Faire vivre le débat démocratique

Bon, ben voilà, c’est fait. J’ai rempli mon parrainage de Conseiller départemental pour Benoît Hamon et, promis, je le posterai !

Je le fais d’abord par cohérence et discipline : élu socialiste, encarté depuis plus de 30 ans, je dois mon parrainage au candidat de mon parti. Point barre.

Ou alors, c’est que je quitte mon parti. Ce qui, selon moi, serait une erreur et une faute.

Une erreur car la ligne politique qui est la mienne est majoritaire au sein du P.S au regard du seul indicateur qui vaille : le dernier congrès. Ceux qui prétendent que la primaire y a changé quelque chose se trompent lourdement : la primaire, ça désigne le-la candidat-e, pas l’orientation du parti. Et quand bien même un candidat minoritaire dans son parti vient à gagner cette primaire, c’est par un collège électoral différent. Le respect du vote militant, c’est une base, que je sache… Si un scrutin ouvert au-delà du parti venait annuler le vote des militants, je garderais ma cotis’, moi !

Et donc, revenons à nos moutons, si les majoritaires quittent le parti, ils le laissent…aux minoritaires, c’est arithmétique !

Pour ma part, j’aime les minoritaires du P.S quand ils le restent. Ils ont, en tant que minoritaires, une fonction, une utilité, un ADN politique. C’est leur vocation : leur pensée politique est conçue pour rester minoritaire. Leurs pratiques politiques et leurs postures sont cohérentes avec elle. Qu’un accident politique ou une désertion massive viennent à les rendre majoritaire, le P.S serait voué lui-même à la minorité, à l’opposition permanente, livrés aux maladies infantiles persistantes de la gauche (cf. de nombreux posts précédents), condamné à laisser la droite gouverner. Donc, pas d’erreur, je reste au P.S ! On ne va pas le laisser entre des mains qu’on ne saurait qualifier de mauvaises, juste d’inadaptées à sa vocation de parti de gouvernement. Le transformer oui, c’est urgent, et en profondeur ; le saborder, non !

Ce serait aussi une faute. Restons lucide : si j’ai été élu cantonnier à Nantes Nord, c’est parce que j’avais mis en gros le poing et la rose (et Jean-Marc, bien sûr !). Ce n’est pas pour mes innombrables qualités intellectuelles et politiques, mon charisme, mes yeux bleus ou mon corps d’athlète (hum…). Je veux certes croire que les réélections ont à voir avec ma manière d’exercer mes mandats, mais je dois à la vérité d’admettre que si je me présentais en franc-tireur contre un-e candidat-e dûment investi-e, le résultat me ramènerait probablement à une certaine modestie. Je dois à ce parti la chance incroyable de pouvoir consacrer tout mon temps à l’exercice des mandats que les électeurs m’ont confiés grâce à la chaude recommandation de ses militants qu’on appelle aussi désignation ou investiture. Si je quittais mon parti, je devrais rendre mes mandats. Question de principe. Je n’en ai aucune envie et ni Johanna ni Philippe ne m’ont suggéré de le faire.

Donc, bon soldat, loyal et fidèle, je parraine Benoît !

Il y a une autre raison. Benoît Hamon a gagné la primaire sur une posture de renouvellement, sur la base d’idées nouvelles, voire iconoclastes, sur une aspiration à une gauche plus romantique, moins tristement gestionnaire, dans l’atmosphère de « dégagisme » qui caractérise la période et le comportement des électeurs des primaires de droite comme de gauche. Quelle que distance qu’on souhaite prendre avec les sondages, rien ne permet aujourd’hui de penser que Benoît puisse accéder au second tour. L’accord avec Jadot, la course derrière Mélenchon ou le ralliement d’Eva Joly ont tôt fait de ramener les intentions de votes à son profit à l’étiage habituel d’une minorité ayant ainsi affirmé sa vocation à le rester (voir plus haut). Je pourrais toujours courir les cages d’escalier à Nantes Nord que ça n’y changerait rien.

Pour autant, Benoît a incontestablement acquis, grâce à la primaire, la légitimité de faire vivre ses propositions, de confronter ses idées nouvelles avec ceux ayant plus clairement vocation à gouverner ou de challenger ses idées moins nouvelles face à la modernité revendiquée d’autres prétendants d’aspect encore plus juvénile.

Lui accorder mon parrainage, c’est donc aussi reconnaître la nécessité d’ouvrir le débat politique, d’y laisser plus de place à l’aventure et à l’imagination, à l’utopie et au rêve. Oui, Benoît candidat, c’est bien mieux que Mélenchon, dont on voit plus nettement comment il pourrait terroriser que faire rêver.

Il sera bien temps ensuite, pour le P.S de s’interroger sur le sens que cela peut avoir, pour un parti dont la vocation est de constituer l’axe fort, le pilier d’une majorité présidentielle et parlementaire d’avoir un candidat à la lutte pour la 4ème place.

Mais tout peut arriver !

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