Mon goût ? On s’en fout ! (II)

…Donc, il faut choisir entre les 7. En fait, entre 4. Non que je méprise Sylvia, Jean-Luc et François (qui a été excellent au débat d’hier soir), mais je suis socialiste.

Par surcroît, j’entends que mon choix soit une réponse à la question posée : qui peut le mieux porter les couleurs de la gauche de gouvernement à la Présidentielle du prochain printemps, c’est à dire saisir les chances qui nous restent de la gagner et qui sont réelles ! Toujours mon pragmatisme de compétiteur électoral… Aucun des 3 sus-prénommés ne me semble en mesure de tenir ce rôle. Leur candidature est donc de témoignage et il faut leur rendre hommage et grâce de n’avoir pas jugé nécessaire de la porter au premier tour de l’élection elle-même.

Sur les quatre, je dois reconnaître une erreur : j’avais raillé Benoît au point de lui suggérer de se retirer pronostiquant qu’il ne ferait que de la figuration. J’ai eu tort. Il est porté aujourd’hui par une vraie dynamique et a le mérite incontestable de porter une des rares propositions originales de cette campagne, le revenu universel (je n’y suis pas favorable). Son programme et son positionnement sont cohérents et il cause bien dans le poste. Je n’y crois ni comme candidat et encore moins comme Président mais il aura peut-être le mérite d’éliminer Arnaud du second tour : il rendrait ainsi un signalé service à la gauche tout entière !

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 9-01-2017

Dessin de Xavier Gorce – www.lemonde.fr – 09-01-2017

Car enfin Arnaud est pour moi incorrigible. Je lui reconnais une audace intéressante : le tirage au sort de sénateurs. Je doute fort qu’on puisse trouver une majorité pour voter une telle réforme constitutionnelle mais c’est tout à fait novateur. Pour le reste, désolé, mais cela fleure bon les années 70. Je ne crois pas un instant à ce programme de relance nationale financée par le déficit. Son programme est un peu celui qui a été inopérant en 1981. Son début d’application amena au tournant de la rigueur deux ans plus tard, déjà parce que le poursuivre aurait signifié se mettre au ban de l’Europe naissante, avec infiniment plus d’inconvénients que d’avantages. 35 ans plus tard, le niveau d’intégration européenne s’étant tout de même élevé, malgré l’échec politique du Traité Constitutionnel Européen en 2005 dont il a été un des acteurs funestes, je ne vois pas comment cette solution « nationale » pourrait nous apporter quoi que ce soit de bon.

Il en reste donc 2.

Ils ont de mon point de vue le mérite commun d’assumer, voire de revendiquer le bilan. C’est pour moi non seulement une question de morale mais aussi une question d’efficacité électorale : je ne crois pas à l’efficacité d’une posture de dénigrement du quinquennat au-delà des cercles militants. Dénigrer, Mélenchon le fera toujours mieux que nous ! Revendiquons donc ce bilan sous réserve d’inventaire, bien sûr. Vincent a un peu omis de le faire lors du débat d’hier soir et Manuel semblait porter un fardeau à chaque fois qu’il prononçait le mot « assumer », sans toujours illustrer cette noble attitude, mais la posture politique me paraît être la bonne.

Ils ont l’un et l’autre la stature d’homme d’état qui convient même si Manuel a un réel avantage sur ce point : son expérience de chef de gouvernement après un ministère régalien en période de crise des attentats et son goût « clémenciste » (dixit l’inoxydable Alain Duhamel) de l’autorité républicaine collent bien au moment où nous sommes. Une Présidentielle, c’est aussi affaire de circonstances…

Je n’approuve totalement le projet d’aucun des deux. La défiscalisation des heures sup’ de Manuel et la réforme constitutionnelle de Vincent ne me plaisent pas. Mais ces deux projets sont parfaitement compatibles et complémentaires, ce qui laisse bien augurer de leur rassemblement derrière celui qui sera devant pour le 29 janvier. J’avoue ne pas envisager leur élimination conjointe, qui ne pourrait naître que d’un partage trop égalitaire des voix des électeurs sociaux-démocrates, et qui ouvrirait un boulevard à Macron.

Car c’est bien là qu’est mon dilemme.

Très franchement, le positionnement politique de Peillon est celui qui me correspond le mieux. Si nous préparions un congrès socialiste, c’est sa contribution que je signerais. Intellectuellement brillant, orateur talentueux, il est celui qui, dans ce casting, m’est le plus politiquement proche, sur un positionnement social-démocrate assumé, occupant cet espace charnière laissé vacant par le renoncement de François Hollande. Le référendum de 2005 reste un désaccord fondamental et il fait partie de ceux à qui j’en garde rancune 12 ans après. Au moins parle-t-il d’Europe en reconnaissant que nous n’y sommes pas seuls et n’avons pas vocation à décider pour tout le monde à grands coups de menton. Bref, mon goût, c’est Vincent Peillon.

Et pourtant je vais voter pour Manuel Valls.

Je vais le faire malgré ce que je peux penser d’un sens de la loyauté un peu spécial et d’une ligne politique qui n’est pas la mienne.

Parce que la présidentielle ça n’est justement pas un congrès du Parti Socialiste.

Vincent a en effet des handicaps majeurs par rapport à Manuel pour une compétition où l’incarnation des idées qu’on porte est à ce point importante.

Son passage à l’éducation nationale, dont il a rappelé lors du débat quelques épisodes bienvenus, a quand même été marqué par la maladresse avec laquelle il a lancé la (bonne) réforme des rythmes scolaires, sans une once de concertation avec les communes, ni d’anticipation des difficultés péri-scolaires qu’elles allaient rencontrer. Même si nous avons eu beau jeu de souligner que les villes ayant déjà une vraie politique éducative s’en sortaient mieux que les autres, l’adjointe nantaise à l’éducation de l’époque, une certaine Johanna R., avait pas mal ramé… En politique aussi, c’est au pied du mur qu’on voit le maçon…

Son second handicap tient dans son effacement de la vie publique après son départ du gouvernement : recasé au parlement européen (cette manie du P.S de servir du parlement européen comme d’un purgatoire pour recalés du scrutin uninominal ou privés de leur maroquin…), il ne l’a guère fréquenté et est allé cachetonner en Suisse comme prof’ de philo en écrivant des polars. L’éloignement peut parfois être ressourcement, prise de distance bienvenue. Mais l’improvisation manifeste de sa candidature ne lui permet pas de capitaliser sur ce retrait momentané. La période requiert une posture d’autorité crédible. Régulariser en urgence un arriéré de cotisation n’est pas, au-delà de l’anecdote, le meilleur moyen d’incarner cette rigueur de comportement alliée à la hauteur de vue que nos concitoyens attendent d’un président.

La candidature Peillon aurait pu être la bouée de sauvetage des orphelins de François Hollande. Force m’est de constater que la mayonnaise ne prend pas, que la dynamique n’y est pas.

Dès lors, l’efficacité commande le vote Valls, même si, par exemple, sa défense de la laïcité n’est pas la mienne. Parce que je pense qu’il est le mieux capable, aujourd’hui, par la force que doit lui donner sa désignation par un collège électoral nombreux, de porter les couleurs de la gauche qui veut gouverner. C’est un choix de raison bien plus que de passion, de responsabilité bien plus que d’empathie. De solidarité avec Johanna, un peu aussi, pourquoi le cacher ? A lui, désormais d’être à l’écoute des exigences de ceux qu’il entend rassembler. Ce n’est pas un chèque en blanc que je lui signe. Parce que mon goût, ce n’était pas ça. Mais mon goût, on s’en fout…

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