Macron-Hamon : pile et face ?

Il m’est venu une drôle idée… Et si le Revenu Universel de Benoît Hamon et l’Uberisation incarnée par Emmanuel Macron n’étaient que les deux faces de la même pièce ? Je m’explique.

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 14-02-2017

J’ai entendu ma collègue Christine Meyer, prof’ de philo aux repères républicains ancrés dans quelques décamètres de fondations en béton, expliquer, références à l’appui, que le Revenu Universel était peut-être d’inspiration libertaire mais sûrement pas de gauche.

J’ai entendu une autre fois un spécialiste de l’entreprise, indubitablement homme de gauche, me susurrer que nous devrions peut-être bien réfléchir à la fin du salariat.

Je tire de ces deux conversations que le P.S est décidément responsable et coupable d’un manque de travail théorique rédhibitoire pour offrir une perspective collective aux masses laborieuses (ou qui voudraient bien l’être ou le redevenir).

En tous cas, la convergence entre les deux démarches me saute aux yeux.

Que dit mon candidat Benoît que j’ai ? Que la révolution numérique va détruire tellement d’emplois qu’il faut envisager la fin du travail comme modèle dominant et remplacer des allocations sous conditions de ressources financées par des cotisations ou par l’impôt, par un Revenu Universel financé par l’impôt.

Que dit Emmanuel Macron ? Que les systèmes paritaires ont vécu, que le financement de la protection sociale par des cotisations assises sur les salaires a vécu, que le RSI doit être supprimé, et qu’un régime universel de sécurité sociale financé et géré par l’état doit remplacer le système actuel.

Je n’ai pas encore détaillé le programme fiscal de Macron mais je ne doute pas qu’il sera d’accord avec Hamon (et avec moi !) pour décréter, corollaire du prélèvement à la source, l’individualisation de l’impôt sur le revenu, la fin du quotient familial, et la fusion IR-CSG avec un crédit d’impôt par enfant à charge. Observons avec Jean-Marc Ayrault qui s’y est abîmé la dentition que la condition de la constitutionnalité de cette fusion est liée à la perte officielle et définitive du statut de cotisation de la CSG.  Il lui interdit en effet aujourd’hui d’être progressive et non plus proportionnelle. Je sais, c’est technique, mais essentiel. Le Conseil constitutionnel a toujours considéré que l’impôt pouvait être progressif pour être redistributif (on paye proportionnellement plus si on gagne plus pour réduire les inégalités) dans la limite d’un caractère confiscatoire. Il a maintes fois affirmé que ce n’était pas le cas pour les cotisations sociales : on paye proportionnellement autant quel que soit son niveau de revenu pour bénéficier des mêmes droits et prestations. Seul un plafonnement est paradoxalement admis (toujours l’angoisse de la confiscation).

Or, la C.S.G, qui a toute les caractéristiques d’un impôt sur le revenu, a encore un statut (et un nom) officiel de cotisation, concession historique aux pourfendeurs d’une « nationalisation de la sécu », Force Ouvrière en tête.

Voilà donc que la proposition fiscale d’Hamon se trouve être parfaitement adaptée à la proposition sociale de Macron, elle même parfaitement adaptée au fameux Revenu Universel…

Je ne crois pas aux coïncidences. Non qu’il y ait un quelconque complot ourdi entre eux. Mais la relation entre le libéralisme et les libertaires n’est pas une chose nouvelle. J’ai toujours considéré que les vrais anars, individualistes forcenés, étaient naturellement de droite, l’organisation collective des solidarités obligatoires qui leur fait horreur étant l’apanage de la gauche.

Nous aurions donc un modèle nouveau où le salariat en déclin pour cause de raréfaction du travail se fondrait dans l’entrepreneuriat individuel. La protection sociale serait assurée par l’impôt, donc y compris la TVA (Tiens ? La TVA sociale ! Cela ne vous dit rien?). Les malchanceux occasionnels ou durablement englués se verraient protégés par le fameux Revenu Universel.

Tout cela fait sens. Tout cela est même très cohérent. Mais je n’en trouve trace dans aucun document de congrès socialiste au respect desquels mes camarades m’invitent régulièrement (entre deux rappels aux statuts) !

J’en conclus donc que Hamon et Macron sont les deux faces d’une même pièce à l’alliage incertain.

L’argumentaire d’un Manuel Valls contre le Revenu Universel à base de dénonciation d’une société d’assistanat ne sera jamais le mien. La question n’est pas d’abord morale. Elle est fondamentalement de l’incapacité d’un être social à se construire sans participation valorisée à une production de bien ou de service utile et de mon incroyance en une abolition totale des rapports de classes ou, plus prosaïquement, de la relation de subordination qui caractérise le contrat de travail, le statut de salarié…et la situation des chauffeurs Uber.

Donc, pour moi, c’est non à l’Uberisation et non au Revenu universel pour la même raison : il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain sans avoir un peu réfléchi ensemble.

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