocratie locale.

Le très bel hémicycle du Conseil de l'Europe

Le très bel hémicycle du Conseil de l'Europe

Je tire plusieurs enseignements de ce samedi strasbourgeois dans les locaux du Conseil de l’Europe, la plus ancienne de nos institutions continentales, qui réunit 47 pays y compris la Turquie. La première est que les interrogations qui sont les nôtres sur la nature, les finalités et les outils du dialogue citoyen sont partagées et que les réponses vont toutes dans le même sens. Etre en phase avec Lyon, Grenoble et Strasbourg, ça rassure ! Constater qu’on l’est aussi avec Fribourg, ville allemande référence pour ses quartiers écologiques, c’est bien aussi. (suite…)

Nantaises, Nantais, attention ! Ils veulent vous piquer votre place !

dimanche, septembre 27th, 2009

« Ils » ce sont des élus UMP de Nantes qui n’ont rien trouvé de plus malin que de faire acte de candidature au Conseil du quartier de leur domicile, parmi les citoyens volontaires.

Cela fait plusieurs fois que nous essayons d’expliquer ce qui nous semble raisonnable, simple, sensé et pour tout dire honnête : notre nouvelle étape du développement du dialogue citoyen a pour objectif de faire émerger la parole de ceux qui ne la prenne pas assez, de valoriser leur expertise d’habitant de leur ville, d’usager des services que leur propose leur municipalité et de les rendre acteur et coproducteurs des politiques publiques conduites. (suite…)

Conseils de quartier : top départ !

samedi, septembre 26th, 2009

Ça y est ! La première phase de la  campagne de com’ sur les conseils de quartier a commencé. Des messages gentiment provocateurs  (« le dialogue citoyen, c’est quoi ce machin ? »), un article et un flyer dans Nantes Passion,  pour arriver à une incitation à s’inscrire dans un processus dont nous ne savons finalement pas grand chose, tant il sera ce que les participants en feront avec nous.

Nous nous sommes embarqués dans un truc très ambitieux. Si ça marche, ce sera super : les habitants volontaires y trouveront leur compte comme ceux tirés au sort et comme les représentants d’associations. Les décisions municipales auront été confrontées à la parole des habitants, à leur expertise, et seront donc meilleures à tout point de vue. On fera donc tout pour que ça fonctionne bien.

J’ai quand même un peu le trac. Convaincre des gens de venir, c’est déjà pas commode. Après tout, on ne fait pas la queue à la Bourgeonnière pour investir nos instances participatives mais le dimanche devant la boulangerie et surtout les jours de distribution des sacs poubelles Trisac !

Les convaincre de rester sera encore plus dur. Passer du temps aux affaires publiques locales, c’est une vocation. Il faut vraiment aimer ça. Une partie de notre problème, c’est justement de ne pas avoir pour interlocuteurs que les gens qui aiment ça, y sont formés et rompus,  et dont certains ont fini, finissent ou finiront au Conseil municipal. Il faudra que les « pros » du dialogue participatif acceptent de laisser un peu d’espace aux néophytes qui viennent là pour voir et ne les rebutent pas trop avec les mœurs qu’ils partagent avec les institutions dont la réunionnite chronique ! Il faudra notamment accepter que leur premier point de vue soit très « consumériste » sans les traiter pour autant de mauvais citoyens. C’est un peu ce qui m’inquiète dans certaines réactions associatives. « Nous nous savons parler d’intérêt général au-delà des intérêts particuliers. Nous nous sommes compétents pour être vos interlocuteurs » m’ont dit certains (en substance) lors de la passionnante tournée des quartiers que j’ai faite au printemps. C’est vrai, mais il faudra bien que d’autres paroles émergent, même moins construites, même plus individuelles. Elles ne sont pas moins intéressantes au regard de nos objectifs.

Pour le reste, j’assume qu’on n’y voit pas bien clair sur les contenus et que tout cela reste pour l’instant assez théorique. On est encore dans le brouillard, on n’a pas de GPS, on sait qu’il n’y a pas de signalisation sur le chemin et qu’il y a plein de nids de poule, de murs et de  flaques d’huile.

Mais comme nous voulons réussir, une seule solution : en route et pied au plancher !

Le pire risque à courir serait de ne pas en prendre…

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