Réussite éducative : les quatre vérités de Myriam Naël

C’est passé à peu près inaperçu et c’est bien dommage. Lors du dernier Conseil municipal, un débat a eu lieu sur la question de l’Education et sur les actions menées par la Ville pour la réussite éducative de tous les élèves. On en a trop peu parlé. C’est un peu ma faute puisque les gazettes ont trouvé alors plus rigolo de se concentrer sur mes échanges d’amabilité avec Jean-Philippe et François. Dans l’article sur la rénovation de l’Ecole Paul Gauguin, j’ai mis un lien vers l’intervention de Johanna Rolland. Il me manquait celle de Myriam Naël, qui est justement chargée de la Réussite éducative. Myriam a préféré attendre de disposer du verbatim de son intervention pour me la confier. Je l’ai en partie allégée des références à d’autres interventions dans le débat mais tout le contenu y est.

Myrian Naël au Conseil municipal

« Ce qui nous guide dans l’action pour la réussite éducative sur le territoire de Bellevue, c’est bien la capacité de mettre en cohérence l’ensemble des acteurs éducatifs du territoire, les enseignants, l’école, les parents, les acteurs associatifs.

Il y a un an maintenant, nous avons lancé une démarche de concertation et d’échanges avec les acteurs associatifs, car, pour nous, c’étaient, à l’heure actuelle, les interlocuteurs les moins reconnus comme de réels acteurs éducatifs sur les territoires.

J’entendais dire tout à l’heure, entre deux portes : « comment cela un club de boxe ne peut pas être un vecteur de réussite éducative ? » Nous, présentement, à la Ville de Nantes, nous affirmons que c’est possible. Lorsque certains clubs de boxe de quartiers nantais forment des jeunes, leur apprennent des règles, les amènent jusqu’aux championnats de France et participent de l’excellence de l’image de Nantes, nous nous devons de valoriser ce travail !

A Bellevue, nous avons travaillé et deux actions symboliques en témoignent, dont l’opération « carnets de vacances » déjà évoquée et qui est une plateforme d’activités de loisirs artistiques et culturelles, proposés par un certain nombre d’associations.

Nous avons commencé en octobre, il y avait six associations. En février, il y en avait vingt. Et aujourd’hui, pour la prochaine édition, nous en sommes à trente acteurs associatifs et institutionnels qui proposeront des activités en tout genre, par exemple : un « baptême de poney », la découverte du club de basket de l’Hermine, de l’aide aux devoirs tous les matins ou encore la « science en bas de chez soi ».

Il y aura une palette d’activités, l’objectif n’étant pas de recréer un centre de loisirs, comme certains auraient pu le croire, mais simplement de travailler à établir des passerelles et à accompagner les familles pour faire en sorte que, par la suite, ces enfants qui ne participaient pas forcément à des activités, puissent ensuite s’y inscrire de manière pérenne, et que l’on puisse également lutter contre les freins qui, d’habitude, empêchent ces enfants de participer à ces activités.

Je reviens sur un chiffre : 85 % des enfants qui ont participé à la dernière édition de « carnets de vacances », c’est-à-dire 500, n’avaient jamais bénéficié d’activités auparavant.
Et c’est bien cela le sens de notre action, c’est de lutter contre les inégalités, puisque, oui, l’école de la République est un vecteur de promotion sociale, particulièrement dans les quartiers populaires, mais, malheureusement, des inégalités se creusent en fonction du cadre extérieur de l’école !

Pouvoir avoir accès aux loisirs, à la culture – et je dirais même aux vacances, si je voulais aller plus loin mais nous n’en sommes pas rendus là, à l’heure qu’il est – cela permet aux enfants de grandir, de se construire et de devenir acteurs de leur propre vie, ce qui nous conduit au projet de réussite éducative.

Un mot sur la place occupée par les parents : les parents, sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Nous menons un travail avec eux sur le territoire et notamment une expérimentation. Ainsi, un pôle de ressources a été ouvert en janvier, le samedi matin justement.

En effet, il nous a été dit que de nombreux parents, aussi, trouvent dommage qu’il n’y ait plus d’école le samedi matin, parce qu’ils ont désormais beaucoup moins de liens avec les enseignants, ce que les enseignants notent également.

Ce pôle est donc ouvert le samedi matin et pour peu de temps, car c’était une expérience. De fait, nous n’avons pas de certitude en matière d’éducation, et nous sommes modestes. Nous n’étions pas certains que cela fonctionnerait et cela fonctionne : de nombreux parents se déplacent le samedi matin.

Il y a là l’ambition de créer un lieu d’accueil, d’information et d’orientation des familles, de construction avec elles de parcours individuels pour leurs propres enfants, pour les aider évidemment, dans la réussite scolaire, car je le redis, c’est le premier levier de l’émancipation individuelle, mais avec aussi, surtout, l’aspect des activités de loisirs.

Nous travaillons également sur le projet d’une équipe de veille éducative même si ce n’est pas exactement dans ces termes que l’on en parle présentement. On s’interroge, avec les acteurs associatifs et institutionnels, sur la création d’une équipe pluridisciplinaire sur ce territoire qui travaillerait à la fois à l’accompagnement individuel des familles et à la dimension collective des problèmes.

Je parle de la dimension collective, car tout à l’heure, on a parlé des NTIC. Mme Rolland a évoqué les nouveaux défis sur lesquels nous devrons travailler et notamment la fracture numérique.

L’Education nationale a effectivement aujourd’hui une ambition qui est la création d’environnements numériques de travail. C’est quelque chose de plutôt positif, il ne faut pas voir les nouvelles technologies comme des « petits diables ». Il faut en voir le positif.

Néanmoins, nous savons qu’un certain nombre de familles n’est pas équipé, n’a pas accès au net pour diverses raisons et sans stigmatisation aucune. Ainsi, c’est la question de l’appropriation par un certain nombre de familles qui nous interroge aujourd’hui.

Et donc, nous réfléchissons également très concrètement sur la façon de créer un espace numérique dans cet espace ressources familles puisque l’on aura prochainement dans les écoles et les collèges des environnements numériques de travail, et pour que l’on puisse travailler avec les familles, et qu’elles puissent réellement s’approprier cet outil.

Vous voyez quand on parle de cohérence, c’est exactement cela, et je le répète encore, en toute modestie.
Alors, c’est vrai, nous n’avons pas voulu parler d’éducation en faisant la liste de ce qui ne va pas. Nous avons souhaité parler de ce que, nous, nous entendons par le terme « éducation », à l’heure actuelle à Nantes.
Il y a un proverbe qui illustre bien les conditions de la réussite éducative, c’est le suivant : « il faut un village pour éduquer un enfant ». C’est un proverbe dont j’aime me servir, et qui guide nos actions. En effet, aujourd’hui, nous avons tous une responsabilité : les parents en premier, l’école, les associations, nous en tant que collectivité locale ; la nôtre étant de travailler en synergie avec les autres acteurs.

Je le dis, d’autant plus que dans le climat actuel, le repli sur soi est de mise, chacun accusant l’autre : « l’école ne fait plus son travail », « les parents démissionnent », « les éducateurs ne sont pas compétents », et j’en passe et des meilleures…

Nous, nous affirmons, à Nantes, que la réussite éducative et la réussite scolaire des enfants sont les premières préoccupations des parents, que l’absentéisme scolaire, dont certains aiment à parler, est avant tout un symptôme de mal être dont il faut aider les enfants et les jeunes à se sortir, plutôt que de sanctionner leurs parents.

Oui, les parents sont les premiers responsables de leurs enfants, et non, ils ne sont pas les seuls coupables ! Nous avons tous à nous interroger lorsqu’un enfant de douze ans ne croit pas en son avenir.

J’ai entendu un raccourci tout à l’heure entre les mots : « quartiers », « réussite éducative », « délinquance ». En ce qui me concerne, en toute modestie, aujourd’hui, lorsque l’on parle de réussite éducative, de la réussite des enfants – parlons de prévention avant de dire des « gros mots » – cela veut dire que nous réfléchissons à la façon dont nous allons aider ces enfants à se construire.

Parlons des quartiers populaires et de ce que fait l’Etat : actuellement, où en est le plan banlieue ? Ou en est ce fameux plan espoir banlieue ? Eh bien, en tout cas, l’espoir, je ne l’ai pas retrouvé avec ce plan.
Quant à nous – par exemple, un élément concret – lorsque l’Etat supprime la politique de proximité, nous réinvestissons l’espace public avec des médiateurs de rue à la sortie des écoles, pour permettre la discussion avec les enfants, au moment où ils en ont le plus besoin. Ainsi, nous leur rappelons parfois un petit peu les règles du vivre-ensemble.

Car les enfants, les jeunes, c’est une chose normale, à un moment donné, ils essayent de franchir les règles et les limites. Et c’est à nous, en tant que société composée d’adultes, de réfléchir à la façon dont on leur dit : « cette limite n’est pas à franchir », de manière très simple.

Je finirai mon propos sur l’école de la République, au-delà du désengagement de l’Etat – et pourtant, j’en avais parlé dans mon papier – et puis, après tout, avec ce que j’ai entendu tout à l’heure, j’ai quand même envie d’en dire quelques mots.

Alors, quant au fait que nous aurions gardé le même quota, c’est-à-dire un professeur pour 24 élèves.

Apparemment, nous n’allons pas dans les mêmes écoles nantaises ! A l’école de la Contrie, il y a 28 enfants en moyenne section ; à l’école Côte d’Or, il y a presque 30 enfants, moi je ne sais pas, mais nous ne sommes pas sur la même planète, Madame Garnier !

Et la réforme que Mme Rolland a évoquée tout à l’heure sur les seuils d’ouverture, nous n’allons pas faire de démagogie, ce n’est pas vrai ! Cela n’impliquera pas de fermetures de classes à la rentrée, mais en tout cas, il n’y aura pas les ouvertures de classes qu’il aurait dû y avoir si les seuils étaient restés tels qu’auparavant.
Donc, c’est bien la preuve, peut-être insidieuse, que, en effet, l’Education nationale, aujourd’hui, n’est pas une priorité pour l’Etat !

Quant à la scolarisation des enfants handicapés, bien sûr que nous sommes d’accord sur ce point à Nantes, il n’y a aucun problème ! Mais avec quels moyens ?

Ce qui nous a été dit au sujet des AVE, des AVS, c’est que les conditions de travail ne sont pas correctes, les profils de poste ne sont pas définis. Où est l’intérêt de l’enfant, là-dedans ?

En ce qui me concerne, je souhaite qu’un enfant handicapé puisse vivre avec les autres enfants, mais dans de bonnes conditions et qu’on lui permette de développer ses capacités comme tous les enfants, parce que c’est l’ambition que l’on a pour tous les enfants, quels qu’ils soient, quelles que soient les origines sociales, culturelles et professionnelles des parents ou les difficultés liées au handicap – dont tout le monde peut être la victime.

Un dernier point concernant l’école de la République comme premier levier de la promotion individuelle dans les quartiers populaires en particulier.

Oui, l’école s’est démocratisée, les parents y croient, et les enfants et les jeunes veulent y croire ! Mais les chiffres nous montrent encore que l’égalité des chances n’existe pas ; 50 % des enfants d’ouvriers seulement obtiennent le bac, contre 89 % des enfants de cadres.

Tout cela nous pousse à travailler pour lutter contre les inégalités sociales et c’est ce que nous essayons de faire au quotidien, dans la mise en place de nos politiques publiques.

Ce qui nous intéresse concerne aussi évidemment l’égalité des droits. C’est également ce sur quoi nous discutons avec nos partenaires institutionnels.

Et nous prenons nos responsabilités politiques, comme nous soutenons l’ouverture du collège du Pré Gauchet, la reconstruction du collège Stendhal, la demande de classe européenne à Stendhal, ou encore la demande d’une option ambitieuse au collège Debussy.

Oui, nous, aujourd’hui, nous savons reconnaître quand les choses vont mal et là où il faut faire plus, car les enfants en ont peut-être plus besoin.

Je crois que le message à l’heure actuelle est clair. La réussite éducative, à Nantes, c’est l’ouverture du champ des possibles pour tous les enfants et tous les jeunes, c’est ce qui guide notre travail également avec Patrick Rimbert, Johanna Rolland et Michel Plaze sur l’école de la deuxième chance. De l’innovation et de l’audace, de la cohérence, car l’éducation, c’est l’affaire de tous, et en toute modestie. »

Tags: , , , , , , , , , , , , , , ,

One Response to “Réussite éducative : les quatre vérités de Myriam Naël”

  1. Marc dit :

    L’égalité des chances est insuffisante – mais je compte sur le PS pour promouvoir surtout l’égalité des places !

Leave a Reply