A propos d’une situation difficile…

Dans ce beau quartier de Nantes Nord, à l’occasion d’une de ces tentatives récurrentes de maîtrise de halls d’immeubles par les dealers, un bailleur, Vilogia, a décidé de recourir aux services d’une société de sécurité pour empêcher que les tours du 2 et 4 rue Samuel de Champlain, idéalement placées du point de vue des trafiquants, redeviennent les points de deal que le hall du 4, notamment était avant sa réhabilitation. Ouest-France a consacré un article (cliquez ici  ) relayant mon sentiment sur cette initiative il est vrai inhabituelle.

Le fait que les employés de cette société de sécurité (pas une milice comme je l’ai lu) soient Tchétchènes (ce que ne savait peut-être même pas le bailleur Vilogia…) n’a aucune importance et je ne comprend pas que Ouest-France Nantes se soit laissé allé à mentionner la nationalité de ces salariés, juste pour le buzz, comme si le climat n’était pas assez lourd comme ça. Il est légitime que les habitants, les militants associatifs nous interpellent, m’interpellent, puisque je suis dans le quartier l’élu de référence en plus d’être chargé de la tranquillité publique au niveau de la ville.

Les moyens de prévention réclamés par des militants associatifs seront toujours utilement augmentés, mais le mirage de l’argent facile sera toujours plus fort chez une minorité d’esprits faibles et peu éduqués. Le mal des trafics de drogues et d’armes, qui, je le rappelle est mondial, ne peut réellement se combattre qu’à l’échelle planétaire, notamment en agissant contre les déséquilibres du monde, contre la pauvreté, contre la corruption… En attendant, localement, nous augmentons toujours plus les moyens : plus de policiers municipaux, plus de caméras de videoprotection, plus de médiateurs, plus de services de quotidienneté avec la Maison de la Tranquillité Publique… La Police Nationale intervient régulièrement, notamment au 3 Québec où les vitres du hall sont étoilées par des balles de gros calibre depuis ce vendredi, et ses enquêteurs ont fait « tomber » des bandes comme celle qui pourrissait la vie des habitants de la rue de Concarneau il y a peu. Nous demandons toujours plus de moyens au gouvernement. Nous demandons le retour à une vraie police de proximité, présente en permanence dans les tous les quartiers. J’espère que la négociation du Contrat de Sécurité Intégrée actuellement menée aboutira à cela, au moins pour les effectifs.

En attendant, j’en appelle aussi à la part de responsabilité de chacun notamment les parents des adolescents, chair à canon des gros bonnets du trafic. C’est toujours compliqué d’être parents d’adolescents, surtout lorsqu’ils sont confrontés aux discriminations qui minent notre pacte républicain, surtout quand on connaît une précarité grandissante dans le contexte d’aujourd’hui. Mais les valeurs doivent continuer à être transmises aux jeunes et la vigilance sur ce qu’ils font, sortis de l’appartement familial reste nécessaire. L’apparition d’objets, de vêtements de matériels Hightech d’origine inconnue et de financement mystérieux doit interpeller. On sait que les gains du trafic apportent un vrai plus à la vie quotidienne de certaines familles. Mais c’est une impasse qui conduit plus souvent au parloir de la Maison d’Arrêt de Nantes ou de l’établissement pour mineurs d’Orvault qu’à une prospérité durable.
Et surtout, j’en appelle à la responsabilité des acheteurs, consommateurs « récréatifs », intégrés, bien inclus et bien nourris. Il est trop facile de s’abriter derrière le « Y a qu’à légaliser le cannabis » pour s’exonérer d’une réflexion pourtant simple : l’innocent petit plaisir du samedi soir pourrit la vie de milliers de personnes dans les quartiers populaires et tue des mômes de 15 ans. Je suis favorable à une vraie légalisation du cannabis. Mais il n’y a encore ni majorité politique, ni majorité sociale et encore moins de consensus scientifique (ça pose des questions de santé publique, quand même…) pour y arriver. Et je fais observer que bien d’autres produits dont la cocaïne et l’héroïne sont déjà disponibles ici et parfois consommés sur place… Il faudrait les légaliser aussi ?
Alors, devant l’instrumentalisation éhontée cette violence par des politiciens locaux qui semblent s’en repaître, et qui ont généralement en commun de commenter tout cela d’assez loin (le 3 Québec, c’est à 200m de chez moi…), je refuse la logique qui voudrait que chaque fait divers donne lieu à commentaires, communiqués, polémiques stériles, en plus des articles inévitables puisque les faits divers forment la rubrique la plus lue des journaux et de leurs sites et qu’elle est donc économiquement essentielle à leur nécessaire existence…
Je peux juste affirmer ma détermination à ne pas lâcher. Le sentiment d’abandon des habitants est compréhensible. Ce n’est pas la réalité. Les élus (je parle de ceux qui agissent pas de ceux qui commentent avec une forme perverse de gourmandise) sont aux côtés des habitants et continuent de faire tout leur possible pour ce qui est en leur pouvoir, et à exiger de ceux dont c’est la responsabilité première l’engagement et les moyens qui seraient nécessaires.
Parmi les actions que nous menons, il y a le projet global de Nantes Nord, qui intègre pleinement ces questions de tranquillité publique, par la mixité des usages, la mixité sociale encouragées et des formes urbaines et d’habitat moins favorables aux trafics que notre quartier mosaïque. Il avance, trop lentement à mon goût, ralenti parfois de manière surprenante. Mais je ne lâcherai rien, et je mettrai les coups de pied dans toute fourmilière venant à se former pour lui faire obstacle.

Leave a Reply