Archive for février, 2016

Mon Président, j’ai un truc à te dire… III

dimanche, février 21st, 2016

Comme me l’a fait fermement remarquer un twittos aujourd’hui , y a pas que Notre Dame des Landes dans la vie. Il a bien raison. Tu l’as bien compris, mon Président, toi qui a fait de la situation du chômage le juge de paix de ton éventuelle candidature à ta réélection. L’emploi, toujours l’emploi, voilà et la priorité et le casse-tête puisque qu’on n’arrive pas à améliorer la situation.
Je n’ai pas fait partie des ricaneurs affirmant que le plan de formation de 500000 chômeurs était destiné à faire opportunément sortir autant de demandeurs des statistiques. Je mesure tous les jours l’importance de la formation et le handicap rédhibitoire que constitue son insuffisance pour le public le plus éloigné de l’emploi que forment les allocataires (je n’arrive pas à dire « bénéficiaires » au vu du montant de l’allocation) du R.S.A. Même si on peut raisonnablement soupçonner une arrière-pensée de ta part (on ne prête qu’aux riches !), si la mesure est favorable, je la prends !

Le paradoxe, c’est que la situation globale est tellement mauvaise que l’amélioration indéniable de la situation du chômage des jeunes n’est même plus perceptible.

Le contrat de génération est un échec (Martine l’avait bien dit !), nos technocrates ayant réussi, comme souvent, à transformer une bonne idée en usine à gaz, à moins que ce ne soit nos parlementaires qui sont assez doués également dans leur genre.
Les emplois d’avenir, en revanche, ne marchent pas si mal, même si les employeurs potentiels sont souvent trop fragiles pour assumer réellement le degré d’accompagnement et d’encadrement des jeunes que le dispositif requiert.
La « garantie jeune » s’annonce comme une vraie réussite, à condition que nous renforcions notre capacité de relation et de mise en relation avec les entreprises. Cela montre que lorsqu’on met des moyens de suivi « rapproché » des jeunes décrochés, la dimension collective venant s’ajouter à l’accompagnement individualisé, et si on fixe comme objectif central l’intégration en entreprise, on obtient des résultats.

Mais évidemment, la balance entre emplois disponibles et population en recherche est encore défavorable.

Non aux alternatives désespérantes !

Que faire ? Si je le savais, je te le soufflerais, mon Président, ne serait-ce que parce que je n’ai pas très envie de voter pour ton Premier ministre l’an prochain et encore moins pour le nouveau héraut paradoxal de la rénovation, j’ai nommé le Maire de Bordeaux !
En développant une inévitable politique de l’offre (cf. les épisodes précédents), tu t’es mis dans la situation de répondre favorablement aux demandes du patronat en matière sociale. Je souhaite là te mettre en garde contre un face à face délétère, fausse alternative, mais vrai risque mortel pour la gauche : celui entre la droitisation inutile des postures genre Valls-Macron face aux gauchisme indécrottable genre Lieneman-Filoche. Comme si le choix n’était qu’entre la peste et le choléra ! Pas de ça Lisette !
La Politique se nourrit de symboles. Difficile d’y échapper. Mais une bonne politique publique doit se nourrir de la réalité. La réalité est bien que notre système protège plus les salariés que les emplois et sacrifie largement les chômeurs. Il suffit pour s’en convaincre de regarder l’utilisation des budgets colossaux de la Formation professionnelle : la plus grosse part est consommée par les salariés déjà les mieux formés dont la solvabilisation du développement des compétences pourrait être assurée de bien d’autre manière, tant elle est immédiatement productrice de valeur ajoutée. Les salariés peu qualifiés et les chômeurs n’en consomment que trop peu alors que leur degré de formation est vital pour l’accès, le maintien ou le retour à l’emploi. On voit donc des syndicats désespérants d’une faiblesse corrélée à leur degré de radicalisation conservatrice, elle-même corrélée au taux d’employés sous statut public composant leurs maigres troupes, se battre pour des digues contournées ou submergées depuis longtemps par le tsunami de la dérégulation. Nos structures représentatives et notre paritarisme sont hérités de l’époque des grandes entreprises industrielle nationales. Elles n’ont que trop peu évolué dans le sens de la prise ne compte de la réalité du tissus économique d’aujourd’hui, beaucoup plus éclaté, mobile et évidemment mondialisé.

(suite…)

Vous avez dit « référendum » ?

lundi, février 15th, 2016

Évidemment, pour quiconque a suivi depuis le début le projet de transfert de l’aéroport de Nantes, l’idée qu’il faille un référendum local pour le légitimer a de quoi énerver. Moi-même, pour tout dire, l’évocation de cette éventualité avait le don de me mettre en pétard.
Mais je crains malheureusement que la seule alternative à cette consultation ait été le renoncement de l’État à ce projet d’utilité publique, renoncement certes catastrophique pour notre territoire, mais aussi pour tous les grands projets d’infrastructure jugés inutiles par les partisans assumés ou non de la décroissance. Là aussi, les « cryptos » ne sont pas les moins dangereux…
Forcément, quand on entend que « le débat n’a pas eu lieu », il y a de quoi se mettre en rogne ! Assurément, quand on entend parler d’ « alternatives insuffisamment étudiées », on peut être à deux doigts de s’agacer : le Conseil général avait été jusqu’à payer une étude qui avait montré l’inanité de l’idée de réorientation des pistes de Nantes Atlantique, dont le seul intérêt était la reconnaissance de facto par ses porteurs que le survol du centre de Nantes pouvait être un problème !
Et pourtant, deux ou trois choses me font dire qu’une relégitimation est peut-être incontournable, si on souhaite que le transfert se réalise, naturellement.
Il y a quelques semaines, j’ai du répondre aux sollicitations de la presse locale en raison d’une pétition sur internet signée par plus de 5000 personnes contre l’abattage (nécessaire) d’une poignée d’arbres dans le quartier du Bout des Landes. L’initiatrice de la protestation était filmée dans le cadre exceptionnellement arboré (et qui le restera !) de ce quartier bénéficiaire d’une rénovation urbaine… Surréaliste ! On avait signé de la péninsule arabique ou d’Argentine pour dénoncer les affreux bétonneurs arboricides que nous sommes… Cet exemple montre qu’une question locale, exportée par la toile forcément mondiale, peut revenir sur son territoire d’origine comme un boomerang chargé au passage de fantasmes et d’irrationalité, pour peu qu’elle rencontre les peurs du moment.
L’Aéroport du Grand Ouest, c’est un peu pareil. L’opinion largement favorable à son transfert s’est retrouvée tétanisée par l’effet retour d’une communication redoutablement efficace des opposants qui a flatté les peurs et la sensibilité de personnes qui, ne connaissant rien ni de Nantes, ni de l’ouest, ni du projet, se sont forgé une opinion sans aucun des éléments qui peuvent fonder un jugement. « Nantes n’a pas besoin d’un nouvel aéroport » ai-je pu lire un jour de la part d’un internaute du Cantal ou de Haute-Savoie, je ne sais plus. Cette affirmation péremptoire que rien n’étaye, née à l’extérieur du territoire est revenue à l’intérieur, rencontrer la tentation de la pause que nous connaissons bien, créant le doute, y compris sur le fait que l’A.G.O serait un aéroport de plus, ce dont il n’a jamais été question.
Les opposants ont aussi joué à merveille de la défiance envers les « élites » , la « classe politique » et les institutions. Bien fait pour elles, elles l’ont bien cherché me direz-vous. D’accord, mais après ? Le concept d’Ayraultport est à cet égard un coup de com’ génial. Mensonger mais génial car il a fait mouche. Ce n’est pas parce qu’on l’a surnommé il y a longtemps le Kennedy de l’ouest, que Jean-Marc rêve de laisser son nom à l’aéroport de Nantes. Pas de JMA à Nantes comme JFK à New York, n’en déplaise à ce taquin de FRAP !

Néant

Dessin rigolo mais pas sérieux !

Quiconque connaît un tant soit peu le nouvel occupant du Quai d’Orsay sait que ce genre de mégalomanie lui est complètement étrangère. Pour le grand musée d’art de Nantes ou le projet Île de Nantes, je ne dis pas, mais pour un aéroport, ça non ! Mais des gens y ont cru, loin d’ici, puis ici, au nom de la certitude ancrée par tous les populismes que les élus pensent d’abord à eux et que leur ego est plus grand que leur sens de l’intérêt général. Je sais, y en a…
Dans la même veine, une réflexion entendue dans un repas de famille me pousse aussi à me résigner à cette consultation référendaire aux contours juridiques encore un peu flous : « Je fais plus confiance à un pilote qu’à un politicien ». Cette comparaison surprenante fait référence à ces quelques pilotes qui nous expliquent que Nantes Atlantique est très bien comme ça (et plus près de chez eux, disent les mauvaises langues !). J’ignorais jusqu’ici qu’une licence de pilote, qui atteste de la maîtrise du maniement, décollage, vol, navigation et atterrissage des aéronefs donnait la moindre expertise en aménagement du territoire, en développement économique ou même en économie du transport aérien mondial. J’ai le permis de conduire une voiture, mais ça ne me donne pas la compétence pour juger, par exemple, des effets de la construction d’une rocade sur l’étalement urbain, d’un parking-relai sur le report modal, ou des évolutions possibles du marché automobile mondial. Cela, je l’ai appris ou l’apprendrai en écoutant les gens dont c’est le métier d’étudier ces choses. Leurs débats contradictoires éclaireront mon jugement. Je serais professionnel, taxi ou pilote de course, que ce serait la même chose. Mais voilà, pour quelqu’un qui prend l’avion, et bien que l’immense majorité des accidents aient une défaillance humaine pour cause principale (sans même aller jusqu’à la Germanwings…), le pilote est l’image rassurante par excellence et les dégâts faits dans l’opinion par ces interventions faussement expertes sont considérables. Et c’est l’essentiel du point de vue des opposants.
C’est l’essentiel parce que vu du gouvernement ou de l’Elysée, c’est l’opinion nationale qu’on scrute. Ils ne sont pas fous ni idiots, à Paris. Ils savent bien que si tous les élus sauf les écolos, les fachos et quelques centros sont d’accord pour dire que ce projet est plus qu’utile, pour le confirmer année après année, et être élus ou réélus sans coup férir, même et surtout quand médias et écolos s’accordent pour faire de Notre Dame des Landes l’enjeu central de toute élection, c’est qu’il y a quelques chances qu’ils aient raison !
Seulement, en dehors des interférences Ségoléniennes (cf. mon billet précédent sur la responsabilité de l’offre en politique…), il y a le drame de Sivens qui hante tous les responsables et qui est instrumentalisé de manière éhontée, scandaleuse, par un Mathieu Orphelin. Il y a la petite musique persistante sur l’illégitimité de l’investissement public entretenue par des gouffres financiers genre EPR. Cela n’a absolument rien à voir mais ça donne apparence de légitimité aux concours de pronostics sur les dérapages du « coût réel » de l’AGO. Il y a le relais naturel de médias nationaux (France-Inter, le Monde un peu moins depuis le départ de Kempf) initialement trop négligés par des porteurs du projets trop sûrs de leur bon droit. Tout cela fait qu’aujourd’hui, quand un Manuel Valls se retourne pour voir qui est prêt à le soutenir dans sa détermination à faire respecter les décisions démocratiques, les décisions judiciaires, l’état de droit et l’autorité de l’état, la vérité est qu’il ne trouve pas grand monde en dehors des élus du cru. Se débarrasser du caillou dans la godasse est une tentation largement partagée et tant pis pour l’Ouest et son développement.
Voilà pourquoi une consultation à l’échelle départementale est aujourd’hui probablement le meilleur et paradoxal moyen d’en finir avec cette incertitude en espérant que ce soit une bonne fois pour toute. Avec Stuttgart et sa gare en référence.
Pourquoi départementale ? Parce qu’à cette échelle, on a moins de risque de voir prendre des arguments irrationnels et mensongers qui prospèrent par leur dilution dans le temps et l’espace (voir plus haut). On a aussi plus de chance de répondre à la question posée et pas à une autre. Plus de chances de voir prises en compte équitablement des réalités comme le survol de l’agglomération, l’exaspération des trop nombreux riverains de Nantes Atlantique, la saturation de l’aérogare actuelle, et la qualité environnementale et énergétique du projet. On va enfin pouvoir reparler de faits vérifiables et revenir à l’essentiel de la réalité du projet !
L’idée de la zone de chalandise se heurte à la définition d’un périmètre de consultation qui ne recouperait aucune limite administrative existante. Celle des collectivités participant au financement (Régions Bretagne et Pays de la Loire), au niveau dudit financement qui reste marginal (là encore, les fantasmes et la réalité…), et à une étendue qui va trop au-delà de la zone de chalandise, notamment vers le Finistère Nord où l’aéroport de Brest restera un élément essentiel du maillage aéroportuaire de l’ouest.
Le département reste donc le territoire de consultation à le fois le plus adéquat et le plus légitime.
De la même manière qu’on ne va pas continuer les débats jusqu’à ce qu’ils veuillent bien accoucher de la décision souhaitée par les minorités agissantes, on ne va pas étendre le périmètre de consultation jusqu’à faire décider de l’avenir de notre territoire par les argentins ou émiratis qui signent les pétitions contre l’abattage des arbres malades au Bout des Landes…
Votez oui au transfert de l’aéroport de Nantes de Nantes Atlantique à Notre Dame des landes, futur Aéroport du Grand Ouest !