Elle est chouette cette chanson de Boris Vian, Les Joyeux Bouchers. Comme toutes les chansons de Boris Vian d’ailleurs…
Ce sont certains commentaires liés aux primaires citoyennes du P.S qui m’y font songer. A écouter certains, le débat des primaires serait tristement aseptisé, dissimulant des clivages derrière un unanimisme de façade ou pire, calculateur, ou, pire de chez pire, révélant l’absence de divergences irréductibles entre candidats auxdites primaires. Mince alors !
Deux débats télévisés plus tard, nos amateurs de sang frais coulant sur le sable de l’arène démocratique doivent déprimer grave. Non seulement les candidat-e-s débattent vraiment, mais il ne s’insultent pas, dérapent assez peu entre les confrontations publiques, et donnent d’eux-mêmes, des socialistes et de la gauche une image finalement avenante, semant au passage une jolie panique dans les rangs d’une droite gourmande qui se pourléchait déjà les babines de l’hémoglobine espérée.
C’est bien de nous ça ! Si on ne s’entretue pas , c’est pas vraiment démocratique. Il faut du clivage, de l’affrontement binaire, de l’irréconciliable, de l’incompatible , de l’irréductible. Sinon, ça vaut pas ! Comme si notre passé de peuple révolutionnaire et régicide nous rendait définitivement incapable de trancher les débats autrement qu’avec la guillotine, fût-elle symbolique.
On comprend les journalistes, de droite ou soucieux de sensationnel : « les socialos qui se bouffent, ça fait vendre Coco », et ça rapporte gros…à la droite.
On compatit à ceux qui ne se sont jamais définis que contre et qui ont donc besoin d’un ennemi à pourfendre, de préférence dans leur camp d’ailleurs. Ceux-ci ont le rapport de force interne à la gauche bien plus au cœur que la victoire contre la droite qui, somme toute, ne mène qu’aux emmerdements, puisqu’elle conduit à assumer les responsabilités et à risquer de confronter au réel les discours d’avant élection ! Nos révolutionnaires « plus à gauche que moi tu meurs » sont comme les marins d’Audiard : ils font des phrases…
Alors, étant moi-même d’un tempérament un poil belliqueux, je m’insurge et proteste.
Pourquoi voudriez-vous que nos candidat-e-s aux primaires se disent des horreurs définitives, des mots qui blessent, se lancent moult anathèmes et se vouent mutuellement à toutes les gémonies puisque, outre qu’ils sont dans le même parti, ce à quoi personne ne les oblige, ils ont tous et toutes votés le même projet ? L’adversaire politique de Martine Aubry, c’est François Hollande ou Nicolas Sarkozy ?
Qu’il est difficile de concevoir que, s’il y aura un-e gagnant-e dans cette compétition, les autres n’auront pas perdus ; et même qu’ils auront tous gagné pour peu (et ce n’est pas peu !) que celui ou celle qui sera désigné arrive à vaincre l’adversaire, le vrai, le candidat de la droite.
Le camp d’en face, l’autre rive, ce n’est pas l’un des 5 candidats à la primaire pour qui je n’ai pas l’intention de voter ! C’est Sarkozy ! C’est la dame Le Pen ! La désignation de l’un-e des 6, ce ne sera la défaite de personne, ce sera une victoire de la gauche que d’avoir doté son candidat d’une légitimité et d’une force sans égales dans notre histoire. La victoire des centaines de milliers, voire des millions de gens qui auront participé.
Passé le moment de satisfaction personnelle d’avoir fait partie de la majorité ou de la déception d’être minoritaire sur ce coup, c’est bien cela qui sera important !
Ensuite, vous voulez de la castagne ? Eh bien vous en aurez !
Ce sera un combat sans merci, qu’on pressent d’une violence jamais atteinte entre un Sarkozysme en fin de règne, moralement déliquescent, mais s’agrippant au pouvoir comme s’il était le seul légitime pour l’occuper et les forces de l’alternance. Il vendra sa peau très cher, n’en doutons pas.
Alors gardons nos forces, réservons à ce combat-là notre énergie polémique, notre goût du clivage et des petites phrases assassines ! Non, il n’y a pas de débat fondamental d’orientation entre les 6 candidats. Il y a des personnalités et des priorités, des approches, des stratégies proposées qui sont différentes sans avoir besoin de diverger.
Nous cherchons aujourd’hui le-la meilleur-e Président-e à donner à la France. Nous ne sommes pas obligés de faire le même pari, d’avoir le même sentiment. C’est même pour cela que nous avons fait la primaire : le gagnant sera forcément le meilleur possible puisqu’il aura été choisi par ceux-là même qui feront ensuite la véritable élection, celle de mai prochain.
Alors, camarades candidat-e-s, continuez votre débat digne et sincère ! Retenez ceux d’entre vos partisans qui oublient que compétition démocratique ne veut pas dire foire d’empoigne et qui confondent les primaires avec un congrès socialiste. Ne faites rien et ne dites rien qui puisse nous affaiblir tous. Les primaires ne sont pas faites pour faire joli, pour être un exercice à apprécier pour lui-même, elle doivent aider à faire gagner la gauche ! Elle n’auront, au final, valu que par ça.
Alors, non, faut pas que ça saigne. Pas encore. Tant pis pour Boris Vian.
Débattons-en !
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Tout à fait d’accord avec toi, ceux qui se trompent d’adversaire ne servent pas leurs idées, mais juste leur égo. Quel (le) que soit notre candidat (e) désigné (e) par les primaires citoyennes, personne ne devra manquer pour enfin débarrasser le pays de cette droite destructrice.
Je te rejoins sur la dernière partie de ton post, cher Pascal !
Jouons le jeu du débat démocratique et soyons fiers de l’avancée que ce débat représente dans notre fonctionnement politique et donc défendons les principes et les idées qui nous sont personnellement prioritaires ainsi que le(a) candidat(e) qui répond le mieux à nos priorités mais gardons nous de confondre débat et bataille rangée entre socialistes… La vrai bataille est devant nous !