Lâche pas l’affaire, Pépère ! (III)

Dans cette période troublée, anxiogène, y a-t-il un seul choix ouvert qui nous fasse rêver de lendemains qui chantent, de jours assurément meilleurs, de fleuves de miel ? Trop de nos concitoyens sont prêts à croire à des folies. A qui la faute ? A nous, à eux. Tout le monde a sa part de responsabilité dans le pire. Ceux qui gouvernent d’abord ? D’accord. Ceux qui se mettent soigneusement en situation de n’avoir jamais à gérer, à rester sur l’Aventin du commentateur revendiquant ? Aussi. Ceux qui croient au Père Noël bien après l’âge raisonnable ? Également. Dans une vieille chanson, Henri Tachan proclamait : « C’est p’têt’ de la faute du Public, si on gracie les pousses-au-crime ».

C’est en y pensant que je ne renonce pas à dénoncer l’extrême droite pour ce qu’elle est, et à mettre en garde contre cette tentation mortifère. En ces temps de libération des paroles racistes et xénophobes, l‘argument « moral » n’est pas, n’est plus efficace pour lutter contre le vote F.N. C’est indubitable. Doit-on pour autant renoncer à dire que le F.N est un parti raciste, antisémite, anti-républicain, anti-social, héritier de la collaboration, des pires exactions des guerres coloniales, léchant les bottes et mangeant dans la main decitation-voltairecn2kj65xgaas0cds pires dictateurs comme un toutou docile, et ne se montrant fort et dominateur qu’avec les plus faibles et les plus fragiles ? Que c’est le parti de la lâcheté et non de la Patrie ? Que voter pour ces poltrons soumis aux puissants, c’est se mettre à leur niveau, en dehors même du fait que leurs « idées » économiques nous mèneraient à la faillite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ? Dire cela n’empêchera pas des millions de gens de voter pour cette plaie que le pire des politiciens ne supplantera jamais dans l’art morbide du mensonge ? Peut-être. Mais au moins aurons-nous prévenu… Les « élites », les « sachant », la « classe politique » ont à l’évidence une part majeure de responsabilité dans leur rupture avec le plus grand nombre. Cela ne leur donne pas tort sur tout ! Jean-François Kahn a sûrement raison de demander qu’on arrête d’utiliser le terme populiste. Le fait est que cette peste envahit l’espace démocratique dans le monde entier pour faire croire que des solutions simples avec bouc-émissaire peuvent régler des questions compliquées. Pas d’autre choix que de le dénoncer et de continuer à agir pour régler les problèmes. Quoi que le lien entre difficulté sociale et vote populiste ne soit pas si évident…

Alors on va ramer. On l’aura compris, avoir à le faire contre des gens dont je partage valeurs et aspirations (quoi que Filoche…) m’exaspère au plus haut point ! Mais nécessité fait loi. Un ami (pas membre du P.S) me mettait récemment en garde : « attention à l’argument anti-Sarko, ça ne suffira pas ! » J’en suis bien d’accord. Les programmes des prétendants de la primaire de la droite justifient d’ailleurs qu’on prenne garde à une personnalisation trop grande : Juppé, il est de droite et ça se voit ! Mais je persiste à croire, que, sauf quand la gauche se saborde, ce qui reste une de ses spécialités dont se passeraient aisément tous ceux qui ont vraiment besoin qu’elle gouverne pour être protégés, la démocratie c’est le choix entre la droite et la gauche. Dès lors, chacun doit prendre ses propres responsabilités. Tu es le ou la candidat-e de trop à gauche ? C’est ta responsabilité de te présenter à une élection où tu n’as aucune chance de gagner. Ne nous fais pas croire que c’est la faute du gouvernement qui « n’est pas assez à gauche ». C‘est ta décision de risquer de faire perdre ton camp pour des chimères. Combien de voix ont manqué à Jospin en 2002 pour avoir un second tour conforme à ce qu’est la démocratie ? Si peu…

Certains en appellent au « mouvement social ». Si on nomme « mouvement social » la mobilisation de catégories ayant souvent en commun de bénéficier de statuts protecteurs (même relativement) et de souhaiter les conserver, je ne crois pas que cela porte la moindre perspective pour les plus précarisés. La surreprésentation statistique des salariés du secteur public dans le trop peu d’adhérents des syndicats en France n’est pas sans conséquences… Qui sait..? La loi « travail » sera portée à ton crédit, mon Président, un jour…

Conclusion : c’est à toi de jouer ! Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, il n’y a pas d’alternative gagnante à ta candidature à gauche. Apparemment, il y en a même un paquet de perdantes ! Il n’y a pas plus d’alternative de gauche crédible à la politique que tu as menée, aussi imparfaite soit-elle. Je l’ai déjà dit et je radote : la seule alternative est à droite, ultra-libérale, destructrice de notre modèle social et dangereuse pour nos libertés fondamentales.

On l’aura compris, je suis même prêt à assumer que c’est par défaut que tu doives rempiler. Martine Aubry aurait pu jouer un rôle constructif. C’était même sa responsabilité. Mais, comme d’habitude, elle sort de sa réserve à l’improviste, met le bazar à coup de déclarations bien senties…et rentre dare-dare dans son Beffroi ! Que les autres se débrouillent… « Moi ? Candidate ? Vous rigolez… ».

Toi, au moins, tu es allé au bout… Il faut donc que tu continues et que tu assumes cette logique implacable qui veut qu’un élu sortant d’un premier mandat exécutif se soumette au jugement des électeurs pour un nouveau bail. N’hésite surtout pas à donner envie. Ça ne pourra pas nuire…

Par exemple, tu pourrais t’appuyer un peu plus sur ce qui se fait dans les territoires qui composent notre beau pays. J’ai été assez effaré de constater à quel point l’ignorance des territoires, des métropoles et de leurs capacités d’action et d’innovation est encore partagée dans les hautes sphères de notre administration. Bercy est à cet égard une caricature. M. Sapin semble ne connaître qu’Argenton-sur-Creuse en dehors de Paris, ce qui n’est pas mal (Emmanuel M., désormais renégat, ignore tout) mais pas forcément représentatif… Ce n’est certes pas le meilleur moment pour appeler à la rescousse ces élus locaux (des éluEs, souvent…) qu’on imagine pas forcément pressé-e-s d’être associés à ton niveau actuel de popularité et peu désireux de jouer les faire-valoir ou d’être juste instrumentalisés à des fins électorales. Écoute-les, au moins…

Mais ne lâche pas l’affaire Pépère ! Oups  ! Pardon, M. le Président !

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