Étonnez-moi, Benoît !

Pour un plantage, c’est un beau plantage ! Le gus à qui je recommandais de se retirer de la primaire parce qu’il n’y ferait que de la figuration… Eh bien il a gagné ! Et largement avec ça ! Bref, après Trump, le Brexit, Fillon à droite et quelques autres trucs impossibles, voilà que Benoît Hamon est mon candidat ! Certes, je n’ai pas été le seul à ne pas le voir venir, y compris dans ses soutiens, mais quand même, ça questionne.

La vérité sortant de la bouche des enfants, c’est chez Patrick Mareschal, éternel adolescent politique, que j’ai trouvé la réponse la plus convaincante à mes questions. Que nous a dit notre premier président de gauche du Département pour expliquer son soutien à Benoît Hamon ? Que la présidentielle était déjà perdue.

Là, ça me parle. Pour moi qui rappelle obstinément qu’une élection est une compétition qu’on perd ou qu’on gagne, voilà un terrain de compréhension mutuelle !

Les électeurs de gauche auraient donc tellement intégré la défaite qu’ils auraient désigné, non un champion en mesure de la gagner (ou alors sur un concours de circonstances) mais un leader d’opposition porteur des idéaux auxquels ils ont envie de croire. Et tant pis si c’est déraisonnable. Depuis quand être de gauche serait être raisonnable ?

Dessin de Xavier Gorce - lemonde.fr - 25-1-2017

Dessin de Xavier Gorce – lemonde.fr – 25-1-2017

Très clairement, on a là le fruit du travail insuffisant (litote) du Parti Socialiste durant les quinquennats Chirac et Sarkozy. Il fallait refonder la social-démocratie européenne, et on a fait le congrès de Reims. Je l’ai déjà écrit, Hamon a eu le mérite d’animer la campagne autour d’idées nouvelles ( pas tant que ça d’ailleurs mais c’est apparu comme tel), avec une vraie cohérence et un vrai peps. Valls a fait une mauvaise campagne sur une ligne de pure posture d’autorité, sans proposition novatrice, ni même de réelle défense du bilan du quinquennat, encore moins de réponses de fond aux vraies questions posées par les propositions de Hamon. Empêcher Hollande, ce n’était pas suffisant Manuel… Au moins Benoît a-t-il eu un peu de temps entre son dernier coutelas planté dans le dos d’un pote et sa candidature…

Bref ! Les électeurs ont toujours raison et ceux qui pensent que la droite n’a pas encore gagné la Présidentielle ont apparemment une solution alternative à Manuel Valls (suivez mon regard…) puisqu’ils n’ont pas daigné venir le soutenir !

Je suis assez étonné (pas tant que ça en fait…) des comportements électoraux de nos concitoyen-ne-s et de leurs mouvements d’opinion. De droite, ils plébiscitent le type qui promet le plus de suppression de postes de fonctionnaire, au-delà même de toute possibilité matérielle. Qu’il gagne, ils lui reprocheront amèrement de ne pas tenir ses engagements. De gauche, ils se partagent entre une aventure personnelle mal identifiable, au contenu flou et aux valeurs incertaines (Macron) et ceux qui croient à une mesure emblématique tellement inenvisageable qu’ils n’imaginent pas un instant qu’elle puisse conduire son héraut à la victoire, lui même ayant avoué qu’il n’imaginait pas la mettre en œuvre avant les calendes grecques. Dans les deux cas, celui qui gagnerait (pas de risque s’ils sont effectivement tous les deux sur la ligne de départ !) serait bien embarrassé ! En résumé, pour gagner l’élection, il faut faire des promesses intenables quitte à ce qu’on le sache avant ! Et, évidemment, on ne peut pas être réélu !

dessin de FRAP du 26-1-2017 - PresseOcean.fr

dessin de FRAP du 26-1-2017 – PresseOcean.fr

Sortez les sortants est donc le mot d’ordre le mieux partagé actuellement. Et répondre à côté de la question institutionnellement posée le libre choix d’une majorité d’électeurs de la primaire.

Alors que faire ?

D’abord respecter le résultat. Je ne suis pas prêt à accepter en la matière les leçons de ceux qui ont fait campagne contre la position des militants lors du référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen ou plus récemment tenté de monter une motion de censure contre un gouvernement né de la victoire de Hollande en 2012 à laquelle ils doivent leur siège de parlementaire : ce sont d’ailleurs les mêmes. Mais je le redis : aujourd’hui, mon candidat, c’est Benoît Hamon. Je lui reconnais et la légitimité et la responsabilité : celle de mener son camp au deuxième tour de la présidentielle et de démontrer qu’il était candidat à autre chose qu’un leadership d’opposition au mieux, juste à battre Valls au pire. A lui de créer la dynamique et de la donner à voir. A lui et son équipe de diriger la campagne et de faire en sorte qu’aucune autre hypothèse ne doive prendre corps dans les semaines à venir. It’s up to you, dear Benoît, puisque tu speakes english fluently !

Dans les années 80, deux spécialistes avaient écrit un délicieux petit bouquin intitulé « Que le meilleur perde ». Son postulat de base était que, contrairement à ce que tout le monde croit, les politiciens se battent pour perdre les élections, refusant raisonnablement de se colleter avec la réalité de la gestion et du gouvernement dans un pays aussi versatile. Le meilleur, c’est celui qui réussit à se débarrasser du fardeau du pouvoir. C’était hilarant et très convaincant avec des titres de chapitre comme « Comment couler le Rainbow Warrior » ou « Comment supprimer l’Impôt sur la fortune ». On peut écrire un tome 2 (ou 3 ou 4 depuis 25 ans !) : « Comment faire de la finance son ennemi » « Comment laisser parler Malek Boutih » « Comment proposer de supprimer le 49-3 » « Comment payer son épouse comme assistante parlementaire » « Comment proposer un revenu universel ». Ça serait drôle.

Sauf que si tous les démocrates et républicains réussissent à perdre ensemble les élections, on rira moins…

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