Warning: Missing argument 2 for wp_widget() in /homez.307/pascalbo/www/wp-includes/widgets.php on line 76
Rénovation ou lutte des places ? | Pascal Bolo
Rénovation ou lutte des places ?
Posté le 11 octobre 2009
Catégorie Aimons les socialistes !, Politiquement incorrect | 2 commentaires

La politique, américaine mais pas que, (et le cinéma américain), nous enseigne que les politiciens défenseurs de l’ordre moral, vantant leur propre rigueur, sont souvent ceux qui dissimulent le plus de turpitudes et d’entorses à la vertu qu’ils portent en sautoir. Ce n’est pas une nouveauté, se souviendront les lecteurs du Tartuffe.

C’est un peu pareil avec la tarte à la crème de la rénovation. Je ne voudrais certes pas casser l’ambiance, et je lui reconnais bien des effets positifs, mais je n’ai pas été si fâché que ça de rater le vote du 1er octobre au P.S. Qui ne votait pas tout ce qui était proposé était immédiatement taxé de ringard favorable au cumul des mandats (ouuuhhh !), d’archaïque faisant obstacle à l’émergence d’une génération nouvelle (re-ouuuhhh !), voire même de partisan de Ségolène (je plaisante, car on a finalement fait tout ce qui avait été agité comme épouvantail pour qu’elle fût battue après Reims). J’ai donc éprouvé un très lâche soulagement en ne votant pas. Je ne dis pas que c’est glorieux.

Un FRAP du 5 septembre 2008 (paru dans Ouest-France)

Un FRAP du 5 septembre 2008 (paru dans Ouest-France)

Mon problème est le suivant : tant que le P.S n’a pas réglé sa schizophrénie de parti social-démocrate parlementariste, comme en atteste ses modes de fonctionnement historiques (proportionnelle interne…), ayant du choisir entre des candidats Premiers secrétaires dont aucun n’était parlementaire lors de son dernier congrès (incongruité !) ; conjurant le risque de devenir un « Parti de supporters », mais trop visiblement dépendant d’un leadership fort (capable d’incarner la dimension spirituelle de la politique indispensable à un présidentiable sous la Vème république dirait Stéphane Rozès), sa force et la base à partir de laquelle il peut rebondir nationalement reste ses élus locaux, fussent-ils affublés du sobriquet de Barons de province. Or, ce qu’ils ont construit de politiquement solide, ils le doivent à des implantations durables, à des réélections après des élections, et à des succès et mandats nouveaux acquis grâce à la crédibilité acquise par l’action. Bref, sur le cumul et la durée soit tout ce qui est désormais interdit. Je crains donc que ce vote n’ait en partie consisté à scier la branche sur laquelle nous restons assis, la recherche de nouveaux modes de fonctionnement interne étant naturellement bienvenue.

Si nous avions réglé les questions  de fond, oserai-je dire de pensée, cela pourrait faire partie d’un mouvement global et cohérent. Mais force m’est de constater que, sur l’Europe, pour ne prendre que cet exemple un tantinet essentiel, nous nous sentions tellement sûrs de nos positions et sommes apparus tellement clairs et cohérents que nous avons préféré faire une campagne anti-Sarkozy et que Cohn-Bendit (pro-européen, charismatique, libéral et fédéraliste) nous a mis une rouste en se permettant d’asphyxier un Bové passé aux oubliettes. Pas un socialiste ne peut affirmer autre chose que la nécessité du dépassement du traumatisme de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen. Sauf que ça n’est pas réglé. En fait, pas grand chose n’est réglé. Et je reconnais à François Hollande une vraie lucidité là-dessus, lui qui a du à deux ou trois reprise en 10 ans mettre la rénovation de la pensée socialiste et les choix clairs qu’elle suppose entre parenthèses, obligé qu’il était de sauver l’unité d’un parti en risque d’éclatement.

C’est bien quand on ne tranche rien sur le fond et qu’il n’y a pas d’autorité incontestable qui mette tout le monde en rangs solidaires, qu’on se rabat sur l’organisation des luttes de pouvoirs et sur la distribution des postes. Et c’est là que le thème de la rénovation (qui est évidemment nécessaire) en vient à se substituer à la réflexion collective parce qu’il est commodément manichéen, surtout pris par le petit bout de la lorgnette du cumul des mandats. Sauf que derrière, il n’y a rien d’autre qu’une lutte des places et l’impatience de quelques égos surdimensionnés. Les plus grands zélateurs de la rénovation et les chantres les plus ardents du renouveau générationnel ont bien des chances d’être les Tartuffe d’aujourd’hui. « Cachez ce cumul que je ne saurais voir en Saône et Loire ou à Evry ! » « Laurent, serrez mon caban avec ma discipline ! ». (1)

Ma secrétaire de section observait le lendemain du vote du 1er octobre, le décalage important entre le débat , qui avait fait apparaître un profond scepticisme sur le processus en cours, et un vote très majoritaire qui apparaît dès lors plus comme le respect d’une prescription à l’efficacité de laquelle on ne croit guère, mais inévitable.

Nos camarades de l’Hérault n’ont-ils pas le même soir plébiscité la rénovation (avec un taux de participation inconnu ailleurs) et Georges Frêche ?

Y a comme qui dirait du boulot…

Courage Martine, les vrais rénovateurs sont avec toi ! On la rénovera  la Vieille Maison !

________________

(1) Tiens ? C’est bizarre ! J’évoque les mêmes qui se sont commis dans une chasse à l’homme pas bien honorable au nom de la morale…

______________________________________________________

Débattons-en !

Si vous souhaitez poster votre avis, participer au débat ou tout simplement exprimer votre point de vue, cet espace est le vôtre.

Votre nom (obligatoire)

Courriel. (obligatoire)

Site web

Commentaires

2 commentaires
  1. Bertrand 18 f 2009 18 h 47 min

    Comme souvent, tu emploies des arguments convaincants, qui le sont surtout dès lors qu’on aborde les thèmes avec le même prisme que le tien. Or, étant encore pourvu par Dame Nature d’une vue me permettant de me passer des carreaux qui ornent le bas de ton auguste front, je ne perçois pas les phénomènes avec le même regard que toi, mon cher Pascal. La démonstration aboutissant à légitimer le cumul des mandats est normale quand on la vit soi-même, et quand on a travaillé longtemps à la permettre pour son patron politique (tu remarqueras l’élégant passé).
    Cependant, je ne peux croire que tu restes sourd aux protestations de plus en plus assourdissantes qui nous remontent de nos concitoyens. Le cumul des mandats est un héritage de notre république, pas bien glorieux, et conceptualisé, en son temps pas un VGE pour une fois lucide. Aujourd’hui, les citoyens ont évolué, sont mieux formés ; les fonctions permettent plus souvent d’obtenir des indemnités (ce qui n’était pas toujours le cas avant la décentralisation), et nos concitoyens le savent.
    Donc, on peut vouloir continuer comme avant, ou on peut tenir compte du fait que un socle de citoyens plus nombreux peuvent accéder aux fonctions électives. Donc, il nous faut transformer notre façon de faire, pour ouvrir la possibilité à ceux qui le veulent de participer à la vie politique de notre pays (ta fameuse « lutte des places », terme qu’emploient surtout des gens « placés » pour disqualifier ceux qui osent contester leur place !). Sans compter qu’interdire un mandat parlementaire avec un mandat exécutif, ne serait-ce pas davantage dans l’esprit de la séparation des pouvoirs ? D’un côté « la lutte des places », de l’autre « le pouvoir arrête le pouvoir », le choix ne pose après tout qu’une question de principe !
    Courage, Pascal, tes 11 visiteurs méritent que tu approfondisses la question !

  2. pascal 18 f 2009 22 h 36 min

    Depuis l’APRODEL (pardon aux non initiés pour cette référence codée et amicale !), nous avons l’habitude d’être d’accord sur beaucoup de chose cher Bertrand ! Donne-moi une république vraiment décentralisée, reconnaissant les pouvoirs locaux, avec un vrai statut de l’élu, une loi instaurant le mandat parlementaire unique (y compris celui de Sénateur) et je te suivrai sans réserve ! Le chemin est évidemment celui-là. Ce qui m’inquiète ce sont les effets d’un « unilatéralisme » proclamé pour de mauvaises raisons, et une difficulté persistante à apporter des réponses à tout le reste.