Lâche pas l’affaire, Pépère ! (II)

Plus globalement, c’est fou comme nombre de gens « de gauche », en toute sincérité et innocence, se réfèrent aisément aux dogmes et certitudes, sans aucune référence au contexte, et donc sans relativisation !

Prenons l’économie : on est de gauche, donc la politique de l’offre, c’est mal ! La leçon de 1982 n’a pas été apprise, l’exemple de la Grèce analysé à l’envers… Si tu n’avais pas réduit les déficits publics en augmentant les impôts d’abord (ouille !), puis en maîtrisant comme jamais les dépenses publiques (aie !), où en serions-nous ? Ceux qui n’ont que le mot d’austérité à la bouche auraient de vraies raisons de se plaindre ! Les Européens, Allemands en tête, (pas l’Europe, hein ! Les Européens !) ont refusé l’évidence énoncée par Piketty : à une monnaie doit correspondre une dette publique globalisée. La dette grecque (et les autres) pouvait être absorbée dans une dette globale où elle était infinitésimale ou presque. Dès lors, pour nous, le choix était (un peu comme en 82…) entre quitter la zone Euro et retomber dans les dévaluations n’ayant rien de compétitives et une instabilité monétaire épuisante pour l’économie, ou le consentement à une certaine discipline collective au sein d’une zone Euro protectrice pour tous, en essayant d’obtenir des gouvernements de droite européens et de leurs économistes « main stream » un desserrement de l’étreinte orthodoxe. Non sans résultat d’ailleurs : qui oserait qualifier de restrictive la politique monétaire de la BCE ? Donc oui, l’appartenance à l’Euro et sa zone nous protège. Comme tous ses membres bénéficiaires, autant que dépendants d’une économie ouverte ! Aucun des pays qui s’en sortent bien (mieux que nous) hors de la zone Euro n’ont à la fois notre niveau de puissance économique, de protection sociale, et notre place dans les échanges internationaux ! Elle a une histoire, la France ! On ne peut la nier !

Bref, si tu as eu tort de croire que la croissance supposée venir te dispensait de messages potentiellement anxiogènes, je crois que tu as eu raison sur le choix de politique économique, quitte à ce qu’il soit provisoirement en partie récessif (dixit l’OFCE ces jours-ci) : la relance keynésienne à la seule échelle de la France, c’était la prise de contrôle par le FMI et la BCE assurée, et là, le mot austérité aurait pris tout son sens… Rappelons que la sécu est aujourd’hui quasi à l’équilibre sans un seul déremboursement de médicament. Qui osera me dire que ce n’est pas le meilleur moyen de la protéger des requins de la finance ? Un jour, on te donnera (avec JMA…), crédit de cela : si on pouvait éviter que ce soit sous les coups de la droite ultra-libérale revenue aux affaires, je préférerais…

Regardons cette droite. Le combat s’annonce violent. Ça cogne dur… Mais la grosse différence avec tes pseudos-concurrents soi-disant plus de gauche, c’est que les candidats de droite ne t’oublient jamais ! Fillon dézingue Sarko, mais il en garde toujours un peu pour toi ! Tu as entendu Mme Lieneman ou M.Filoche s’offusquer de propositions d’un Sarko, des surenchères d’un Fillon ou des provocations ultra-droitière d’un Wauquiez ? Dénoncer les réductions monstrueuses de dépenses publiques qui vont mettre à bas notre modèle social ? Que nenni ! Tu es le seul adversaire qu’ils identifient (ils vont peut-être commencer à se bouffer entre eux, la haine à ton égard étant leur seul point d’accord…) ! Que la gauche est belle quand la droite est au pouvoir ! Que je suggère à leurs partisans (fermement, certes…) d’accorder 50% de leur temps et de leur énergie à la lutte contre la droite et l’extrême droite, je suis un béni oui-oui avaleur de couleuvre hollandaise et défendant l’indéfendable Pépère !

J’entends dire de toute part que tu serais incapable de gagner à nouveau l’élection présidentielle et que ta candidature ne passerait même pas le premier tour, voire même la primaire, entend-on. Ça ne sera pas commode, c’est certain. Mais au point où nous en sommes, et tout bien considéré, qui ferait assurément mieux ?

Pauvre de nous !

Pauvre de nous !

Une enquête récente nous apprend que Mélenchon incarnerait les idées de gauche pour une majorité de gens. Malheur ! C’est un bon résumé du malentendu propre à la gauche française : ce qui l‘identifie à ses propres yeux lui interdit l’accession au pouvoir et l‘exercice des responsabilités. Elle condamne ainsi ceux qu’elle entend défendre à subir la droite et ses politiques d’injustice et de fractures. Soit par la dispersion des candidatures (la politique de l’offre !), soit par un manque de crédibilité absolu, soit par un climat tellement pourri que la dynamique de rassemblement, condition sine qua non de toute victoire de gauche, devient impossible à créer.

C’est pourquoi Valls a eu grand tort de parler de « gauches irréconciliables ». On peut (on doit !) combattre sans faiblesse les Mélenchon, Maurel, Filoche et consorts sur le fond comme sur la stratégie. Mais la gauche ne peut pas gagner sans ceux qui les écoutent encore, minoritaires mais encore nombreux . Ils ont certainement tort, mais c’est leur droit ! D’autant que pour la plupart, ils sont incontestablement animés par la générosité et l’aspiration à la justice sociale ! Les braquer avec Valls et se faire lâcher de l’autre bord par Macron, ce n’est évidemment pas génial. Mais qui d’autre que toi peut tenir les deux bouts de la chaîne ? Jamais les Français n’éliront Mélenchon. Benoît est le seul à croire qu’il a la moitié de la dimension nécessaire. Le fait d’avoir trahi tout le monde au moins une fois dans son parti en 30 ans de carrière est certes spectaculaire, mais les temps changent : ça n’est plus perçu forcément comme méritoire. Arnaud sous-estime ses concitoyens sur leur capacité à déceler une imposture. Je me souviens du désarroi de ses jeunes camarades nantais au congrès socialiste de Reims : il leur avait fait faire le tour du parti en trois jour, les vendant sans vergogne au plus offrant ! Mieux que Philéas Fogg !

Bref, mon Président, tu es comme la démocratie : la pire des solutions à l’exception de toutes les autres. Certes, ça ne fait pas rêver. Ça ne donne pas envie. Je le sais.

(à suivre)

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One Response to “Lâche pas l’affaire, Pépère ! (II)”

  1. marnot patrick dit :

    Merci Pascal. Je retrouve quasiment la totalité des arguments que j’avance sur les réseaux sociaux en faveur d’une candidature de François Hollande et bien que moqué par certains de nos camarades donneurs de leçon « de gauche », je persiste et signe car suis convaincu que c’est la voie de la raison. Je pensais que les nombreuses années depuis 77 où le PS local a géré notre quotidien avaient enseigner à nos camarades la difficulté du pouvoir et l’humilité face à la demande sociale. Obligé de constater qu’il n’en est rien et que cent fois sur le métier on devra remettre notre ouvrage.
    Bien à toi.

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