Et maintenant, que faire (ou ne pas faire) ? (II)

Socialiste, dans la majorité

J’avais eu l’occasion de donner acte à Goulven Boudic, du fait que le positionnement proclamé d’Emmanuel Macron, additionné à la présence de l’extrême-droite au second tour de notre présidentielle bipolarisante, comportait un risque majeur : celui de limiter l’alternative politique entre lui et l’extrême-droite. Dans l’hypothèse de son échec, il ne resterait donc que le pire.

Aujourd’hui, ce risque a pris corps avec l’élection dudit Macron et avec la danse du ventre des courtisans de tous bords visant à effacer le clivage structurant depuis toujours de la politique en France et ailleurs : la droite et la gauche.

Je ne crois pas à cet effacement qui n’est évidemment pas souhaitable au regard du risque ci-avant décrit.

Dessin de FRAP http://frap-dessins.blogspot.fr

Il y aura toujours débat entre ceux qui portent les vertus de la compétition et ceux qui préfèrent la coopération. Entre ceux qui préfèrent la charité individuelle et ceux qui croient à la solidarité collectivement organisée. Entre ceux qui pensent que la liberté totale des acteurs économiques est plus efficace et ceux qui portent la volonté d’une régulation, voire d’un contrôle social ou public des moyens de production. Entre ceux qui pensent que les inégalités sont regrettables mais inhérentes à la nature humaine, et ceux qui refusent de s’y résoudre et portent l’Egalité au cœur et en action. Entre ceux qui croient à une prédestination et ceux qui pensent que rien n’est écrit. Entre ceux qui pensent que les inégalités de revenu et de richesses sont inéluctables, légitimes et indicateurs de mérites et ceux qui observent que la rente et l’héritage perpétuent ces inégalités de manière inacceptable et qu’une redistribution est nécessaire. Bien sûr, tout n’est pas binaire et manichéen. Bien sûr, chacun d’entre nous place son propre curseur entre chacun de ces pôles. Bien sûr, la vérité n’est jamais totalement d’un côté. Mais quand même… La réaction aux inégalités est probablement le critère le plus important pour apprécier l’appartenance à une des deux familles de pensée.

Alors, comment faire pour faire vivre ce clivage éminemment démocratique dans le contexte nouveau (et déstabilisant !) qui nous est proposé. Comment le faire sans dogmatisme, sectarisme ni étroitesse d’esprit, mais dans la clarté ?

En restant soi-même, fidèle à ses valeurs, à sa famille politique et à ceux dont on a la fierté d’être compagnon de route ou ami.

Pour ma modeste part, j’entends rester Socialiste, membre du Parti éponyme, comme depuis bientôt 35 ans. Je ne crois pas à sa mort tout autant que je suis convaincu qu’il est au bout d’un cycle et que les fondements d’une époque nouvelle doivent être rapidement établis.

Et je pense que la place des Socialistes est, dans le respect de ce que nous sommes, de ce que nous portons, dans la majorité future d’Emmanuel Macron. Pour la réussite de son quinquennat au service de nos concitoyens, pour le faire pencher du bon côté du clivage dont je réaffirme la pertinence. Cela qui n’a rien à voir avec la préservation des appareils ou des coteries sclérosantes, ni n’empêche en quoi que ce soit le renouvellement attendu des pratiques et du personnel politique.

Je ne reviens pas sur les raisons pour lesquelles je pense inepte de classer le nouveau Président et son projet à droite. Il n’est pas conservateur, encore moins réactionnaire. Trop libéral en économie à notre goût ? C’est certain. Incompatible avec nos valeurs et nos aspirations de justice sociale et de solidarité, de transformation sociale ? Sûrement pas.

Dessin de FRAP
http://frap-dessins.blogspot.fr

Revendiquant de me situer aux côtés d’Hollande, d’Ayrault et de beaucoup d’autres dans l’axe central du Parti Socialiste,  je me situe aujourd’hui à l’aile gauche du nouveau pouvoir. Mais notre vocation n’est assurément pas d’être dans l‘opposition. Quelle place prendrions nous entre la droite la plus réactionnaire, qui ne se trompe pas en pointant la part de continuité entre Hollande et Macron, la gauche du siècle dernier qui garde des digues depuis longtemps submergées avec des tentations populistes, et le FN ? L’échec de Benoît Hamon montre à l’évidence qu’il n’y a pas d’espace politique pour des socio-démocrates européens dans cette configuration. Le risque de disparition est là et pas ailleurs.

Alors c’est vrai, le nouveau Président nous soumet avec délectation au régime de la douche écossaise, alternant les signes correspondant à ce qu’est la majorité de son électorat du premier tour, de gauche, et la volonté s’ouvrir aux « progressistes » de l’autre bord.

A l’heure où j’écris ce billet devant la cérémonie d’installation D’Emmanuel Macron, je ne sais pas qui sera nommé à Matignon. Évidemment, la nomination d’Edouard Philippe ne me simplifierait pas les choses ! J’ai eu l’occasion de rencontrer le maire du Havre. Avant même la primaire de la Droite, quand la voie semblait dégagée pour Alain Juppé. J’étais ressorti de cette rencontre en disant que si tous les nouveaux dirigeants de droite étaient de cette qualité, nous avions du souci à nous faire… Et voilà que son mentor expulsé par le dégagisme de droite, il reviendrait par la fenêtre du rassemblement progressiste. Moins commode de faire partager, dès lors, ma préférence pour une bienveillance à l’égard du nouveau pouvoir. Mais qu’est-ce que cela change, au fond ? C’est la composition du gouvernement et ses premiers actes qui seront déterminants. En attendant, je n’ai rien à redire au discours prononcé par Emmanuel Macron à l’Elysée après la leçon du Professeur Fabius. « Au-delà de nos paroles, l’histoire jugera de nos actes » avait dit François Mitterrand un 10 mai au soir historique en réponse aux félicitations de Giscard. Pas mieux !

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