Après les manifs (II)

Belle brochette de socialistes manifestants !

Donc, le mouvement contre la « réforme » des retraites, dans sa phase la plus active, a été exceptionnellement puissant. La presse a considéré que la dernière manif’ nantaise en date traduisait un essoufflement. A 15000 personnes. Or, foi de syndicaliste n’en ayant pas raté beaucoup depuis 25 ans, une manif’ de 15000 personnes à Nantes est une grosse manif’, loin d’être fréquente. C’est dire si celles qui ont précédé ont été énormes, et leur répétition sans beaucoup de précédent. Même si, très logiquement, le propos des manifestants s’est politisé au fur et à mesure en se cristallisant sur la personne de Nicolas Sarkozy, ce succès est du à la clarté d’appels qu’on doit porter au crédit de l’intersyndicale. On savait pourquoi on manifestait, l’objectif était unique et la revendication claire.

Aujourd’hui, le mouvement n’a pas gagné, puisque la loi a été promulguée et est donc en vigueur. De là à dire qu’il a perdu…

Un mouvement social de ce type ne perd jamais vraiment. Rien que le goût retrouvé de l’action collective, l’esprit de solidarité et de fraternité qui traverse les cortèges ou le sentiment de force que confère le fait de se savoir nombreux et soutenus sont des acquis certes souvent immatériels, mais bien réels. Oserai-je parler de conscience de classe renaissante ? Sarkozy passe son temps à opposer les gens les uns aux autres, à susciter des tensions, à encourager la recherche de bouc-émissaires. Je ne crois plus (ça fait un moment…) que la lutte des classes puisse être le moteur de l’histoire. Elle n’a pas disparu pour autant. Le comportement et la politique de l’actuel pouvoir est un comportement de lutte des classes : tout est fait pour la préservation de ce que JMA a eu raison de nommer par son nom, la ploutocratie. Non que les riches soient par nature de mauvaises gens. Simplement leur bonne conscience à considérer leur situation est normale, qu’ils méritent leur réussite, que les autres n’ont qu’à faire comme eux et que c’est finalement comme ça que la terre tourne le plus rond reste insupportable. Lorsque le pouvoir politique les encourage dans cette inclination jusqu’à la caricature et la nausée bling-bling, ce qui se produit en ce moment, l’indignation et la colère doivent trouver des modes d’expression collective et c’est ce qui s’est passé avec l’affaire des retraites, partie émergée d’un iceberg d’injustices.

Naturellement, cette expression de colère ne va pas sans tentations simplistes, où le slogan remplace et la pensée et l’élaboration de solutions. Les obédiences trotskystes ou gauchistes de tous poils, dont la persistance de l’influence dans notre pays est une bénédiction quotidienne pour les Neuilléens de droite relevant leur courrier, et qui, non contentes de se bouffer le nez entre elles et de scissionner régulièrement, garantissant ainsi leur impuissance à faire d’autre révolution que celle de leur phraséologie qui tourne en rond, vont naturellement y jouer les sergents-recruteurs pour leur véritable combat : affaiblir la gauche qui prend le risque de vouloir gouverner en redonnant au mot réforme son sens progressiste, autrement dit les socialos !

C’est dire que la situation n’est pas simple pour nous. Comme d’habitude, quand nous reviendrons aux responsabilités en 2012 (y a pas le choix, il faut qu’on y arrive !), la situation économique, sociale, financière et même morale du pays sera désastreuse. Et les attentes à notre égard immenses et pour tout dire démesurées. Je suis fatigué des sempiternels et faux débats entre tenant de l’utopie transformatrice et partisans d’une gestion rigoureuse. Comme si nous avions une seule chance de toucher du doigt nos rêves en mettant le pays en faillite ! Comme si la meilleure des gestions pouvait suffire à transformer la société ! Alors on voit Benoît se commettre sur une estrade avec un postier qui ne serait pas si populaire si on lisait les textes de son parti au lieu de le photographier jouant au foot. Alors on entend Manuel sur jouer les pères fouettards. On se demande si Martine va enfin mordre dedans (pas dans Manuel hein ! Dans la perspective présidentielle…), et on se désole de sa récente apparition télévisuelle flanquée de deux gardes chiourmes aussi avenants que s’ils allaient la ramener en cellule aussitôt après son discours. Ségolène tend la main à Kouchner alors qu’il mériterait qu’elle lui en colle une. Forcément, Arnaud avait peur qu’on ne parle plus de lui et fait semblant d’être candidat, tandis que Dominique avait toutes les peines du monde à récupérer une main que Sarkozy tenait fermement dans la sienne devant les caméras. Chose rare, je suis d’accord Fabius parlant de Hamon, mais c’est valable pour d’autres : « (…) arrive un moment où il y a quand même un rapport entre le vote et ce pourquoi on vote. (…) La primaire, C’est (…)pas un concours où l’on prend les responsables du P.S et l’on regarde celui qu’on aime le plus (Le Nouvel Obs’ 18-24 novembre 2010) ».

Et voilà qu’on nous annonce sans rire que les organisateurs des primaires veillent soigneusement au respect d’un calendrier devenu surréaliste.
Alors que pas grand monde ne croit à notre engagement pourtant très tenable de revenir aux 60 ans comme âge légal du droit à la retraite,  rendant urgente la clarification de nos positions entre les déclarations contradictoires des uns et des autres – parmi d’autres clarifications non moins essentielles – Olivier Ferrand nous explique benoîtement que l’accélération du calendrier est techniquement impossible. Du primat de la logistique sur le politique ? C’est nouveau !

Résultat : on risque d’en être encore à se crêper le chignon au sein du P.S entre partisans de tel(le) ou tel(le) quand Sarko sera en ordre de bataille, et on a payé pour savoir ce que ça veut dire.

Entre maintenant et l’automne 2011, ça va flinguer de tous les côtés. Je dis : « Halte ! »

Buffet d'après meeting, campagne de désignation 2006...

D’autant plus que je serais bien en peine de désigner aujourd’hui mon champion ou ma championne pour 2012. Faut-il d’ailleurs en avoir un(e) ? C’est quoi l’objectif ? Etre dans le camp vainqueur le soir de la primaire ou le soir de la présidentielle avec, chose égale par ailleurs, les risques de se tromper dans un cas comme dans l’autre ? Je reste persuadé que ma préférence personnelle n’a aucune importance et que je me dois de soutenir le(la)candidat(e) »en situation » au bon moment et surtout d’exiger de tous ceux qui n’ont pas émergé comme tel d’être lucides et de ne pas s’entêter, ni, encore moins, de se positionner pour le coup d’après . Peut-on créer, anticiper, organiser, fabriquer cette mise en situation, la « stratégiser », la planifier, la « story-teller « ? Je n’en suis pas si sûr. Certes, il est conseillé d’y travailler. Mais j’ai très souvent constaté qu’en politique, rien ne se passe jamais comme on l’avait envisagé. L’élection présidentielle française est tout de même très particulière. Par exemple, je n’ai jamais cru que la candidature Royal avait été fabriquée par les médias et les sondages, et je me méfie beaucoup des prédictions la voyant dans les choux pour 2012, surtout si la désignation est effectivement ouverte. Elle s’est imposée en 2007 car son positionnement politique (« l’ordre juste »…)correspondait aux aspirations des classes populaires et parce que, pour reprendre les analyses de Stéphane ROZES, elle seule, à gauche, avait intégré la dimension « spirituelle » de la Présidentielle française. Est-ce vraiment moins le cas aujourd’hui ? Elle a usé quelques jokers… D’autres sont-ils en mesure de se hisser dans la conscience collective au-delà de leur intelligence visible ou de leur compétence affirmée ? Aucun de ceux qui occupent le terrain aujourd’hui en attendant que toutes les grandes personnes entrent vraiment en scène, je prends le risque du pari. Dès lors, n’ayant pas d’idéal sacro-saint ni d’allergie insurmontable, je suis prêt à me faire traiter d’opportuniste en rejoignant sans vergogne le camp interne qui me paraitra être le plus fort au moment du vote militant ou peu avant et dont je pense qu’il(elle) sera en phase ceux qui voteront en mai 2012. Prendre position le plus tard possible, pour une désignation qui doit avoir lieu le plus tôt possible, c’est mon credo du moment. D’ici là, j’écoute, j’analyse, je réfléchis, je suppute, je jauge, j’apprécie, je balance, je considère, j’envisage, je compare, j’estime, je goûte, je mesure, j’entrevois, j’examine, je scrute, j’évalue, je pèse, je soupèse… Bon… C’est vrai… J’aime bien ce que dit François Hollande. De là à ce que ça suffise…
Surtout, j’essaye de faire mon boulot : les finances de la ville, le dialogue citoyen, l’évaluation de ses politiques publiques, Nantes Nord, la Commission Locale d’Insertion, les instances où je représente le Conseil général ou la SEMITAN. Histoire de démontrer à nos concitoyens que les socialistes s’occupent d’eux et pas seulement d’eux-mêmes. C’est peut-être bien ça qu’ils attendent d’abord de nous. Heureusement, je ne suis pas le seul !

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3 Responses to “Après les manifs (II)”

  1. Olivier R. dit :

    La lutte des classes EST le moteur de l’histoire. Non, mais !

  2. François P. dit :

    Etonnant article ! Pascal B. nous avait habitué à moins langue de bois ! Surtout dans un département où la gauche unie, PS, PCF, Verts-Europe Ecologie, NPA, MRC, PG, UDB, Alternatifs plus POI à Saint Nazaire, a su affirmer un soutien permanent à la mobilisation sociale. Je remarque que l’observateur attentif qu’est Pascal B. non seulement n’en dit mot mais se lance dans une logorrhée verbale contre « les obédience trotskystes ou gauchistes de tous poils », taclant au passage le propre porte-parole du PS « coupable » d’avoir battu estrade en soutien à la mobilisation sociale en compagnie d’ Olivier Besancenot et de la plupart des porte-parole des partis de gauche ! A l’évidence Pascal Bolo déteste le porte-parole du NPA, facteur de son état à Neuilly (lorsqu’on est facteur on ne choisit pas encore son affectation, j’ai moi-même expérimenté). C’est tout à fait son droit, mais de là à répéter des âneries – qui font plus penser au PCF des années Staline qu’à une réflexion politique actuelle – sur la gauche de gauche qui roule pour la droite, il y a un pas qui est hélas franchi. (Sur ce terrain, Pascal B. a un maitre, M. Huchon, président du Conseil régional d’ile de France, qui n’a pas hésité à déclarer à L’Express que Mélenchon avait « « langage [est] proche de celui de l’extrême droite, mais c’est plus grave que Le Pen ! ».
    Sans doute faut-il rapprocher cette polémique limite d’une phrase bien énigmatique dans les propos de Pascal B. : « cette expression de colère ne va pas sans tentations simplistes, où le slogan remplace et la pensée et l’élaboration de solutions ». Bien énigmatique car Pascal B. ne dit pas un mot de ces supposées « tentations simplistes ». « Partage des richesses » proclamait la banderole intersyndicale qui a ouvert toutes les manifestations du département. Slogan simpliste ? « Retraite à 60 ans à taux plein », slogan simpliste ? J’attends les réponses.
    Car, comme moi, c’est la réponse à ces questions qu’attend le peuple de gauche, beaucoup plus que de savoir qui gagnera la bataille des égos au PS – sans sous-estimer la légitimité à vouloir être le porteur ou la porteuse du changement.
    Pascal B. l’a bien sur remarqué : pendant toute la mobilisation, la droite, et Fillon en second couteau, n’ont cessé de répéter que la gauche ne déferait pas cette réforme des retraites si elle arrivait au pouvoir. Et que le recul de l’âge de la retraite était aussi conduit – sous l’égide de l’Union Européenne et du FMI quand il vient en aide aux Banques pas aux peuples – en Espagne, au Portugal et en Grèce par des dirigeants socialistes. Cette réalité fonde le scepticisme sur ce que sera l’orientation du PS en cas de retour au gouvernement.
    Car, ce que le peuple, très majoritairement hostile à ce recul social, attend de la gauche et donc aussi des socialistes c’est l’affirmation simple et claire qu’elle abrogera immédiatement cette contre-réforme et ouvrira des négociations tripartites Etat – syndicats – MEDEF pour financer durablement les retraites par un meilleur partage des richesses, c’est qu’elle remettra l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans et à taux plein pour celles et ceux qui auront cotisé 40 ans (pour ma part je crois nécessaire et économiquement possible de revenir aux 37,5 annuités mais Pascal B. risque de me taxer de simpliste !).
    Des réponses à ces questions, de la volonté à porter réellement le changement, dépend largement la capacité à mobiliser pour défaire Sarkozy et la droite et reconstruire durablement l’espoir à gauche.
    Bien amicalement Pascal.

    François P.

  3. pascal dit :

    Bonjour ami François P. !
    Nous avons ce débat aussi franc qu’amical depuis de longues années déjà ! Je me souviens très bien de ta moue réprobatrice lors d’un congrès fédéral du P.S où tu représentais une composante de gauche que tu as brillamment représenté pendant deux mandat au conseil municipal de Nantes, à la satisfaction générale ! J’y étais allé – déjà – de ma diatribe anti-gauchiste à la tribune ! Je rends hommage (je suis sincère) à ton obstination à vouloir être une passerelle entre la gauche dite « de gouvernement » et la gauche qui s’autoproclame seule digne de ce nom. Ayant été l’objet de tentative de récupération de deux obédiences trostkystes différentes et antagonistes entre mon 16ème et mon 18ème anniversaire, je persiste à être d’une extrême sévérité puisque 30 ans plus tard, je retrouve les mêmes discours (tu parles de logghorée…), les mêmes pratiques et surtout la même impuissance qui m’avait frappée déjà à l’époque : quel souvenir que cette série d’affiches dans la local de la Ligue, portant successivement les noms des présidents et premiers ministres de l’époque (Pompidou-Chaban puis Pompidour-Messmer puis Giscard-Chirac puis Giscard-Barre avec la mention « Dehors ! »). Ils ont tous finis par partir mais je ne crois pas qu’au-delà de l’expression d’une indignation partagée et de la diffusion d’une authentique culture politique (école de nombre de responsables socialistes actuels…), les auteurs de l’affiche aient été d’une grande aide pour bouter la droite hors du pouvoir, le procès en trahison étant instruit contre les socialistes bien avant la victoire de Mitterrand. N’a-t-on pas récemment entendu Olivier B., celui qui a de la malchance dans ses affectations postales, vilipender Lula au Brésil sur le même thème ? Je maintiens donc, cher François, l’intégralité de l’expression de mon total, profond et sincère désaccord avec l’idée selon laquelle un discours et des propositions « à gauche toute » aurait la moindre chance de faire gagner notre camp en 2012 et encore moins, une fois la réalité confrontée au discours, en 2017 après 5 ans de gouvernement. Or il nous fait de la durée. Et je ne peux m’empêcher de penser en toute immodestie que si une voix aussi éminente que la tienne se donne la peine de me répondre, c’est peut-être que je touche juste. Très fidèlement à toi, cher François P. !

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