Posts Tagged ‘Aubry’

Faut qu’ ça saigne ?

samedi, octobre 1st, 2011

Elle est chouette cette chanson de Boris Vian, Les Joyeux Bouchers. Comme toutes les chansons de Boris Vian d’ailleurs…
Ce sont certains commentaires liés aux primaires citoyennes du P.S qui m’y font songer. A écouter certains, le débat des primaires serait tristement aseptisé, dissimulant des clivages derrière un unanimisme de façade ou pire, calculateur, ou, pire de chez pire, révélant l’absence de divergences irréductibles entre candidats auxdites primaires. Mince alors !
Deux débats télévisés plus tard, nos amateurs de sang frais coulant sur le sable de l’arène démocratique doivent déprimer grave. Non seulement les candidat-e-s débattent vraiment, mais il ne s’insultent pas, dérapent assez peu entre les confrontations publiques, et donnent d’eux-mêmes, des socialistes et de la gauche une image finalement avenante, semant au passage une jolie panique dans les rangs d’une droite gourmande qui se pourléchait déjà les babines de l’hémoglobine espérée.
C’est bien de nous ça ! Si on ne s’entretue pas , c’est pas vraiment démocratique. Il faut du clivage, de l’affrontement binaire, de l’irréconciliable, de l’incompatible , de l’irréductible. Sinon, ça vaut pas ! Comme si notre passé de peuple révolutionnaire et régicide nous rendait définitivement incapable de trancher les débats autrement qu’avec la guillotine, fût-elle symbolique.
On comprend les journalistes, de droite ou soucieux de sensationnel : « les socialos qui se bouffent, ça fait vendre Coco », et ça rapporte gros…à la droite.
On compatit à ceux qui ne se sont jamais définis que contre et qui ont donc besoin d’un ennemi à pourfendre, de préférence dans leur camp d’ailleurs. Ceux-ci ont le rapport de force interne à la gauche bien plus au cœur que la victoire contre la droite qui, somme toute, ne mène qu’aux emmerdements, puisqu’elle conduit à assumer les responsabilités et à risquer de confronter au réel les discours d’avant élection ! Nos révolutionnaires « plus à gauche que moi tu meurs » sont comme les marins d’Audiard : ils font des phrases…
Alors, étant moi-même d’un tempérament un poil belliqueux, je m’insurge et proteste. (suite…)

Après les manifs (II)

dimanche, novembre 21st, 2010

Belle brochette de socialistes manifestants !

Donc, le mouvement contre la « réforme » des retraites, dans sa phase la plus active, a été exceptionnellement puissant. La presse a considéré que la dernière manif’ nantaise en date traduisait un essoufflement. A 15000 personnes. Or, foi de syndicaliste n’en ayant pas raté beaucoup depuis 25 ans, une manif’ de 15000 personnes à Nantes est une grosse manif’, loin d’être fréquente. C’est dire si celles qui ont précédé ont été énormes, et leur répétition sans beaucoup de précédent. Même si, très logiquement, le propos des manifestants s’est politisé au fur et à mesure en se cristallisant sur la personne de Nicolas Sarkozy, ce succès est du à la clarté d’appels qu’on doit porter au crédit de l’intersyndicale. On savait pourquoi on manifestait, l’objectif était unique et la revendication claire.

Aujourd’hui, le mouvement n’a pas gagné, puisque la loi a été promulguée et est donc en vigueur. De là à dire qu’il a perdu…

Un mouvement social de ce type ne perd jamais vraiment. Rien que le goût retrouvé de l’action collective, l’esprit de solidarité et de fraternité qui traverse les cortèges ou le sentiment de force que confère le fait de se savoir nombreux et soutenus sont des acquis certes souvent immatériels, mais bien réels. Oserai-je parler de conscience de classe renaissante ? Sarkozy passe son temps à opposer les gens les uns aux autres, à susciter des tensions, à encourager la recherche de bouc-émissaires. Je ne crois plus (ça fait un moment…) que la lutte des classes puisse être le moteur de l’histoire. Elle n’a pas disparu pour autant. Le comportement et la politique de l’actuel pouvoir est un comportement de lutte des classes : tout est fait pour la préservation de ce que JMA a eu raison de nommer par son nom, la ploutocratie. Non que les riches soient par nature de mauvaises gens. Simplement leur bonne conscience à considérer leur situation est normale, qu’ils méritent leur réussite, que les autres n’ont qu’à faire comme eux et que c’est finalement comme ça que la terre tourne le plus rond reste insupportable. Lorsque le pouvoir politique les encourage dans cette inclination jusqu’à la caricature et la nausée bling-bling, ce qui se produit en ce moment, l’indignation et la colère doivent trouver des modes d’expression collective et c’est ce qui s’est passé avec l’affaire des retraites, partie émergée d’un iceberg d’injustices.

Naturellement, cette expression de colère ne va pas sans tentations simplistes, où le slogan remplace et la pensée et l’élaboration de solutions. Les obédiences trotskystes ou gauchistes de tous poils, dont la persistance de l’influence dans notre pays est une bénédiction quotidienne pour les Neuilléens de droite relevant leur courrier, et qui, non contentes de se bouffer le nez entre elles et de scissionner régulièrement, garantissant ainsi leur impuissance à faire d’autre révolution que celle de leur phraséologie qui tourne en rond, vont naturellement y jouer les sergents-recruteurs pour leur véritable combat : affaiblir la gauche qui prend le risque de vouloir gouverner en redonnant au mot réforme son sens progressiste, autrement dit les socialos ! (suite…)