Aux morts !

C’est jeudi dernier que le secrétariat des élus du Conseil général m’a appelé au secours : encore une fois, aucun vice-président n’a pu se rendre disponible pour assurer la représentation du Président aux cérémonies officielles de la Toussaint à Nantes. On peut comprendre qu’Yves Daniel ne soit pas ravi à l’idée de faire un aller-retour Mouais-Nantes un dimanche matin. Les autres, les Nantais en premier, sont très occupés. Bref, comme je suis l’élu de canton du cimetière de la Chauvinière, c’est moi qu’on appelle…et qui accepte. Et plus j’accepte, plus les autres refusent l’esprit tranquille, et plus on m’appelle…
Pourtant, les cérémonies patriotiques, à l’origine, c’est pas trop mon truc. Outre que des chansons de Brassens me reviennent immédiatement en mémoire (« La Rose, la Bouteille et la Poignee de Mains » n’est pas la plus connue), ma fibre naturelle est plutôt antimilitariste (ce qui ne veut pas dire pacifiste). Ce n’est même pas un bon moyen d’avoir sa photo dans le journal (ça peut être une motivation !), ou alors en tout petit, de manière anonyme dans un encart minimaliste que personne (à part l’élu(e) concerné(e) !) ne lira. Les enquêtes de lectorat sont formelles à cet égard, c’est Jean-Marie Biette qui me l’a dit.
Et pourtant, je considère que ça fait partie du job. J’ai finalement raté fort peu de 8 mai, de 11 novembre et de 14 juillet depuis mon premier mandat herblinois, même sans gerbe à déposer. Bien sûr, il y a des aspects d’un mandat bien plus attrayants que celui-là. En plus, il flotte tout le temps. Nous plaisantions sur ce sujet avec Jean-Louis Le Bouëdec, au cimetière de la Chauvinière, le jour de sa mort qui était aussi celui de l’anniversaire des bombardements de 1943 à Nantes.
Ce matin, on s’en est bien sortis. Pas de pluie à la Gaudinière pour les gerbes à la mémoire des morts « outre-mer » (vous pouvez traduire des guerres coloniales mais ils sont morts quand même), pour les soldats alliés, britanniques notamment, enterrés-là. A peine un début d’averse pour le mat central du cimetière de la Chauvinière et pour le monument à la déportation. Les trombes d’eau sont arrivées comme signal de dispersion. L’Etat ( le corps préfectoral) ne nous fait plus l’honneur de sa présence depuis 2 ans, et comme les militaires basés à Nantes ne le sont plus, il manque même ce côté apparat qui rehausse les cérémonies plus courues. Il faut dire que Nantes est une des villes qui commémore le plus. Les 50 otages, les bombardements de 43, le statut de Ville compagnon de la Libération et la tradition de la Toussaint scrupuleusement respectée sont autant de facteurs historiques générateurs de dépôts de gerbes venant s’ajouter aux plus traditionnels.
Quel sens ont aujourd’hui ces cérémonies ? Peut-on en alléger ou en supprimer ? Je n’ai pas de religion sur la question. Je suis juste très admiratif et respectueux du travail que fait Luc Douillard avec ses élèves de Michelet sur l’histoire des bombardements de 43 et sur la résistance à Nantes.
J’ai souvent entendu Yannick Guin expliquer qu’au devoir de mémoire, souvent invoqué, il préférait le devoir d’histoire. La mémoire est fragile, versatile, sélective et subjective, quand la démarche de l’historien se veut scientifique, basé sur des faits corroborés par des documents et témoignages établissant ou réfutant une thèse. J’en conclurai que si ces commémorations sont des moyens d’apprendre l’histoire, au-delà des discours cocardiers et des rites militaires pour lesquels on peut ne pas avoir d’attirance particulière, elles sont et seront utiles. Tout dépend de ce qu’on en fait.

Tags: , , , , , ,

One Response to “Aux morts !”

  1. […] bien travailler avec Chantal. C’est souvent elle que je retrouve les matins froids de dépôt de gerbes. Ça crée des liens. Et puis en lisant Ouest-France, je ne peux pas deviner ce qu’elle pense […]

Leave a Reply