Fin de campagne

C’était il y a 15 ans aujourd’hui. L’impensable se produisait. Par le croisement de courbes que le simple rappel des marges d’erreur des sondages auraient du révéler comme possible, si on avait su mieux les lire. « Comme un coup de tonnerre » dira Lionel Jospin. devant des millions de gens en pleurs ou pas loin.

Je crois que c’est depuis cette date que je me bats pour que chaque scrutin soit utilisé « conformément à son objet » dans le cadre des institutions en vigueur et non d’autres que je pourrais souhaiter. Donc, à toutes celles et tous ceux qui, lors de mes permanences ou dans la rue, m’ont fait part de leur perplexité et sont parfois allés jusqu’à me demander une recommandation de vote, je veux d’abord dire de ne pas se tromper d’élection. Il s’agit de choisir un président ou une présidente de la Vème république française. Rien d’autre. Mais rien de moins.

Le premier tour, ce dimanche, servira à dire qui sera au second, en finale… Donc il faut aller voter. Même si vous en avez marre. Vous pensez que cela ne changera rien à votre existence, à vos difficultés ? Aucun candidat ne trouve grâce à vos yeux ? Comment ne pas vous comprendre ? Vous n’en êtes pas moins titulaire exclusif de cette fraction de millionième de responsabilité de la manière dont la France va être gouvernée pour les 5 prochaines années. Utilisez-là, je vous en conjure !

Nous allons donc collectivement éliminer dimanche neuf candidats et candidates. La règle ne permet à chacun de nous que de sélectionner un bulletin et un seul.

Ce bulletin ne peut pas être celui de la fille Le Pen. Elle et ses sbires ne sont pas des patriotes mais des volontaires pour se coucher devant des puissants genre Poutine ou Bachar El Assad, après Pinochet, Videla ou Sadam Hussein, après Franco ou les généraux putschistes d’Alger, après Hitler ou Mussolini que leurs prédécesseurs ont adorés. C’est terrible les filiations. L’ADN se transmet en politique comme en génétique humaine. Je peux toujours porter une moumoute, je serai chauve dessous comme mes ancêtres… Qui cela pourrait-il tromper ? Quant à son programme, sa mise en œuvre serait évidemment catastrophique. Je peux partager les déceptions ou les dégoûts. Comprendre les colères et l’envie de renverser la table. Soutenir l’aspiration à la tranquillité et à la sûreté, droit républicain fondamental. Mais la division, la fragmentation, l’exclusion, la haine, et donc la violence, ne régleront jamais rien. Ils créeront toujours plus de désordre.

Dessin de Xavier Gorce – www.lemonde.fr – 18-04-2017

Le bulletin ne peut pas être non plus celui du héraut de la France dite insoumise. Je ne le confonds aucunement avec la précédente. Mais ils sont hélas deux points communs : d’abord une tentation autoritaire dans la conduite des affaires publiques comme dans celles des rapports sociaux. Ni avec les mêmes objectifs, ni au profit des mêmes catégories. Mais cette mise en tension ne nous aiderait pas à répondre aux enjeux auxquels nous sommes confrontés. Ensuite, leur rapport à la construction européenne n’est pas le mien, même si c’est, là encore, sur des valeurs bien distinctes. J’avais voté OUI au Traité Constitutionnel Européen en 2005, craignant une panne du projet européen en cas de rejet. Avais-je vraiment tort ? Le Traité de Lisbonne a techniquement repris pour partie ce qui avait été rejeté. Mais la panne de la construction politique et citoyenne, elle est là et toujours là. Le plan B n’existait pas. Il n’y a pas d’avenir pour notre pays et pour notre modèle social hors du projet européen et il n’y a pas de progrès du projet européen possible hors d’une démarche de compromis successifs. Les ultimatums, même français ne mènent à rien. La sortie des traités européens et de l’Euro serait une régression terrible que nous payerions au prix fort. Sans qu’il soit besoin de dire que je ne crois pas une seconde aux programmes d’économie administrée reposant sur un repli protectionniste quels qu’en soient les formes, je vous exhorte à ne pas voter Mélenchon. C’est une tromperie. Un mirage. Ou son hologramme.

Évidemment, Fillon non plus, ne peut pas être mon choix. Il est de la droite la plus réactionnaire et la plus anti-sociale qui soit, son programme fol-dingue en témoigne. Il est disqualifié et frappé d’indignité par les scandales qui révèlent sa vraie nature personnelle et politique. Je ne veux pas de cet homme à la présidence de mon pays. Et ne ne veux pas devoir me poser la question de refaire ce que j’ai du faire en mai 2002.

Alors, si j’exclus également les candidatures de fantaisie ou de témoignage (allez expliquer à n’importe quel étranger que nous avons deux trotskistes concurrents candidats à notre magistrature suprême !), il n’en reste, et nul n’en sera surpris, que deux. Eh oui ! Je procède par élimination. Pas par adhésion franche et enthousiaste, comme c’était le cas il y a cinq ans pour François Hollande. J’assume cette réalité que je regrette. Mais c’est bien cela : il reste deux bulletins que je pourrais utiliser.

Celui du candidat de mon parti, Benoît Hamon. Le mien, donc, par effet mécanique d’appartenance. Il a consciencieusement scié la branche sur laquelle une primaire en trompe-l’œil l’avait assis. Les sondages ne prédisent rien mais l’orientation de leurs courbes est rarement prise en défaut… Benoît peut ainsi apparaître aux mal informés pour un candidat de division, bouc-émissaire inattendu de la division de la gauche, qu’on la souhaite radicale ou gouvernementale. Benoît est pour moi coupable d’avoir contribué à fermer la porte à la candidature Hollande que tant regrettent aujourd’hui. Il l’est aussi d’avoir déverrouillé, par son comportement, celui de ses partisans et par sa stratégie politique, celle de la trahison indigne des engagements de la primaire d’un Valls ou d’un Rugy.

Cela n’enlève rien à leur propre responsabilité. Cela n’enlève rien à la responsabilité de François Hollande dans la situation abracadabrantesque où nous nous trouvons, nous électeurs d’une gauche de gouvernement. Cela n’enlève rien à sa légitimité de vainqueur de la primaire, mais cela renvoie Benoît à la situation peu enviable de rempart contre la présence de Mélenchon au second tour et de garant du remboursement de ses frais de campagne (et de ceux de Jadot…). Plus de vainqueur potentiel de l’élection présidentielle. Misère…

Alors, si la fidélité et la loyauté à vos engagements, à votre famille politique ou à votre parti, à votre participation à la primaire, à des orientations qui rencontrent vos valeurs et convictions, sentiments nobles que je partage, ou juste votre allergie à Macron vous incitent à apporter votre suffrage à Benoît Hamon, à l’accompagner courageusement jusqu’au bout, comment pourrai-je faire, dire ou écrire quoi que ce soit qui vous en dissuade ? Comment vous confondrais-je, en cas de malheur, avec ceux qui, pas assez mis en garde ou niant toute fonction d’utilité à leur vote, avaient cru en 2002 qu’on pouvait encore choisir à gauche au premier tour avant d’éliminer la droite au deuxième, alors que nous avions déjà changé d’époque et que l’élimination ou non de la gauche dès le premier tour était désormais l’enjeu du scrutin présidentiel ?

Mais votre lucidité d’électeurs de François Hollande en 2012, votre refus de devoir choisir pour la France entre la droite dure et l’extrême-droite, risque que leurs maudites courbes font réapparaître sondage après sondage, peuvent aussi vous conduire à l’autre choix. Si votre conviction est qu’il vaut mieux être l’aile gauche d’une majorité « progressiste » que l’aile droite d’une opposition protestataire et destinée à le rester, si vous craignez que l’attentat des Champs-Élysées ne pousse nos concitoyens hésitants et déboussolés vers l’irréparable, ou si, tout simplement, vous adhérez sincèrement, femmes et hommes de gauche, à la démarche d’Emmanuel Macron, accordez-lui votre suffrage. Je ne vois pas quel anathème je pourrais vous lancer.

Dans les deux cas, je suis des vôtres ! Et je sais que nous sommes nombreux dans ce dilemme. Je suis convaincu que c’est ensemble que nous formons l’axe central de la gauche qui ose encore aspirer à gouverner.

A chacune et chacun, le moment venu, la liberté et la responsabilité de son vote. Qui serais-je pour donner la moindre consigne, à vous qui m’avez interrogé et moins encore à vous, les plus nombreux, qui ne m’avez rien demandé ?

Ma réponse personnelle à cette alternative sera, en conscience, en tant que Socialiste décidé à le rester, fonction de l’objet du scrutin : élire le 7 mai le président de la République française.

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One Response to “Fin de campagne”

  1. marnot patrick dit :

    Pour être réellement partie prenante à l’objet final de ce scrutin,c’est à dire l’élection de notre Président de la République, il faut dès le premier tour voter pour celui qui a le plus de chances d’être présent au second. Ce dernier aura pour mission d’éliminer une des deux dangers qui menacent le pays, à savoir le FN ou son cousin :l a droite extrême. Et ça, aujourd’hui comme dimanche, seul Emmanuel Macron peut y faire face. Refuser de choisir entre le respect d’une appartenance à un parti et l’intérêt majeur du pays face aux programmes mortifères de certains, c’est courber l’échine.

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