Primaire ? Quelle primaire ?

Notre Parti Communiste qui se prononce pour le soutien à Mélenchon à 53% des voix le jour de la mort de Fidel Castro. Le XXème siècle politique est bien derrière nous… Et je crains que malgré les efforts de l’ami et camarade Aymeric, le communisme ne soit pas l’idée neuve du XXIème…

C’est aussi le jour où le Parti Radical de Gauche nous annonce l’investiture de Sylvia Pinel sans passer par la case « Primaire de la Belle Alliance Populaire » avec la bénédiction de l’icône Christiane.

Donc, si on résume, toute la gauche affirme la nécessité d’être rassemblée sous peine de disparition dès le premier tour de la Présidentielle. On fait pour cela une primaire qu’on a même inscrite dans les statuts du P.S.

dessin-frap-29-11-2016

Dessin de FRAP http://frap-dessins.blogspot.fr

Mais Mélenchon ne veut point en être excluant de soutenir tout autre vainqueur que lui-même, interdisant même toute velléité au sortant ! Certains qui y sont clament leur exigence d’unité mais sur des bases minoritaires : faire l’unité autour d’un autre axe que le plus central, c’est toujours délicat. « Tu es majoritaire mais tu dois te plier à mes exigences de minoritaire sinon c’est que tu n’es pas pour l’union ». Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus ! Je sais juste que la branche du P.S constitué d’anciens de la Ligue plus ou moins bien reconvertis n’a jamais eu d’autre programme que de peser dans l’appareil pour des perspectives bien fumeuses où le sort des masses populaires (à qui on prend soin de ne pas demander leur avis) a somme toute bien peu d’importance.

A l’autre bout d’un spectre incertain (tous ne vivent à l’évidence pas dans le même monde et il est donc hasardeux de les rassembler dans un même diagramme…), Macron et son aventure personnelle. Le sort des plus défavorisés est totalement exclu du champ de ses préoccupations (« Je suis de gauche mais je n’ai RIEN à dire aux laissés pour compte du système »). Il se situe aussi en dehors de la BAP de Camba(délis).

Finalement, ces deux bouts (aurait dit le génial Devos) n’ont en commun qu’une profonde ignorance des réalités des souffrances sociales qui sont soit idéologisées et désincarnées, soit ignorées ce qui revient in fine au même.

Que reste-t-il donc de la primaire de la gauche ? Le respect des statuts du Parti Socialiste, dont le Bureau National est le gardien vigilant. Est-il bien raisonnable de définir à cet aune les conditions de l’avenir de la 6ème puissance économique mondiale, titulaire d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies et puissance nucléaire reconnue, outre son message universaliste hérité des Lumières ? Poser la question, c’est y répondre.

Où se situe donc aujourd’hui le centre de gravité des progressistes, de cette alliance entre une gauche diverse mais rassemblée, par enthousiasme ou obligation, et le centre gauche, alliance qui, de tous temps, peut seule leur permettre de gagner une élection présidentielle et la législative qui suit (je rappelle que le rapport droite-gauche aujourd’hui, c’est du 60-40…) ?

Il ne peut être incarné ni par Mélenchon, ni par Macron, ni par Pinel à l’extérieur de la primaire. Ni par Valls, ni par Hamon-Lieneman-Filoche à l’intérieur.

Montebourg croit dur comme fer être l’homme de la situation. Pour l’instant il nous propose la troisième république et le gaz de schiste comme fondements de la social-démocratie du XXIème siècle, comme d’autres avant lui les soviets et l’électricité. Il refera l’Europe mais un peu comme Napoléon, sans demander l’avis des autres européens, les batailles meurtrières en moins, on l’espère, mais, on le craint, avec le même résultat : Sainte-Hélène. Pour le Panthéon, c’est un peu tôt pour se prononcer. Convaincu que ce sont dans les territoires, avec les Métropoles comme locomotive, et avec la social-écologie comme axe de valeurs et d’action qu’on arrivera au progrès attendu, je ne le sens pas bien…

Alors, tout le monde étant tombé à l’eau qu’est-ce qui reste ?

Celui qui a jusqu’ici fait à peu près tout ce qui pouvait s’imaginer pour se mettre lui-même en situation d’empêchement d’y retourner. Celui qui a pourtant le devoir, parce que nous sommes en démocratie, de porter lui-même son bilan devant le peuple qui l’a élu. Celui qui seul est en situation de rappeler à tous les autres que ce bilan est aussi le leur. Quiconque ayant contribué à le porter au pouvoir et plus encore ayant participé à son exercice, en sera en effet comptable devant le peuple français. Celui-ci ne fera pas de différence entre ceux assumant et revendiquant ce bilan, y compris dans ses zones d’ombre, et frondeurs endurcis, renégats initiaux, ou Brutus de la dernière averse. Il n’y a qu’à demander aux députés socialistes sortants pour s’en convaincre : il savent bien que ceux qui clameraient qu’ils n’étaient pas d’accord pour se sauver en juin seront les premiers dont la tête roulera dans la sciure démocratique…

Bref, quoi qu’on en ait, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense : François Hollande.

Il reste le seul à occuper sur l’échiquier politique, la position centrale qui détermine l’axe autour duquel tout doit s’organiser. Valls trop droitier, cornérisé par Macron sur le thème de la modernité, Hamon pas crédible une demi-seconde, Montebourg mégalo archaïque authentique, Mélenchon désormais inévitable mais sans autre capacité que celle de nuire… Cela en dit peut-être long sur l’état de la gauche, mais c’est la réalité qui s’offre à nous. Le réel, toujours le réel…

François Hollande a pris l’engagement d’accepter de se soumettre à la primaire. Drôle d’idée : dès lors qu’un Président de la République n’appartient plus à son parti d’origine, il n’y a aucune raison, et bien au contraire, pour que, en Vème république, il se soumette à des règles qui ne le concernent plus au jour de son accession à la magistrature suprême. La primaire de la BAP étant virtuellement morte (merci Macron et le PRG ?!), je souhaite qu’il renonce à ce contre-sens. Au partis ensuite, de prendre leurs responsabilités. La modernisation des pratiques politiques, ça n’est pas la négation des fondamentaux, la primaire de la droite nous le rappelle à sa façon…

Je crains un peu qu’il ne me demande pas mon avis, le PR, et que son engagement initial soit sans retour. C’est un tort… Mais j’aurais prévenu !

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One Response to “Primaire ? Quelle primaire ?”

  1. Marnot patrick dit :

    J’aurais tellement aimé rédiger ce papier dont je partage toutes les facettes.

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