De l’obsolescence, de la sagesse…

Il est devenu banal de s’esbaudir ou de se lamenter ou de s’avouer perplexe devant le tour de force ou de magie du dénommé Macron Emmanuel, candidat cru (du verbe croire) quand il voue aux gémonies un système dont il est un des produits les plus purs. Un des plus brillants aussi, c’est une partie du problème de Benoît, mais ça n’a rien à voir. J’avais déjà relevé que Manuel Valls ne s’en est jamais remis, cornérisé par la trahison méthodique de l’époux de Brigitte (pas notre JMA, hein!) qui a préempté la modernité à son profit exclusif.

Autre phénomène relevé dès le début d’ « En marche ! », l’ancienneté politique si ce n’est l’âge des parrains initiaux du jeune homme. Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard… Ce n’est pas la Jeune Garde !

Et voilà que ce phénomène prend de l’ampleur ! Deux anciens maires auxquels je voue une admiration certaine pour des raisons différentes, Bertrand Delanoë et Joël Batteux. Et un ancien président de Région pour lequel l’affection et la reconnaissance s’ajoute à l’admiration, Jacques Auxiette. Et Robert Hue (ne riez pas, sa tribune dans le Monde est quand même tissée d’une intelligence et d’une lucidité qu’on espère plus de… Non. Pas de noms, il y en aurait trop !). Et Patrick Braouezec. Et peut-être Le Drian, et, qui sait, JMA, Bartolone…

Bref ! Le jeune chantre de la rénovation du système politique serait d’abord soutenu par un quarteron de politiciens en r’traite ou pas loin ! « Que représente M. Delanoë ? Au nom de quoi est-il invité à la matinale de France Inter ?» s’égosille un analyste local ? « Tous ces gens vont à la soupe, chercher des postes », ose la rumeur facebookienne, oubliant que la caractéristique commune de tous ces caciques est justement de n’être plus demandeur d’une quelconque investiture et allant parfois jusqu’à leur dénier la qualité d’hommes de gauche.

On peut tout à fait postuler que tous ces barons chenus sont des vestiges des temps anciens, les réputer frappés d’obsolescence, de sénilité politique, traces presque effacées du cycle d’Epinay, bons à exposer au Chronographe….

On peut les soupçonner de ne concevoir que le déluge comme pouvant succéder à leur glorieuse époque, de traiter avec la condescendance du patriarche cacochyme et malveillant notre malheureux et légitime candidat primé, vieux beaux indignes, redoutant par dessus tout de devoir admettre qu’on se porte très bien voire mieux libéré du joug de leur férule tutélaire !

On citera que la vieillesse est un naufrage, on philosophera sur l’être et l’avoir été, on soupçonnera Alzheimer et on recommandera aux papys une bonne camomille avant d’aller au lit, quand on ne manifestera pas d’impatience à leur rendre les hommages qu’ils mériteront une fois admis ad Patres !

Oui, on peut tout cela.

On peut aussi de demander s’il n’y a pas là – au-delà d’un positionnement politique habituel de la part d’un Gérard Collomb – l’expression de ce qu’on nomme sagesse et qu’on attribue généralement aux anciens.

Elle serait issue de quelques constats et convictions.

La conviction de la nécessité d’un renouvellement profond de notre système politique qui serait ainsi à l’origine de leur retrait (« ne pas s’accrocher » a dit Jean-Marc) et de leur volonté de transmettre à une autre génération.

La conviction que la construction d’un cycle politique nouveau ne peut s’initier dans le déni ou la revanche par des acteurs (bien) nourris aux mamelles de l’ancien, qui leur a garanti le double confort de la minorité et des postes.

Le constat que les « alternatives à gauche » sont, dès lors qu’il s’agit de gouverner, non seulement illusoires sur le plan économique mais inaptes à être portées politiquement jusqu’à être majoritaire. Elle donne quel résultat la course derrière Mélenchon ?

Le constat que si la mondialisation ultra-libérale en est coupable, la montée des populismes est un phénomène justement mondial que les Corbyn ou Sanders n’ont en rien freinée en affaiblissant leur propre camp. Elle s’est affaiblie, l’héritière de Montretout depuis la victoire de Benoît Hamon à la primaire ?

La conviction (pour Joël Batteux, c’est moins sûr !) que la construction européenne et sa monnaie unique sont les legs les plus précieux du dernier quart du 20ème siècle et que les remettre en cause par volonté ou maladresse serait nous ramener très très loin en arrière.

La conviction qu’il n’y a pas, selon l’expression de Bertrand Delanoë, de vrai progrès social sans crédibilité économique.

La crainte de voir la gauche éternellement condamnée à l’opposition par une crise régressive alors qu’il aura fallu une décennies à leur génération pour passer d’Epinay à l’Elysée, une grosse de plus si on prend l’avènement de la Vème République comme point de départ.

Le constat clinique que pour gagner, il faut rassembler tout son camp pour être au second tour, et que pour gagner au second tour, il faut être en mesure de mobiliser bien au-delà de son camp.

Le constat que la primaire n’a, à ce jour, pas suscité la même dynamique qu’en 2011, et que si dynamique il y a, elle n’est pas (encore?) au bénéfice de son vainqueur.

Alors, obsolescence ou sagesse ? A chacun son point de vue.

Mais, si je peux me permettre, un conseil quand même : prenez garde à la vieille garde.

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One Response to “De l’obsolescence, de la sagesse…”

  1. marnot patrick dit :

    La vieille garde te salue bien Pascal. Une fois de plus tu nous régale d’analyses partagées.

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