YelloPark : donner sa chance à la concertation

La confrontation de projets touchant à leur cadre de vie avec nos concitoyens n’est pas un long fleuve tranquille. L’ami Alain Robert, le plus souvent en première ligne, ne me démentira pas.

Que l’on se situe dans le cadre d’une information, d’une consultation, d’une concertation ou d’une co-construction, dans l’ordre croissant du niveau de la participation proposée aux personnes concernées, l’exercice est difficile.

W.Kita et Y. Joubert, fondateurs de la société YelloPark et porteurs du projet éponyme, peu rompus ni même aculturés à l’exercice, en font actuellement l’expérience pour eux inattendue et parfois difficile. D’autant plus que, s’agissant de football, d’autres usagers sont à considérer : les spectateurs du stade, les supporters, du sage abonné aux ultras revendiqués. A la fois clients et commentateurs critiques, ils vivent le FCN comme leur appartenant (comme nous disons qu’il appartient à tous les Nantais !). Certains contestent même la légitimité du propriétaire du club à décider de sa stratégie et de son avenir, son incompétence étant un postulat affirmé d’emblée. Ils ne sont certes pas tous d’accord pour s’opposer au projet de nouveau stade. Mais l’activisme passionné de la Brigade Loire et le savoir-faire éprouvé d’A la Nantaise en communication politique créent une opposition qui n’a pas d’ambition partenariale, mais une volonté assez claire de nuire au projet et/ou à ses promoteurs.

Dessin de FRAP du 30-09-2017 paru dans Presse-Océan

Ayant eu la charge du dialogue citoyen dans le mandat précédent, j’en avais tiré quelques enseignements utiles à rappeler aujourd’hui, alors que la concertation conduite sous contrôle de la CNDP est entrée dans le vif du sujet.

Une concertation – car nous ne sommes pas, et de manière parfaitement assumée, dans le cadre d’une co-construction – peut être fructueuse pour l’intérêt général et la qualité des projets si elle respecte et fait respecter quelques principes.

Le premier est la clarté de la question posée. Il faut la rappeler sans relâche, tant les tentatives de changer de terrain sont nombreuses, et pas forcément de mauvaise foi. La concertation porte ainsi sur le projet purement privé d’un stade nouveau de 40000 places, associé à un projet urbain conséquent. Elle n’est pas et n’a jamais été – contrairement à ce qu’une lecture spécieuse du premier atelier d’approfondissement tente de laisser croire – un lieu de débat d’une l’alternative entre un projet existant et bien réel, YelloPark, et son opposé, rêvée par certains mais concrètement portée par personne, la rénovation du stade Louis Fonteneau. Les garants de la CNDP, dont la tâche est bien compliquée, scrupuleusement à l’écoute de toutes et tous, ont considéré que les porteurs du projet et Nantes Métropole devaient entendre l’expression d’autres préférences argumentées et apporter tous arguments et documents à l’appui d’une décision qui reste leur appartenir. Chacun s’est exécuté pour ce qui le concerne. C’est là que le non-respect d’un second principe de base vient compliquer les choses : la reconnaissance des compétences techniques.

Les tenants d’une rénovation de la Beaujoire (qui n’est envisagée par personne capable de la porter et de la financer, on ne le rappellera jamais assez !) s’enferment dans une posture de contestation des expertises techniques apportées au débat et tentent de s’ériger en contre-experts. Au lieu de faire valoir leur expertise d’usage du stade en tant que spectateurs ou supporters ayant une voix légitime à faire entendre pour la satisfaction de leurs besoins et aspirations de spectateurs/supporters, ils entendent convoquer porteurs, institutions et experts au tribunal de leur propre arbitrage. Passons sur la forme parfois désagréable des sommations, ils nient (ou contestent ou demandent à vérifier à tout le moins) la compétence, voire l’honnêteté des spécialistes qui se sont penchés sur le cas Beaujoire, notamment d’un cabinet nantais d’architecture pourtant réputé et dont je cherche en vain l’intérêt qu’il pourrait sérieusement avoir à bidonner son travail d’estimation du coût d’une rénovation répondant à tous les items du cahier des charges du club. Ils tentent alors de comparer des études qu’ils ne savent visiblement pas bien lire (c’est juste un métier !) ou de déduire d’éléments tronqués ou improprement confondus des arguments à l’appui de la thèse défendue. Triturer les chiffres d’une étude en mélangeant choux et carottes n’a jamais permis de conclure grand-chose de solidement étayé.

Ce comportement mène la concertation dans l’impasse.

En contestant (niant ?) pêle-mêle la légitimité du porteur et financeur du projet et la compétence des experts dont il a la sagesse de s’entourer, on se place forcément en situation de blocage en se privant de faire entendre sa voix sur le terrain où on aurait toute légitimité à intervenir : l’usage du stade, l’expérience spectateur pour reprendre les termes des commerciaux.

Cette posture, peut-être naïve mais sincère chez les uns, attachés à leur stade comme à leur propre maison, cynique chez d’autres qui font du combat « politique » contre les dirigeants actuels du FCN un fondement de leur action, a un autre inconvénient majeur : elle fait peu de cas d’autres intervenants légitimes à cette concertation, les riverains. Il peut certes y avoir convergence ou alliance objective entre  supporters excluant par principe toute démolition de l’actuelle Beaujoire et riverains refusant toute modification d’un environnement pourtant inégalement qualitatif : au patrimoine vert de grande qualité au nord de la parcelle, on opposera ce vaste parking inutilisé 14 jours sur 15 qui n’empêche pas de réelles nuisances les soirs de matches.

Mais s’il est une catégorie de citoyens ayant tout intérêt à rentrer dans le vrai sujet de la concertation, ce sont bien les riverains d’un projet urbain d’ampleur. Je ne doute pas de la capacité d’un Dominique PERRAUD de concilier qualité urbaine et de vie et mise en valeur d’un patrimoine vert préservé, avec le nombre significatif de logements projetés. Les riverains doivent être cependant entendus dans leurs inquiétudes concernant la circulation, le stationnement et le fonctionnement général d’un quartier édifié en bordure d’un stade de 40000 places.

Il faut donc souhaiter que la raison l’emporte et que la réalité (sans jeu de mots) apparaisse plus nettement à tous : dès lors que et le club, et la Métropole l’excluent pour des raisons dûment expliquées, sur la base d’études compétentes, publiques et transparentes, et à raison de leurs orientations respectives, il n’y aura pas de rénovation de l’actuel stade de la Beaujoire. Continuer à axer le débat public ou la concertation sur cette fausse alternative ne peut que gêner la prise en compte réelle des inquiétudes et questionnements légitimes des riverains et empêcher les nombreux supporters qui le souhaitent et n’osent même plus prendre la parole, d’apporter leur part d’expertise sur le stade, attendue sincèrement par les responsables du projet.

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