Baeckeoffe et démocratie locale

Le Baeckeoffe est un plat bien plus typiquement alsacien que la choucroute. Je ne peux pas faire moins que de vous proposer un lien vers une recette prise au hasard dans un moteur de recherche. J’ai eu en effet la chance d’en goûter un grâce à l’hospitalité de nos amis strasbourgeois qui avait sollicité, entre autres municipalités, la Ville de Nantes pour participer aux tables rondes finales de leur Semaine européenne de la démocratie locale.

Le très bel hémicycle du Conseil de l'Europe

Le très bel hémicycle du Conseil de l'Europe

Je tire plusieurs enseignements de ce samedi strasbourgeois dans les locaux du Conseil de l’Europe, la plus ancienne de nos institutions continentales, qui réunit 47 pays y compris la Turquie. La première est que les interrogations qui sont les nôtres sur la nature, les finalités et les outils du dialogue citoyen sont partagées et que les réponses vont toutes dans le même sens. Etre en phase avec Lyon, Grenoble et Strasbourg, ça rassure ! Constater qu’on l’est aussi avec Fribourg, ville allemande référence pour ses quartiers écologiques, c’est bien aussi.

On n'est pas les seuls à le dire !

On n'est pas les seuls à le dire !

Sur les finalités, tout le monde est d’accord pour dire que l’enjeu n’est pas qu’une décision publique locale soit plusou moins démocratique selon qu’elle a fait l’objet d’une concertation à chaque stade de son élaboration, de sa mise en œuvre, puis de son évaluation. L’enjeu est sa qualité et sa pertinence tant au regard de la demande sociale à laquelle elle répond, qu’au regard  des valeurs et du programme de l’équipe municipale qui la porte. Le dialogue citoyen c’est mieux de démocratie. C’est une offre de l’institution publique que les habitants sont libres de se saisir ou non.

De même, la question de la représentativité des membres des instances consultatives mène à une impasse, tout simplement parce qu’on ne fait pas mieux que l’élection et que l’élection a eu lieu. Ce qui compte, c’est bien de faire émerger une parole de ceux qui ne la prennent pas assez, et de veiller à la diversité de la composition des instances. D’où le tirage au sort ou un appel au volontariat dépassant les formes habituelles de la représentation de la société civile. Il n’y a ainsi pas de conflit de légitimité entre les instances consultatives et les élus, mais bien une opportunité que la décision des élus soit meilleure et plus adaptée en prenant en compte les avis et préconisations des citoyens consultés.

Merci à Sandra pour la photo !

Merci à Sandra pour la photo !

Sur les conditions de la réussite, la clarté, la transparence, la sincérité des dispositifs de concertation et des processus décisionnels apparaissent fondamentaux.  Il faut des règles du jeu partagées. Il faut que les citoyens consultés puissent faire savoir et faire valoir ce qu’ils font. Il faut qu’ils puissent aller à la rencontre des habitants. Strasbourg a doté ses 10 conseils de quartier d’un budget autonome de fonctionnement de 10000 € par an. Un site internet spécifique a été ouvert. Bref, ça coûte un peu d’argent, mais c’est de la bonne dépense. Notons d’ailleurs que le département du Val de Marne a fait figurer cette affirmation de la légitimité des budgets consacrés à l’expression citoyenne dans sa charte récemment adoptée.

Dernière observation, en attendant les conclusions et actes de ces débats passionnants, les Strasbourgeois ne sont pas moins exigeants que les autres ! L’expression des membres des conseils de quartier, comme de leur Conseil Consultatif des Résidents Etrangers  (équivalent de notre Conseil Nantais de la Citoyenneté des Etrangers), comme de leur Conseil de Jeunes a été franche, directe et sans concession !

Robert HERMANN, le 1er adjoint strasbourgeois qui en charge de cette thématique était venu à Nantes avec son équipe dès l’après-municipales pour échanger sur nos pratiques en la matière, le bilan que nous en tirions, et les perspectives qui étaient les nôtres. Ils sont aussi allés passer une semaine au Québec, voir ce qui se fait à en matière de participation des citoyens aux décisions publiques locales. Ce qu’ils nous ont décrit est assez ébouriffant !

En tous cas, la capacité d’innovation des Strasbourgeois et leur prise de risque au regard des formes habituelles de gouvernance locale sont remarquables. Si on peut leur voler une ou deux bonnes idées, ils ne nous en voudront pas ! Comme ce site internet dédié à la démocratie participative par exemple. www.vous aussi.org

Prochains rendez-vous : la mise en place du nouveau groupe de travail de l’Association des Maires de Grandes Ville de France et une nouvelle rencontre à Grenoble, fin mai, avec, je l’espère, des membres de nos nouveaux conseils de quartiers.

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