Le foot rend fou ! (II)

La situation du FCN ne me laisse pas indifférent. J’ai eu la chance d’être un observateur privilégié des relations parfois compliquées entre la Ville de Nantes et son club phare. Et un acteur occasionnel. Je suis toujours fort assidu à la Beaujoire, un peu moins la dernière saison. Tout ça fait que j’en ai entendu et j’en entends des vertes et des pas mûres ! Il y a les légendes qui ont la vie dure sur le rôle de la ville dans la première vente du club à la SOCPRESSE ; la vie des Saints qui nous est racontée sur le long fleuve tranquille qu’est supposée avoir été la maison jaune avant le péché originel commis par J.L Gripond, le limogeage de Raynald Denoueix ; la sincérité de ceux qui sont tellement attachés à ce club et à l’imaginaire qu’il véhicule encore qu’ils en oublient deux ou trois réalités incontournables ; la tentation de se tourner vers un passé révolu pour (re)construire un avenir. Deuxième épisode !


Jean-Luc Gripond, honni à Nantes, apprécié à Paris

J’ai souvent rencontré J.L Gripond. Le contact a toujours été courtois, franc, même si l’homme reste distant. Un marseillais atypique ! Traîné dans la boue à Nantes, il a été vite reconnu pour ses compétences dans les instances du foot professionnel. Un mystère. Peut-être est-il meilleur analyste de l’évolution du foot pro et de son économie que manager. Question de personnalité. Certainement plombé au départ par les conditions même de sa nomination, rejeté comme l’aurait été quiconque arrivant dans cette maison avec mission d’en prendre le contrôle, il a peut-être surtout péché par orgueil. Il s’est mis en tête de faire accepter au club, à ses caciques comme à ses jeunes cadres, un fonctionnement qui est certes celui de toute entreprise et de tous les grands clubs de foot : le propriétaire ou son représentant ont vocation à diriger l’ensemble du club et a obtenir – a minima – un « reporting » de tous ses secteurs d’activité. Las ! Ce n’est pas comme cela que ça marchait à Nantes ! Et c’est de l’intérieur que la planche a été savonnée à un Gripond qui regretta un peu tard de n’avoir pas constitué son propre staff. Trop de maladresses de comportement, de coups de malchance (des recrutements d’abord jugés malins se transformant en autant d’échecs) et traquenards internes (l’affaire Amisse-Landreau…) plus loin, il était proprement carbonisé et le club dans le trou, alors même que la SOCPRESSE avait tenu tous ses engagements financiers. Et surtout, la donne initiale allait changer du tout au tout. La stratégie de la SOCPRESSE (un club, un journal, une télé) volait en éclat lors de la vente du groupe par appartement. Désireux d’acquérir le Figaro, Serge Dassault devenait en même temps propriétaire d’un club de foot à l’insu de son plein gré. Je n’y étais pas mais j’ai tout lieu de croire que c’est vrai : Dassault expliqua un jour à un Gripond médusé que l’école de foot de Nantes ne pouvait pas être une bonne école puisque les élèves ne payaient pas ! On mesure l’ampleur du malentendu…

La photo officielle 2001-2002 - Un rapport qualité prix qui n'aura pas été terrible...

Entre-temps, J-L Gripond avait commis l’irréparable : le limogeage de R. Denoueix, héritier légitime du dépositaire du jeu à la nantaise, l’incontournable et emblématique J.C Suaudeau. C’était probablement une erreur. Mais je ne me souviens pas qu’à l’époque, des voix normalement influentes se soient fortement fait entendre de l’intérieur du club pour sauver le soldat Denoueix. Je me souviens même de la résignation attristée d’authentiques amoureux du FCN et de son jeu qui considéraient la décision inéluctable, décrivait de l’intérieur un homme au ressort cassé qui transmettait son spleen à son groupe et qui leur paraissait donc impuissant à faire rebondir l’équipe. On peut aujourd’hui penser qu’il le pouvait. Peut-être n’a-t-il pas su alors le faire valoir, y compris parce que rendre compte de son travail à un J-L Gripond devait dépasser son entendement. En tous cas, la nomination de Marcos était assez fine sur un plan politique : ancien joueur apprécié, entrainé par Arribas et grand buteur. Et son bilan sportif, jusqu’à ce que ses joueurs lui fassent la peau, n’est pas si mauvais : J-L Gripond m’affirma un jour que son nombre de points par match de championnat ne le situait pas bien loin du grand oublié des fresques des couloirs de la Beaujoire célébrant les grands hommes du club : un certain Jean Vincent.

Car, et JMA l’a souvent souligné en filigrane de ses prises de parole sur le FCN, c’est un drôle de panier de crabe que le FCN canal historique. Les rivalités de personnes, les luttes d’influence ne s’y effacent que pour laisser place à une union sacrée pour rejeter l’apport extérieur. On a pu parler de consanguinité dans un mode de développement et une histoire traversée par un insubmersible Robert Budzynski, sur le rôle duquel j’ai absolument tout entendu ! Le reproche d’avoir joué d’abord perso dans les moments de crise revient souvent dans la bouche des autres acteurs. Aussi souvent que la reconnaissance de sa grande compétence. En tous cas, il ne quitta le navire qu’après qu’il a coulé… Cap sur la ligue 2 ! Et enfin, Dassault se décida à vendre au terme du désastreux épisode Roussillon.

La moins-value, ce n’est pas une habitude chez Dassault ! Dans la limite (vite atteinte) de ce à quoi la ville peut juridiquement prétendre en terme d’information, dans la confidentialité entourant nécessairement ce genre de transaction, mais avec une certaine courtoisie, nous avons été informé des différentes pistes sérieuses (très très peu nombreuses en réalité…) pour le rachat du club. Nous avons été sollicité par un bon paquet de repreneurs potentiels que – et c’est encore vrai aujourd’hui – nous avons renvoyé inlassablement vers le vendeur, lui laissant le soin de nous présenter celui avec qui il envisageait de conclure. Ils avaient le plus souvent en commun une envie sincère de prendre en main le club, une incapacité à mettre sur la table l’argent réclamé par Dassault doublée de l’incapacité à risquer quelques millions supplémentaires (dizaines de millions ?) pour un avenir dépendant largement des aléas sportifs et de la fragilité extrême d’un groupe de footballeurs professionnels. Un seul candidat a eu tout à la fois : les moyens, la volonté, et une passion pour le foot entraînant une prise de risque objectivement déraisonnable aux yeux de ceux qui ont jeté l’éponge. Bref ! Un seul a été à la fois assez riche et assez fou : Waldemar KITA. (à suivre)

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3 Responses to “Le foot rend fou ! (II)”

  1. ber dit :

    Alors là, c’est à mourir de rire.
    Ce n’est pas parce que Jean-Luc Gripond est reconnu par la Ligue qu’il est compétent. Au contraire ! La Ligue est un nid d’incompétents notoires, comme le prouvent la façon dont sont dirigés les clubs. Gripond n’a rien compris au foot mais pas plus à d’autres secteurs : à son arrivée, il sortait déjà d’un échec retentissant à Prost Grand Prix. Rien compris à Nantes non plus en se présentant dès le départ comme un ancien assidu de l’OM, comme s’il s’agissait d’une référence. Difficile d’être plus bête.
    Que Denoueix n’ait pas été défendu au sein du club n’est pas une surprise. La force de Nantes a été son football et les techniciens qui l’ont conçu. Jamais ses dirigeants. Ces derniers ont surtout été bons quand ils ne se sont mêlés de rien, surtout pas de la technique. Le meilleur exemple est Fonteneau. Encore qu’il ait laissé un club en situation financière difficile, ce qui contribua à l’arrivée d’un premier mégalo, Bouyer. Mais le club a toujours été vicié, même parfois en son sein, par une opposition conformiste cherchant à mettre le commerce en valeur par rapport à la technique. Bouyer, rappelons le, avait mis Suaudeau sur la touche en 1988, opération qui avait abouti à 1992, même si entre temps l’alchimiste vendéen avait été rappelé pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Et il avait formé, avec Denoueix, une génération de jeunes joueurs, ceux de 1995. Lesquels eurent tout de suite leur chance parce que le club, enfin, était sur la paille, et n’avait plus d’argent pour acheter des éléments extérieurs, incapables. Pedros l’a souvent souligné, ce qu ne faisait pas plaisir. Recruteurs de pacotille, pourquoi vous toussez ?
    Dire que Marcos avait obtenu des résultats avant de venir à Nantes mériterait vérification. A Lorient qui était encore plus mal classé que Nantes lorsque le transfert s’effectua ? A Niort, c’est à dire en D2 ? Qu’il soit un bon analyste du foot d’accord, mais un bon entraîneur…A propos de Niort, c’est bizarre comme lorsqu’il y était il accomplissait souvent le voyage entre la Venise Verte et la Beaujoire. On lui a savonné la planche, mais lui, à l’époque, il préparait le terrain ?
    Il aurait donc fallu laisser travailler Denoueix tranquille, se soucier de l’être pour ne pas privilégier le paraître. Mais Gripond dans son genre tristounet était un produit de la société du spectacle, comme la plupart des dirigeants de clubs pros, comme Roussillon aussi, Guy Debord était vraiment un visionnaire.
    Jean Vincent grand entraîneur de Nantes ? Humn hum, là encore Gripond méconnaissait tout. Vincent, homme d’ailleurs charmant et technicien passionné, l’a été par les résultats mais pas par ses idées forces de jeu. Il n’en avait guère, il préférait laisser la liberté aux joueurs, position qui peut s’avérer positive quand on a un Henri Michel dans son équipe. Par deux fois au cours du règne de Vincent, il fallut faire appel à Suaudeau pour qu’il raccomodât les morceaux d’un style qui partait en lambeaux. Vincent n’avait pas sa place sur la fresque, l’illustrateur devait s’y connaître mieux que Gripond.
    La mois value n’est pas une spécialité Dassault, c’est vrai. Il a dû pourtant laisser quelque argent dans l’histoire d’un club qui ne l’intéressait pas. Mais le Figaro copense, surtout en terme d’image évidemment. Car vous croyez qu’il fait de la plus value avec ce journal ? Dassault aurait pu amener de la stabilité, comme le souligna un jour Landreau. Un propriétaire qui ne venait jamais au stade et qui ne se préoccupait jamais de rien, comme des conformistes le lui reprochèrent, mais c’était une aubaine. Seuelement il a laissé Gripond agir et son émissaire, Roussillon, se révéla trop faible, trop influençable, trop soucieux d’image, trop attaché aux opérations commerciales. Encore et toujours les mêmes travers !
    Quant à faire l’apologie de Kita, non merci. Riche et fou, vous plaisantez ! Ce sont les mêmes défauts que les autres, mais à puissance 10. Allez, Nantes en D3, avec sa cohorte de starlettes, son armée de dirigeants incompétents, sa municiplaité qui ne comprend rien, ou fait semblant, c’est pour bientôt. Bravo messieurs !

  2. pascal dit :

    Comme quoi la passion reste entière ! Deux réponses sur des faits, le reste étant une affaire de point de vue. La ville a eu des représentants au C.A de l’association. Ils étaient très minoritaires et les évolutions du foot pro vers toujours plus de business ne permettait justement plus cette implication, fruit de l’histoire mais génératrice de confusion sur les responsabilités des uns et des autres.
    Le FCN n’a jamais été en SAEM (Société d’Economie Mixte où une ou des collectivités publiques détiennent la majorité du capital) contrairement au LOSC, par exemple.

  3. tophitt dit :

    tophitt

    Le foot rend fou ! (II) | Pascal Bolo

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