On veut des Bleus !

 

Vue d'une session du conseil général. www.loire-atlantique.fr

Je n’en tire aucune espèce de satisfaction, mais les questions de tranquillité publique et de sûreté, pour être précis dans le vocabulaire, ont été à mon programme bien avant les évènements grenoblois et l’épouvantable exploitation qu’en a fait un pouvoir empêtré dans la révélation chaque jour plus évidente de sa vraie nature : la ploutocratie selon le terme exhumé par J-M Ayrault dans le Nouvel Obs’, gouvernement des riches, par les riches et pour les riches. C’est incroyable mais le pouvoir sarkozyste est en train de réhabiliter la lutte des classes. Gouverner, pour cette droite-là, c’est protéger les riches des pauvres. Et accessoirement désigner aux pauvres d’encore plus malheureux qu’eux (étrangers en général et Roms en particulier), comme boucs émissaires de leurs difficultés voire ennemis dont ils devraient se méfier.

Bref ! Le 1er juillet dernier le Préfet DAUBIGNY venait présenter au Conseil général le rapport d’activité des services de l’Etat. Traditionnellement, c’est l’occasion d’un échange sous forme de questions-réponses avec les conseillers généraux qui le souhaitent. Fort civilement, nous transmettons nos questions à l’avance. J’ai utilisé cette faculté pour la première fois cette année, justement sur le thème du droit de nos concitoyens à vivre paisiblement quel que soit le quartier où ils résident. J’ai même posé deux questions puisque ma copine Fabienne Padovani n’a pas pu être là pour poser la sienne. A cette occasion j’ai fait une tentative d’enregistrement qui me permet de vous proposer d’écouter la question (cliquez ici : AUD000005) mais pas la réponse, la voix du Préfet telle que captée par mon ordi portable étant trop faible. Je publierai le verbatim sur ce blog.

Ce qui s’est passé ces derniers jours à Nantes Nord n’est que partiellement révélateur du problème, compte tenu des circonstances très particulières qui ont conduit les policiers à procéder à une interpellation à chaud, toujours plus problématique que lorsque le mis en cause est sorti de son lit au petit matin. Mais quand même.

La courtoisie qui sied aux échanges dans l’hémicycle départemental, qui plus est à l’égard du représentant de l’Etat, ajouté au respect que j’ai pour le corps préfectoral dont je ne confonds pas les membres avec des représentants de l’UMP, m’avaient conduit à un formuler ma question en n’explicitant pas la question des moyens en personnels. Le premier syndicat de Gardien de la Paix l’a fait très bien ce matin même dans Aujourd’hui-Le Parisien (pour accéder à l’article cliquez ici).

Il faut une police qui reste et non une police qui passe

C’est bien le cœur du problème : on me racontera ce qu’on voudra mais les missions policières ne peuvent être mieux assurées avec toujours moins de fonctionnaires disponibles. Outre qu’elle est contestable sur le fond (efficacité douteuse dans l’espace public, absence de capacité d’intervention immédiate en fonction de ce qu’on voit sur les écrans pour peu qu’on puisse garantir qu’il y a toujours quelqu’un qui les regarde…), la vidéosurveillance relève d’une opération de blanchiment de paupérisation de l’état : pendant que l’état reverse des dizaines de millions d’EUROS à Mme Bettencourt et ses semblables au titre du bouclier fiscal, supprime corrélativement les postes de policiers il demande aux collectivité de payer, pour les remplacer, l’essentiel des caméras, des écrans et leurs opérateurs. Non seulement il ne fait plus son boulot mais il demande aux autres de le faire à sa place à leurs frais, en les menaçant par surcroît, via l’incroyable M. Estrosi. Ce qui est bien avec ces gens là c’est que rien ne leur fait peur : depuis des mois, ils nous bassinent avec le soi-disant mille-feuilles des compétences qui rendraient l’action publique illisible et justifierait une réforme des collectivités par ailleurs désastreuse, mais ils ne trouvent rien de mieux que de désigner les maires comme bouc-émissaires de leurs insuffisances !

C’est le coup du plombier qui, non content de ne pas répondre à vos appels, dénoncerait publiquement l’inaction de l’électricien parce que la fuite de votre baignoire inonde toujours vos voisins du dessous.

A Nantes Nord, le problème est bien celui qu’Hervé Morin a découvert hier : il y a corrélation entre dégradation de la situation sociale, augmentation du chômage et de la précarité, la paupérisation de familles et le basculement de certains jeunes vers la délinquance. (Là, je suis d’accord avec Fillon (!) : Morin, il faudra qu’il nous explique ce qu’il fait au gouvernement et pourquoi on ne l’a jamais entendu exprimer la moindre réserve). Cela renforce la nécessité de l’intervention publique, éducative, préventive, répressive dans le respect de l’état de droit et des libertés publiques mais aussi curative. Combien d’éducateurs en moins à la Protection Judiciaire de la Jeunesse ces derniers temps ? Quel suivi pour les jeunes après la sanction pénale, surtout s’il y a eu incarcération. Quel accompagnement vers l’emploi ? Et je ne reviens pas sur la nécessité d’une lutte déterminée contre les discriminations qui suppose, elle aussi, quelques moyens.

Mme Jozan a cru bon de fustiger mon regret de la Police de proximité. « Cela ne marchait pas » dit-elle. Je ne sais pas d’où elle tire cette sentence vu que Sarkozy a interrompu les expériences qui n’ont pu être sérieusement évaluées. Et l’Express du 25 août (pas un brûlot socialisant, que je sache…) cite un rapport confidentiel de l’inspection générale de l’administration qui préconise « une présence permanente à heures fixes y compris le week-end […] en privilégiant une progression à pied ». Pile poil ce que je réclame (cf. ma vidéo de vœux, ma question au Préfet, et mon dernier communiqué CP_incidentsNantesNord) pour le Chêne des Anglais et la route de La Chapelle depuis des mois. Des gardiens de la Paix, des « bleus » ! Il avait raison le Préfet dans sa réponse : quand il y a un rodéo de quad, il vaut mieux ne pas intervenir que de se lancer dans des courses poursuites encore plus dangereuses pour tout le monde. Il faut que la Police ait les moyens d’être là avant le début du rodéo et d’être ainsi dissuasive. Mais pour cela il faut arrêter de supprimer des postes ! Et pour financer ces postes,  arrêter de rendre aux plus aisés une partie de leur impôt en affirmant que ça va les dissuader de frauder ou de s’expatrier, raisonnement dont l’histoire de l’île de Liliane Bettencourt a démontré l’inanité et même la malhonnêteté.

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One Response to “On veut des Bleus !”

  1. Yann dit :

    Nous sommes bien d’accord Pascal. Mais que penser de l’intervention de la camarade Royale sur F. Inter ce matin ? Comment une formation de fantassin (même dans une école militaire de qualité)peut elle suffire à garantir la bonne prise en compte de jeunes délinquants en grande difficultés. Comment le « sport à haute dose » (dixit S. Royale) et l’autorité virile de nos soldats pourront avec l’encasernement permettre une réelle réinserttion. Certes, ne faisons pas d’angélisme, il faut savoir isoler ces jeunes,les extraires de leur lieu de vie habituel, les contraindre au besoin à ce trouver dans des conditions éducatives coerctives et nécessaires à leur retour dans la société, dans notre entourage et dans nos entreprises.
    Aujourd’hui, comme hier, la « solution Royale » n’est elle pas la négation totale des fondements même de l’Education Populaire que la gauche défend depuis toujours !
    Educateur, assistant social, surveillant pénitentiaire ne riment pas avec laxisme alors qu’au contraire « le » militaire serait le symbole de la droiture, de la virilité et de l’autorité. Non, les travailleurs sociaux ne sont pas des « post soixantehuitards » enclins à la permissivité, il ont une formation d’éducateur (il ont été à l’école pour cela, une formation destinée à prendre en compte les personnes qui leurs sont confiées dans leur globalité et au delà du coup de pied au cul et de la levé des couleurs ! Souvenons nous combien « les Bat’ d’Aff » ont montré d’efficacité.
    Si la gauche veut réussir là ou la droite à échouée, nous devons, me semble t’il, nous defaire des solutions caricaturales et faire le pari d’un parti de l’intelligence contre la tentation du populisme et de la facilité.
    Il est temps !

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