Sois sage, ô ma colère…

Décidément, ils osent tout les Camarades ! Torquemada de pacotille, Fouquier-Tinville d’opérette, ils excommunient, ils sentencent, ils décrètent, ils assènent…

Flirtant une fois de plus avec la politique du pire, flattant la tentation de la part d’électorat de Mélenchon qui croit pouvoir constater des convergences entre son programme et celui de le Pen, oubliant allègrement que la présence de l’extrême droite au second tour reste bien la tache sur la République dénoncée par Yannick Vaugrenard, voilà que la priorité de certains est de présenter Macron comme un homme de droite. Ainsi donc, il leur serait aussi difficile de voter Macron que de voter Fillon contre Le Pen, parce que leurs lignes ou leurs programmes seraient équivalents en nature si ce n’est en degré (à moins que ce ne soit l’inverse) ! Il ne s’y résoudraient qu’avec difficulté. Jamais la honte ne les atteint ! Jamais aucune caricature ne les rebute.

dessin de Xavier Gorce – www.lemonde.fr – 25-04-017

Je les ai souvent appelés les Mélenchonistes de l’intérieur. Je ne croyais pas si bien dire. A quoi a abouti la mise en œuvre de leur stratégie, celle qui devait nous sauver de la « catastrophe de ce quinquennat », qui devait rendre cette élection gagnable ? A la fuite des électeurs socialistes, qui vers le social-libéralisme assumé d’un Macron, qui vers l’original dont ils sont la (pâle) copie, le populisme autoritaire d’un Mélenchon. On vilipende le vote utile en inventant la candidature inutile, celle qui ne s’est maintenue que pour sauver in extremis le P.S de la faillite financière. A croire que contrairement à ce que leur maintien dans le P.S pouvait laisser espérer lorsque Mélenchon a fichu le camp, la défaite de tout ce qui ressemble à de la social-démocratie reste le fondement premier de leur engagement, la dominante de leur ADN politique. Troskiste un jour, trotskiste toujours…

Oui je suis en colère. Grand naïf que je reste, j’imaginais qu’on pourrait faire entendre que la défaite historique de dimanche dernier était celle de Benoît Hamon et de ses potes, bien plus que celle du P.S tout entier. Parce que ce parti bien malade, qui est arrivé au bout de son cycle dit d’Epinay, qui doit inéluctablement se refonder pour renaître une fois de plus de ses cendres, nous en avons besoin. Nous, la gauche qui veut gouverner. Nous, le peuple qui ne se résigne pas à subir, ou à s’épuiser dans des « luttes » vaines tant qu’elles ne trouvent pas de débouché politique. Le P.S, sous une forme ou une autre, reste la seule force centrale capable de coaliser les forces et mouvances politiques sur sa droite, comme sur sa gauche pour porter au pouvoir les valeurs d’égalité, de libertés, de justice sociale, de solidarité, de coopération et d’écologie qui s’opposeront toujours à celle de la droite.

Mais non ! Benoît Hamon était bien le candidat du Parti Socialiste (c’est écrit dans les statuts, et les statuts, c’est sacré !) et l’opprobre qui le submerge rejaillit sur chacun d’entre nous, sans espoir d’y échapper. Alors, je le dis clairement, ce n’est pas dans le positionnement droitier de Manuel Valls qu’on me retrouvera. Ni Valls, ni Hamon ! Parce que dans les deux cas, on s’éloigne de cette position centrale à gauche qui seule peut éviter les effets centrifuges, là où nous avons besoin impérieux de force centripète.

J’avais écris à l’attention des frondeurs qu’avec leur stratégie anti-hollande, c’est Valls qu’ils récolteraient. Pas mal vu mais mal visé : c’est Macron ! Des vainqueurs je vous dis…

Alors Macron est-il de gauche ? Il le dit. Mais il ajoute qu’il est aussi de droite. Bon… Je trouve ça plus malin que le ni-ni, ou le milieu. En tous cas, ça marche mieux, même si les circonstances favorables qu’il rencontre doivent faire enrager le pauvre Bayrou. Je pense pour ma part que le bonhomme est plus de gauche que son programme, à l’aune de canons de beauté de la gauche pour beaucoup obsolètes mais encore communément utilisés. Mais ce que je pense, hein ! On s’en moque ! Comme d’ailleurs de ce que vagissent mes Fouquier-Tinville aux petits pieds. « Les masques tombent !» vocifèrent l’un d’eux à mon endroit, quand j’assume mon vote utile, suffisamment partagé (on est bien plus nombreux à l’avoir fait qu’à le dire mais je ne dénonce pas les camarades !) pour avoir au moins évité à la France la honte de placer la facho en tête du premier tour.

Je vais vous dire, les gens (je me prends pour Mélenchon, ce matin !) : dis-moi qui a voté pour toi, je te dirais où tu es. C’est difficilement contestable, ce sont des femmes et des hommes de gauche, humanistes sincères, progressistes avérés, qui constituent la majorité des électeurs de Macron. Ils se recrutent plus parmi les catégories sociales diplômées, « insiders » de la mondialisation, que parmi les ouvriers peu qualifiés et les habitants de territoires en souffrance ? C’est une évidence et oui, un problème. Cela suffit-il à le disqualifier ? Si on le pense, il faut alors assumer de souhaiter ou d’accepter de risquer pour notre pays des aventures qui s’achèveraient au mieux par une trahison des faux espoirs (Mélenchon, c’est aussi Mitterrand en 81, avec 82-83 en perspective, mais ça n’est plus la question depuis dimanche), au pire par la ruine et la violence, ce qui reste malheureusement possible.

Alors oui, Macron est aujourd’hui LE candidat des forces de progrès. Pas celui que j’aurais souhaité (et je ne parle pas de Manuel Valls, hein !). Contrairement à 2012, je n’ai pas voté « pour », dimanche dernier. Mais je voterai pas seulement « contre » le 7 mai. Je voterai pour le candidat de mon camp. La République, bien sûr, mais aussi la gauche. Sans état d’âme ni pince à linge sur le nez. Parce que si cette épopée singulière n’est pas la mienne, ni celle de mon parti, notre place est dans la majorité présidentielle à établir le 7 mai, et dans la majorité parlementaire à construire après, pour y peser du bon côté, du côté de la justice sociale et de la solidarité. Mais à chaque tour de scrutin suffit sa peine. Le 7 mai, pas une voix de gauche ne doit lui manquer. Votons Macron.

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