D.S.P, vous avez dit D.S.P ?

La CGT avait fait un article dans son « Traminot ». La CFDT a distribué un tract aux élus le jour du Conseil communautaire le 23 octobre. Pour les deux, chacun dans son style et avec ses priorités, la même inquiétude : que sera le contenu du prochain contrat de Délégation de Service Public actuellement négocié entre la SEMITAN et Nantes Métropole.

J'ai aperçu le photographe. Beaux joueurs, ils m'ont donné la photo !

J'ai aperçu le photographe. Beaux joueurs, ils m'ont donné la photo !

Je résume : l’autorité organisatrice en charge des transports dans l’agglomération nantaise, c’est Nantes Métropole. L’opérateur exploitant du réseau, c’est la SEMITAN. Le contrat qui les lie est une Délégation de Service Public. Réglementation oblige, au terme de chaque contrat de ce type, une mise en concurrence doit être organisée, sauf si l’autorité organisatrice décide de reprendre l’activité en régie directe. La SEMITAN ayant été créée par l’agglomération nantaise pour exploiter son réseau de transports en commun, c’est la voie de la mise en concurrence qui est logiquement choisie. Les concurrents potentiels (Véolia, Kéolis…) n’ont pas jugé utile de s’y frotter. C’est donc avec la SEMITAN que Nantes Métropole négocie. On pourrait penser que tout cela se passe entre copains et que c’est réglé d’avance. Eh bien pas du tout. C’est une vraie négociation où tout le monde joue le jeu. C’est d’ailleurs la vertu de cette procédure qui oblige un commanditaire à remettre en concurrence l’outil dont il s’est lui-même doté, ce qui un peu bizarre ! On remet tout à plat, on ne considère rien comme acquis, on refuse la routine et chacun doit faire l’effort d’imagination, d’innovation, chercher les marges de progrès et d’efficience, le tout au plus grand profit de la mission de service public, des objectifs qu’elle sert et des habitants-citoyens-usagers-clients-contribuables. Nantes Métropole essaye d’avoir le maximum en payant le moins possible (c’est la communauté urbaine qui fixe les tarifs et assume les investissements lourds, matériels roulants en tête). L’entreprise SEMITAN cherche à obtenir le juste prix de sa performance et à ne s’engager que sur des objectifs atteignables. Evidemment, les représentants de salariés viennent veiller à ce que les conditions de travail, les salaires et les acquis divers ne soient pas les « variables d’ajustement », pour reprendre une terminologie que j’ai bien pratiquée. Chacun dans son rôle, quoi !

Au début, ça a frotté dur. Il faut dire que Nantes Métropole s’est adjoint un consultant (on appelle ça une Assistance à Maitrise d’Ouvrage) pour l’aider à construire son cahier des charges puis à analyser les offres. C’est tout à fait normal, à la fois compte tenu de la masse et de la technicité du travail à faire et pour avoir un œil extérieur toujours utile. Mauvaise langue comme je suis, et parce que mon rôle à moi dans cette affaire c’est de défendre la SEMITAN, je serais tenté de dire que Nantes Métropole aura au moins autant rendu service à ce cabinet (la D.S.P des Transports à Nantes, ce n’est pas une mauvaise référence…) que l’inverse. Voilà que ce consultant, ayant bien compris les désirs de son commanditaire (avoir plus et mieux pour le moins cher possible), s’est mis à produire des tableaux de chiffres et des courbes, qui laissaient accroire que la performance de la SEMITAN n’était pas terrible, voire médiocre, et que son offre manquait cruellement d’ambition ! Ils étaient juste un peu faux ou biaisés, surtout celui qui était affiché en gros avec des appréciations désagréables sur la productivité de l’entreprise et de ses salariés. Forcément, comme ces tableaux ont été diffusés sans trop de précautions, ça a fait un effet bœuf dans la boutique… Je me suis donc fâché tout rouge et la discussion a repris sur des bases mieux partagées (c’est joliment dit, non ?). Ces négociations sont en voie de se conclure après un travail assez colossal de la part des uns et des autres. On devrait aboutir en décembre à un contrat de délégation de Service Public à la fois ambitieux et réaliste. La SEMITAN devra démontrer qu’après avoir assumé un développement quantitatif du réseau exceptionnel, elle sait aussi répondre à une ambition équivalente dans ses effets en fréquentation et en performance sans qu’on tire 5 ou 6 nouveaux kilomètres de rails de tram ou de voie de Busway. Et Nantes Métropole devra, entre autres, donner à nos bus les moyens de circuler sans être englués dans la circulation, par des aménagements de voierie notamment. Plus de 40 M€ sont prévus pour ça dans les prochaines années. On devrait pouvoir faire deux-trois choses ! On pourra atteindre ces objectifs dans le respect des salariés, même sans  les niveaux d’augmentation de salaires qu’on a connu des dernières années (il y avait un rattrapage à faire par rapport à la moyenne des grands réseaux français et on y est) et même s’il n’y aura pas de gras.

Bref, pour ceux qui étaient inquiets (ou qui pensaient utile de le faire croire…) on peut affirmer que l’ambition de l’agglo nantaise en matière de transports en commun est intacte. La confiance dans la SEMITAN pour y faire face et la traduire en un service performant, de qualité, sans gaspiller ni l’argent du contribuable ni celui des clients, non moins intacte. Je vous fiche mon billet que dans 7 ans, au terme du contrat, Nantes sera à sa place : la première ou pas loin (Grenoble et Strasbourg ne sont pas mal mais en nombre de voyageurs, on est quand même devant ! ). Toujours grâce au Service Public et à ses agents.

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