Rogne du matin, chagrin !

Grosse colère matinale contre Cyrille Pitois qui fait mention, dans un portrait de Louisa Battoy en dernière page du Ouest-France de ce matin, de la « maison des jeunes qui a mis la clé sous le paillasson », comme si la ville avait ainsi abandonné les jeunes de Nantes Nord !
J’en ai ras le bol de ces mentions juste fielleuses, sans la moindre vérification, ni mise en perspective !
Rappelons à Cyrille Pitois que la Maison des Jeunes de la Géraudière a été transformée en Maison de l’Emploi il y a plus de dix ans sous le pilotage de Patrick Rimbert. Une enquête réalisée auprès des jeunes du quartier avait mis en évidence qu’ils n’avaient pas d’abord besoin d’un lieu devenu difficilement gérable, approprié par une minorité, refuge d’activités incertaines, mais d’accéder à un emploi, une formation. Une politique publique pour la jeunesse des quartiers, ce n’est heureusement plus, et depuis longtemps déjà, et partout en France, la mise à disposition sans projet ni perspective d’un local-glandouille avec Billard, baby-foot, flipper et consoles vidéo connectées pour faire moderne et la promesse d’aller gratos au ski l’hiver venu !
Je sais que le mythe de la Maison des jeunes coure encore dans le quartier (c’était mieux avant…). Je mesure chaque jour la difficulté des rapports entre les jeunes et les institutions qui ont mission de les accompagner. Mais j’affirme que la Garantie Jeune, l’Ecole de la deuxième chance, la Mission Locale ou l’Eclectic-Leo Lagrange, avec leurs défauts et insuffisances sont infiniment plus utiles à la jeunesse des quartiers prioritaires que des locaux fermés parce qu’ils ne répondaient plus à aucun des objectifs éducatifs ou d’insertion qui leur étaient assignés, et créaient infiniment plus de problèmes qu’ils ne contribuaient à en résoudre.
Il faut être à l’écoute des jeunes, de tous les jeunes. Les plus en rupture avec les institutions ne sont pas forcément les plus nombreux. Les autres, dans les mêmes quartiers, rencontrant les mêmes obstacles, les mêmes discriminations, ne sont pas moins dignes d’attention et ont besoin de l’accompagnement qui leur est proposé. Y compris pour les stages de 3ème pour lesquels un dispositif anti-discrimination très partenarial est activé (Tiens !? Une promesse électorale tenue!). Si la Ville de Nantes et la Politique de la Ville (Etat et Métropole) soutiennent Casse Ta Routine et financent le poste d’adulte-relai, c’est bien pour sa capacité à établir ce lien avec des jeunes en déshérence/désespérance, pour leur permettre y compris d’accéder à leurs droits. Parce qu’ils ont droit à un avenir, parfois à un autre avenir que celui que leur propre comportement dessine. Ce sont des sujets difficiles, compliqués, que des slogans anti-politiques, anti-institutions anti-flics ou anti-jeunes, stigmatisant, discriminant, amalgamant, ne feront jamais qu’aggraver. Alors ce serait bien qu’au détour d’une phrase sortie de nulle part, plus riche de sous-entendu que d’information, la presse locale la plus honorable n’en rajoute pas dans la démagogie populiste ambiante et ses trop nombreuses variantes. J’ai dit !

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One Response to “Rogne du matin, chagrin !”

  1. Pitois dit :

    Merci Pascal Bolo, pour votre lecture matinale et attentive!
    Je ne voulais surement pas vous énerver un jour de Saint-Valentin, pas plus qu’un autre. Je crains que vous ne confondiez la maladie et le thermomètre. Le thermomètre c’est un journaliste qui prend le temps de faire soigneusement son travail pour rendre compte à ses lecteurs d’une réalité telle qu’elle est ressentie par des habitants; qui fait le choix de passer par une personnalité reconnue et légitime dans le quartier mais qui veut aussi relayer ce que vivent et pensent les gens. Et je peux dire et écrire qu’il y a du regret pour l’époque de cette maison des jeunes.
    J’aurais pu faire plusieurs paragraphes pour retranscrire beaucoup de phrases entendues sur le thème du c’était mieux avant. J’ai effectivement vérifié que la maison des jeunes avait bien été fermée, comme vous l’expliquez. Je ne pouvais m’attarder pas sur tous les aspects de sa mutation. La politique des quartiers par la ville de Nantes n’était pas le sujet.
    Mais j’ai pris soin au global de ne pas en rajouter sur la peur, les voitures brulées et autres mythes que mes confrères pressés relatent volontiers sur les chaines d’info en continu.
    Je pense avoir relayé honnêtement le ressenti des habitants. Je conçois bien que l’élu qui se décarcasse pour faire évoluer les choses, et vous en êtes un, aimerait que ce soit formulé autrement par ces mêmes habitants. Mais le politiquement correct n’était pas de mise au cours de la rencontre que j’ai eue.
    Plus trop fâché ce soir? Pas de quoi gâcher une Saint-Valentin, je crois…
    Bien cordialement
    Cyrille Pitois

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