Archive for janvier, 2016

Mon Président, j’ai un truc à te dire… (II)

lundi, janvier 18th, 2016

Je te le dis tout net, j’ai été fier de mon Président en janvier comme en novembre 2015. Tu as eu le ton, posé les actes qui convenaient et pris des décisions que je ne discute pas. Pourtant, les mesures ou états d’exception, je n’aime pas trop. Le moins longtemps possible en tous cas. Une des fierté de la gauche gouvernante restera la suppression de la Cour de sûreté de l’état.
Les association de défense des droits de l’homme jouent leur rôle et c’est normal. Nous avons besoin de leur vigilance, question d’équilibre. Force m’est de reconnaître que certaines actions récentes des forces de police ont pu relever d’un opportunisme contestable par principe.
Mais pour tout te dire, les liens entre délinquance de droit commun et les assassins fascistes de 2015 sont suffisamment établis pour aller ratiociner sur les conditions juridiques de mise hors circuit d’un paquet d’armes diverses. De même, l’état d’épuisement des forces de sécurité justifie qu’on ne soit pas obligé de les mobiliser pour escorter des supporters de foot ou des défenseurs de campagnols amphibies, tant que ces catégories pacifistes emmènent dans leurs bagages des gugusses qui le sont beaucoup moins.
Ce faisant, tu as pris en compte l’aspiration que je crois légitime de nos concitoyens à la protection, à l’ordre et à l’autorité. Pas bien de gauche tout cela ? J’avoue qu’en la matière, Ségolène Royal a fait bouger les lignes, avec ses intuitions politiques qui relèvent parfois de la fulgurance, même si elle en fait ensuite un usage généralement désastreux. Je me souviens de mon malaise quand elle nous avait recommandé en 2007 de pavoiser nos balcons le 14 juillet. J’ai été plus nourri de Brassens, (« La musique qui marche au pas, Cela ne me regarde pas » dans La Mauvaise Réputation) ou de Cabu (Son mythique « A bas toutes les armées » acheté à un barbu sur le remblai des Sables d’Olonne en 1978…).

Moins de 10 ans plus tard, les circonstances dramatiques exceptionnelles y étant certes pour beaucoup, c’est sans hésiter que j’ai accroché le petit drapeau tricolore, souvenir d’un des tes meetings présidentiels, à la grille de mon jardin. Et j’ai un gros regret : le soir du 7 janvier, la place Royale de Nantes était trop petite pour contenir la foule qui s’y pressait. Tout près de moi, un homme a commencé à entonner la Marseillaise. Un vieux gaucho nantais l’a immédiatement coupé, l’air offusqué qu’on puisse ainsi célébrer Charlie, la liberté d’expression, de création, et l’esprit de résistance. J’ai eu alors très envie de reprendre l’hymne national à plein poumons. Je n’ai pas osé. J’ai eu tort.

Au-delà de cette approbation générale de ton action devant ces nouveaux périls, j’avoue que je ne comprends pas la nécessité des postures inutilement droitières de ton premier ministre. Non que je me joigne à la cohorte des inquisiteurs de carnaval qui décernent ou retirent les certificats de gauche. Ne pas voir que nous avons affaire à un fascisme d’un nouveau genre et qu’il faut y répondre sans faiblesse, nier que ces gens qui prennent l’islam en otage de leur fascinations morbides et totalitaires nous ont déclaré la guerre et refuser d’assumer cet état de fait n’est pas sérieux.
Dès lors, chercher dans nos interventions militaires extérieures, dans le conflit israélo-palestinien ou dans ce que Manuel Valls a lui-même nommé apartheid dans nos cités populaires les raisons de cette folie meurtrière est plus qu’erroné, fautif.
Je n’en partage pas l’inspiration, mais la démonstration de Paul Berman dans le Monde m’a bien interpellé. (cliquez ici ). De là à prétendre que chercher à comprendre est le début de l’excuse, il exagère Manuel !

C’est pourquoi je ne comprends pas que tu aies été te mettre tout seul dans ce bourbier qu’est devenu le débat sur la déchéance de nationalité !
Anne Hidalgo a tout de suite et justement observé que le 13 novembre, c’est notre art de vivre qui a été frappé. Que les lieux et le quartier visés par les fascistes assassins n’étaient pas choisis au hasard. C’est une raison légitime pour notre communauté nationale, si on veut bien se souvenir que notre identité est faite de valeurs et non d’origines, d’exiger que les auteurs de cette barbarie soient mis au ban de la communauté et qu’une peine spécifique le symbolise et le sanctionne.
Alors pourquoi pas la nationalité ? Parce qu’elle confère une existence.
J’ai souvent objecté à ceux qui encourageait à s’affranchir du poids de l’opinion majoritaire pour telle ou telle orientation, à partir de l’exemple de l’abolition de la peine de mort, que la singularité de la peine de mort rend vaine toute comparaison. Mais ce qui s’en approche le plus, c’est bien la nationalité sans laquelle l’individu n’a plus d’existence légale voire sociale. Donc, non seulement la déchéance de nationalité est bien une remise en cause du droit du sol, non seulement les bi-nationaux et leurs enfants la reçoivent comme la signification d’une citoyenneté de second rang (vous avez dit « apartheid », M. le Premier ministre ?), mais elle a en plus un caractère définitif et privatif d’existence qui la rend incompatible avec nos valeurs républicaines. Pour une mesure qui revendique presque son absence de portée concrète (les barbares s‘autodétruisent) et son inefficacité antiterroriste, ça fait beaucoup.

D’autant que, si je te fais une grande confiance ainsi qu’aux femmes et aux hommes qui nous gouvernent aujourd’hui, c’est moins le cas pour ceux qui aspirent à vous remplacer. Mitterrand disait que la Vème République était dangereuse avant lui et le redeviendrait après. C’est un peu pareil. Imagine ce qu’une droite dite décomplexée pourrait ajouter à la liste des crimes susceptibles de mériter la déchéance de nationalité. dans quel engrenage met-on le doigt ?
Alors comment déchoir sans déchoir ?
Du Parti socialiste à son groupe parlementaire (là-aussi, si c’est Dominique Raimbourg qui s’en occupe, ça rassure), on cherche la sortie. Elle doit se trouver dans une déchéance (puisqu’il faut déchoir !) de la citoyenneté, sorte de privation étendue des droits civiques, civils, économiques, sociaux, de tout ce qui fait qu’il fait bon vivre chez nous, malgré les nouveaux fascistes et malgré tout le reste, dont il faut aussi s’occuper…

(à suivre)

Mon Président, j’ai un truc à te dire… (I)

vendredi, janvier 15th, 2016

Mon cher Président de la République que j’ai voulu avoir,
Ce blog s’était assoupi sur un appel à te donner une majorité parlementaire après ta victoire 2012. Il était donc normal qu’il se réveille avec toi trois ans et demi plus tard. J’ai choisi de te dire « tu ». Peu respectueux de tes hautes fonctions mais après tout, j’ai milité ardemment pour ta victoire dès les primaires. Oserai-je préciser que je t’ai souhaité comme candidat puis comme Président avec Jean-Marc et plein d’autres et pas Manuel Valls avec Emmanuel Macron ? Mais je chipote !

En effet, j’assume et revendique aujourd’hui encore ce choix. Je considère les frondeurs de l’intérieur (du parti) genre Jérôme Guedj comme des boulets au même titre que leurs semblables de l’extérieur genre Mélenchon. Je revendique ma solidarité avec ton action et ma loyauté comme préalables de principe. Non que je sois d’accord avec tout (on va y revenir…); non que je considère les résultats satisfaisants (toi-même, j’en suis sûr…). Je pense juste que nous sommes sur le même bateau et qu’ouvrir une voie d’eau ne l’aidera pas à remonter le vent. Nous appartenons à la même équipe de foot (on a ça en commun) : faire un symposium sur la pelouse sur le projet de jeu de l’entraineur pendant le match au nom de la démocratie dans le vestiaire, après avoir tiré avec constance vers son propre but au nom de l’autonomie des acteurs n’est pas un gage de réussite, ni de victoire. Bref, au moment de mon évaluation ultime (le jugement dernier, c’est pas mon truc), je veux présenter plus d’états de service que d’états d’âme. Si je me réjouis que la gauche soit synonyme de liberté, de fantaisie, de créativité, de réflexion, d’émancipation, de rébellion, voire d’insoumission, je suis atterré de sa capacité d’autodestruction par la division et l’émiettement. Nous sommes en compétition politique avec la droite républicaine qui est notre adversaire et l’extrême-droite qui est notre ennemie. A défaut de pouvoir être disciplinés ( à l’impossible, nul n’est tenu…), soyons au moins solidaires.

Si j’osais, je dirais que la politique a à voir avec le marché, avec l’économie… En politique aussi, il y a une stratégie de l’offre et une de la demande. Construire une offre politique confère une responsabilité. C’est un acte qu’on ne peut simplement justifier par sa légalité intrinsèque ou par la conviction qu’il y aurait une demande. Toute candidature est légitime. Toute prise de position est légitime. Je pense cependant que celles qui n’ont d’autre sens ou d’effet que d’affaiblir leur propre camp sont regrettables et « a-responsable ». Je ne veux pas employer le terme d’irresponsabilité car il a une connotation inutilement blessante. J’affirme simplement ma solidarité avec celles et ceux dont j’ai souhaité qu’ils prennent le manche, qu’ils mettent les mains dans le cambouis et qu’il prennent le risque de la responsabilité gouvernementale, de la gestion, quand tant d‘autres restent commentateurs ou contempteurs, a-responsables.

Je le fais d’autant plus volontiers que j’ai la conviction que la politique menée n’a qu’une d’alternative : une politique de droite ultra-libérale cassant les fondements de notre modèle social. L’alternative dite de gauche repose sur des grilles d’analyses incapables de rendre compte de la réalité d’aujourd’hui, outre son incapacité congénitale à créer le cadre et les outils politiques de sa mise en œuvre plus de 6 mois, et l’affaiblissement de son propre camp que génère son énoncé inutilement et vainement répété (cf. plus haut sur la responsabilité de l’offre en politique). Elle garde des digues depuis longtemps submergées et croit que se tirer une balle dans chaque pied peut aider à courir plus vite. Je soutiens donc la politique que tu conduis dans ses grandes lignes : restauration de la compétitivité de notre économie, sérieux budgétaire et rétablissement des comptes publics, préservation de notre modèle social, protection des plus fragiles. Ensuite, je peux avoir des impatiences, des incompréhensions, des doutes, des désaccords sur telle ou telle mesure, sur le rythme et l’ampleur des réductions des dotations aux collectivités par exemple ! Mais je fais le choix conscient et déterminé de les réserver au débat interne. C’est ma conception de la responsabilité en politique, tant que l’essentiel n’est pas en cause.

Et, justement…

(à suivre…)