Mon Président, j’ai un truc à te dire… III

Comme me l’a fait fermement remarquer un twittos aujourd’hui , y a pas que Notre Dame des Landes dans la vie. Il a bien raison. Tu l’as bien compris, mon Président, toi qui a fait de la situation du chômage le juge de paix de ton éventuelle candidature à ta réélection. L’emploi, toujours l’emploi, voilà et la priorité et le casse-tête puisque qu’on n’arrive pas à améliorer la situation.
Je n’ai pas fait partie des ricaneurs affirmant que le plan de formation de 500000 chômeurs était destiné à faire opportunément sortir autant de demandeurs des statistiques. Je mesure tous les jours l’importance de la formation et le handicap rédhibitoire que constitue son insuffisance pour le public le plus éloigné de l’emploi que forment les allocataires (je n’arrive pas à dire « bénéficiaires » au vu du montant de l’allocation) du R.S.A. Même si on peut raisonnablement soupçonner une arrière-pensée de ta part (on ne prête qu’aux riches !), si la mesure est favorable, je la prends !

Le paradoxe, c’est que la situation globale est tellement mauvaise que l’amélioration indéniable de la situation du chômage des jeunes n’est même plus perceptible.

Le contrat de génération est un échec (Martine l’avait bien dit !), nos technocrates ayant réussi, comme souvent, à transformer une bonne idée en usine à gaz, à moins que ce ne soit nos parlementaires qui sont assez doués également dans leur genre.
Les emplois d’avenir, en revanche, ne marchent pas si mal, même si les employeurs potentiels sont souvent trop fragiles pour assumer réellement le degré d’accompagnement et d’encadrement des jeunes que le dispositif requiert.
La « garantie jeune » s’annonce comme une vraie réussite, à condition que nous renforcions notre capacité de relation et de mise en relation avec les entreprises. Cela montre que lorsqu’on met des moyens de suivi « rapproché » des jeunes décrochés, la dimension collective venant s’ajouter à l’accompagnement individualisé, et si on fixe comme objectif central l’intégration en entreprise, on obtient des résultats.

Mais évidemment, la balance entre emplois disponibles et population en recherche est encore défavorable.

Non aux alternatives désespérantes !

Que faire ? Si je le savais, je te le soufflerais, mon Président, ne serait-ce que parce que je n’ai pas très envie de voter pour ton Premier ministre l’an prochain et encore moins pour le nouveau héraut paradoxal de la rénovation, j’ai nommé le Maire de Bordeaux !
En développant une inévitable politique de l’offre (cf. les épisodes précédents), tu t’es mis dans la situation de répondre favorablement aux demandes du patronat en matière sociale. Je souhaite là te mettre en garde contre un face à face délétère, fausse alternative, mais vrai risque mortel pour la gauche : celui entre la droitisation inutile des postures genre Valls-Macron face aux gauchisme indécrottable genre Lieneman-Filoche. Comme si le choix n’était qu’entre la peste et le choléra ! Pas de ça Lisette !
La Politique se nourrit de symboles. Difficile d’y échapper. Mais une bonne politique publique doit se nourrir de la réalité. La réalité est bien que notre système protège plus les salariés que les emplois et sacrifie largement les chômeurs. Il suffit pour s’en convaincre de regarder l’utilisation des budgets colossaux de la Formation professionnelle : la plus grosse part est consommée par les salariés déjà les mieux formés dont la solvabilisation du développement des compétences pourrait être assurée de bien d’autre manière, tant elle est immédiatement productrice de valeur ajoutée. Les salariés peu qualifiés et les chômeurs n’en consomment que trop peu alors que leur degré de formation est vital pour l’accès, le maintien ou le retour à l’emploi. On voit donc des syndicats désespérants d’une faiblesse corrélée à leur degré de radicalisation conservatrice, elle-même corrélée au taux d’employés sous statut public composant leurs maigres troupes, se battre pour des digues contournées ou submergées depuis longtemps par le tsunami de la dérégulation. Nos structures représentatives et notre paritarisme sont hérités de l’époque des grandes entreprises industrielle nationales. Elles n’ont que trop peu évolué dans le sens de la prise ne compte de la réalité du tissus économique d’aujourd’hui, beaucoup plus éclaté, mobile et évidemment mondialisé.

La loi El Khomri ? Non, mais…

C’est pourquoi je pense que le décalage des lieux de négociation de la branche vers l’entreprise doit non seulement être maîtrisé (les gens qui négocient dans les branches sont quand même au fait des réalités de leur secteur), mais en plus s’accompagner d’une vraie reconnaissance du fait syndical dans les TPE et d’une vraie représentation, au-delà de ce qui a été déjà acquis grâce à la gauche. Je sais que pour certains patrons pourtant ouverts et férus de R.S.E, c’est un chiffon rouge. Mais pourquoi ne pas poser comme postulat l’intelligence et le pragmatisme des gens ? J’ai trop souvent hésité, au regard des récits de presse de conflits sociaux, entre l’affirmation que les patrons avaient finalement le type de syndicats qu’ils méritaient…et l’inverse ! Trouvons par la représentation syndicale l’équilibre entre l’agilité nécessaire de l’entreprise et la protection des salariés. Je ne crois ni à un monde sans salariat (tous créateurs de notre propre emploi ? L’Uberisation générale ? Et on la finance comment et par qui la protection sociale ? Tout sur la T.V.A ?), ni à la fable selon laquelle il n’y aurait pas de lien de subordination entre l’employeur et le salarié. J’avais même cru apprendre que c’était la caractéristique essentielle du contrat de travail. Dussé-je être rabroué de tous bords, je veux croire qu’il y a un chemin d’équilibre pour amender intelligemment le projet de loi El Khomri. Cela passe par la mise sous le boisseau des défenseurs auto-proclamés du Code du travail (trop souvent des gens qui n’y sont pas soumis et que leur statut protège grosso modo des effets de la crise comme de l’obligation de tenir compte des réalités du moment), comme des jusqu’au-boutistes droitiers, 49-3 en bandoulière. Inacceptable en l’état, la loi El Khomri ne peut pas être rejetée comme le bébé avec l’eau du bain,sauf à continuer à croire que nous savons tout mieux que les autres en Europe alors qu’ils font souvent mieux que nous…

Vive la RTT !

La dernière réforme qui a créé des milliers d’emplois tout en autorisant une flexibilité contrôlée et une meilleure productivité, c’est la réduction du temps de travail à 35 h. Je suis bien persuadé que ce mouvement historique se poursuivra. Je suis également convaincu que la réduction du temps de travail n’est vraiment efficace qu’offensive, c’est à dire en période de croissance de l’activité. Je constate aussi que des entreprises ayant voulu être pionnières en négociant des accords allant au-delà de la norme générale de leur secteur sont en grande difficulté de compétitivité. Ce n’est donc pas le moment de surenchérir sur la question. Là encore les cris d’orfraies cachent la réalité qui est que la durée légale n’est que légale et que les accommodements de fait ou de droit sont déjà légions. Alors pourquoi ne pas les dire et les réguler ? En tous cas, les avant-gardes même éclairées risque la grande solitude.
Si les conditions de la négociation sont équilibrées (toujours la reconnaissance du fait syndical…), pourquoi ne pas faire confiance aux salariés pour discuter avec leur employeur des dérogations et aménagements utiles ? Il y a une sorte de complexe de supériorité de certains syndicalistes du secteur public ou para-public à considérer que les salariés des plus petites entreprises seraient incapables de se défendre et de se mobiliser le cas échéant, sans leur soutien et leur protection tutélaires. La solidarité interprofessionnelle et inter-entreprise est naturellement une excellente chose, spécialement contre toutes les formes de répression anti-syndicale. Mais lorsque des syndicalistes de la SEMITAN nous ont suggéré de nous immiscer dans le dialogue social d’une entreprise sous-traitante, titulaire d’un contrat d’affrètement, allant ainsi bien au-delà de ce que doit assumer un donneur d’ordre, le Directeur général et moi-même n’avons pu que décliner : ses salariés se sont très bien défendus tous seuls. Mais je digresse, mon Président…

Régionalisation, fausse bonne idée

Avec les récentes lois MATPAM et Notre, la paysage des compétences en matière d’emploi est en train de bouger à moins que rien ne change ce qui reste très possible : les paris sont ouverts tant les options semblent nombreuses.
Je ne te cache pas que la régionalisation de la compétence de l’état sur l’emploi me laisse perplexe. Je suis pourtant un partisan déterminé de la décentralisation. Mais je crains en la matière le développement d’une sorte de jacobinisme régional qui ne dirait pas son nom… La Région est naturellement la collectivité et le périmètre pertinent en matière de développement économique, de soutien direct aux entreprises et d’aménagement du territoire. Elle forme en complémentarité avec les métropoles qui doivent rester maîtresses de leur développement, et sans subordination, l’ossature de ces politiques. Les contractualisations avec l’État viennent opportunément organiser tout cela.
Mais la Région n’est pas, contrairement à ce qu’affirmait dernièrement ton Premier ministre, un échelon de proximité. En tous cas, elle n’est pas une collectivité de proximité, faute d’avoir été conçue pour. Les politiques de l’emploi nécessitent une prise directe avec les bassins d’activité et d’emploi, une connaissance fine desdits bassins, une réactivité et une mise en réseau au plus proche des acteurs. La place et le rôle des intercommunalité de toutes tailles et des outils territoriaux dont elles se sont dotées (Maison de l’Emploi…), et a fortiori des métropoles doit être valorisée. A cet égard, la proposition de l’Association des Régions de France de déléguer aux régions tous les crédits affectés à ces outils territoriaux est réellement dangereuse. Outre une mise sous tutelle inacceptable au strict plan démocratique (vous voyez Johanna accepter de placer la Maison de l’Emploi des Dervallières sous autorité de du Président de la Région ? Même si ça avait été Christophe…), ce serait risquer de mettre en cause une efficacité encore améliorable mais en progression constante (on bosse, on bosse…). Il appartient donc à l’État d’assurer l’équilibre et l’efficacité du dispositif institutionnel par une sage application du principe de subsidiarité.

Ne tirez pas sur Pôle Emploi

Quant à la régionalisation de Pôle Emploi, je vous laisse imaginer comme ce sera facile. Cet organisme mal considéré, injustement décrié de toute part même s’il est évidemment perfectible, se remet tout juste de la fusion ANPE-ASSEDIC à marche forcée au plus mauvais moment…en 2008. En proie à une crise permanente de reconnaissance et de manque de considération, Pôle Emploi n’est pas un partenaire toujours facile. Mais il est incontournable car c’est le seul acteur en charge de TOUS les chômeurs. Et au regard de cette charge écrasante, il ne s’en sort pas si mal. En tous cas, aucun des autres donneurs de leçons ou contempteur ne serait capable de prendre son relais. Alors, ne tirons pas sur Pôle Emploi : aidons-le !
Ce n’est pas pour nous vanter, mais le Pacte Métropolitain pour l’emploi signé par tous les acteurs ou presque de la question, impulsé par Johanna pour la Métropole, est l’exemple à suivre mon Président. Si tes technocrates voulaient bien s’en inspirer dans la mise en œuvre de la loi NOTRe, ce serait une bonne idée…

Emploi, développement et concurrence territoriale : le socialisme, ce n’est plus les soviets et l’électricité, c’est JR et NDDL !

C’est une évidence mais il faut la rappeler : il n’y aura pas de créations d’empois sans développement économique. La réalité est que les politiques de développement économique s’exercent aujourd’hui sans un contexte de concurrence territoriale accrue. Les territoires s’organisent pour attirer investissements et créateurs. Chaque emploi de niveau stratégique créé, entraîne la création de trois autres emplois de tous niveaux. C’est dire si le choix de l’excellence et de la haute valeur ajoutée est le bon.
Notre Agence de développement économique, désormais commune et unique entre Nantes et St Nazaire, est en train de franchir un nouveau palier qui correspond à la fois à l’ambition que Johanna a fixée à notre Métropole et à ce contexte de concurrence territoriale accrue.
On a bien raison de dire que JMA a réveillé la belle endormie à partir de 1989. C’était le fameux effet Côte Ouest. Rendons-lui cette grâce ! Mais ce ne sera pas diminuer ses mérites que de dire que l’arrivée du TGV en1992 lui a filé un sacré coup de main sur le plan du développement économique et de l’emploi, en facilitant les échanges et la connexion avec la capitale, mais aussi avec le monde entier auquel elle donne accès. Une génération plus tard, le cycle de dynamisme inauguré en 1990, fondé donc sur le postulat : « à Nantes, le socialisme c’est JMA et le TGV » doit être revisité et renouvelé, pour qu’un nouveau cycle fructueux et vertueux s’ouvre avec sa successeure, en phase avec l’époque nouvelle. Cette phase nouvelle, cette marche supplémentaire franchie pour atteindre le niveau européen auquel nous aspirons non par mégalomanie mais parce que c’est la seule échelle qui permettra emplois et qualité de vie pour tous, elle est aujourd’hui symbolisée par l’arrivée de Johanna. [Je ne lui souhaite pas d’être Maire de Nantes pendant 25 ans, la pauvre ! Quoi qu’une expérience récente me fait dire que c’est difficile de changer d’orientation dans nos systèmes, mais je m’égare… Quoique…] Son corollaire n’est pas un projet mais un ensemble de projets souvent initié par son prédécesseur d’ailleurs : la nouvelle gare, le nouveau CHU, le transfert du MIN et…le transfert de l’aéroport ! Pour les 25 ans qui viennent, à Nantes, le socialisme c’est JR et NDDL !
C’est pourquoi, mon Président, j’aimerais que tu arrêtes de tergiverser sur le sujet…
– Comment ?… Tu as décidé un référendum et j’ai déjà écrit ce que j’en pensais ?… Ah oui ! C’est vrai ! C’est le billet juste avant celui-là ! Et il n’y a pas que NDDL dans la vie ? Ah oui ! J’oubliais…

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