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CETA : quel sujet ?

samedi, octobre 29th, 2016

Peu emballé par le CETA, résolument opposé au TAFTA, j’étais un peu dubitatif devant la vague enthousiaste de soutien à M. Paul MAGNETTE, nouveau héraut wallon de la lutte anti-mondialisation, nouvelle incarnation de notre goût pour les petits villages gaulois (les Belges ne sont-ils pas le plus courageux des peuples de la Gaule ?), pour les David contre les Goliath, et pour les empêcheurs de tourner en rond, en général.

L’empressement avec lequel Arnaud M. a épousé sa querelle me rend carrément méfiant tant le talent du gars pour déguiser des vessies en lanterne est avéré…

Une fois de plus, la gauche se perd dans les symboles, se remet à croire aux lignes Maginot, aux remparts de carton-pâte et aux digues en papier mâché. Car enfin, quelle protection le blocage wallon nous offre (offrait…)-t-il contre l’appétit de dérégulation ultra-libérale des multinationales ? Que tchi, mes camarades ! C’est la faillite des économies administrées d’une part et le blocage de la construction européenne, datant du rejet du TCE en 2005, d’autre part qui ont laissé le champ libre aux droites européennes pour transformer l’Europe en passoire commerciale sans défense et sans réciprocité, faute de projet politique commun. C’est aussi l’incapacité de la social-démocratie européenne à se repenser après la chute du mur, tétanisée qu’elle a été (est ?…) entre le « main stream » ultra-libéral, une tentation de repli protectionniste réellement réactionnaire et le déni de la concomitance entre chute du mur et chute de l’économie administrée.

De quoi le refus Wallon est-il le nom ?

D’abord du doute de l’existence de la Belgique : dans le plus régionaliste ou fédéraliste des Etats, la parole du pays sur la scène internationale et en droit, est tenue souverainement par l’état fédéral ou central. Imagine-t-on un Land allemand ou un Etat américain bloquer la signature d’un traité par la RFA ou les USA ? Est-ce cela la démocratie ? Olivier Beaud, éminent universitaire, partageant mon constat, croit que oui : cliquer ici. Moi beaucoup moins. On voit bien à l’ONU comme dans l’UE combien les droits de veto et les obligations d’unanimité sont néfastes dans l’immense majorité des cas. La démocratie, c’est une méthode de gouvernement et gouverner c’est décider. Un système qui permet à une fraction de bloquer une décision souhaitée à tort ou à raison par tous les autres, c’est la démocratie ? Bof… Ensuite de l’incapacité de l’Union Européenne à donner à son exécutif, la Commission, des mandats clairs et des règles de fonctionnement précises. J’ai lu que ce sont les Européens et pas les Canadiens, qui ont réclamé les modalités d’arbitrage contestée… Qui ne voit que la défiance à l’égard du CETA tient plus aux modalités de sa négociation et de son adoption qu’à son contenu réel ? L’Europe a bien un problème majeur de gouvernance (et là je suis d’accord avec Olivier Beaud) dont les effets co-latéraux sont dommageables : encore une fois, on fait dire à ce traité des choses qu’il ne contient pas et on lui fait porter par avance, des responsabilités qui ne sont ni ne seront les siennes, les crises agricoles notamment. Le problème européen reste entier. Mais qui peut croire qu’un repli national, surtout dans sa version étatique, serai une alternative utile à cette panne européenne ? On a beaucoup critiqué le sauvetage provisoire de l’usine Alstom de Belfort par achat de rames TGV pour qu’elles circulent sur des lignes ordinaires. J’avoue que je suis moi-même perplexe. Là encore le symbole l’emporte sur le rationnel… Mais je suis bien certain que nationaliser, c’était bien pire à Belfort comme à Florange !

Et, finalement, ce post étant rédigé sur deux jours, pour quel résultat : pschitt… Pas tellement pour Paul Magnette, qui a joué son rôle, rempli son mandat et utilisé les institutions de son pays conformément à ses convictions. Ce qu’il a obtenu ne saurait être négligé…bien que cela ne change pas une ligne du projet de traité proprement dit.

Mais c’est un échec (de plus) pour tous ceux qui ont cru (certains crient d’ailleurs à la trahison) que le CETA était fini, ce que M. Magnette a d’ailleurs toujours nié vouloir provoquer. Il sait bien, M. Magnette, qu’un traité commercial est toujours un compromis. Celui-là n’est pas enthousiasmant, la question des modalités d’arbitrage des conflits est évidemment son point faible, mais il est somme toute plus équilibré et protecteur de nos intérêts qu’on a bien voulu nous le faire croire. Il ne méritait pas la diabolisation dont il a été l’objet. Et le véto wallon n’est pas plus le sauveur de la gauche qu’Arnaud M. et ses solutions colbertistes d’un autre âge… Juste une illusion…