Mon goût ? On s’en fout ! (II)

janvier 13th, 2017

…Donc, il faut choisir entre les 7. En fait, entre 4. Non que je méprise Sylvia, Jean-Luc et François (qui a été excellent au débat d’hier soir), mais je suis socialiste.

Par surcroît, j’entends que mon choix soit une réponse à la question posée : qui peut le mieux porter les couleurs de la gauche de gouvernement à la Présidentielle du prochain printemps, c’est à dire saisir les chances qui nous restent de la gagner et qui sont réelles ! Toujours mon pragmatisme de compétiteur électoral… Aucun des 3 sus-prénommés ne me semble en mesure de tenir ce rôle. Leur candidature est donc de témoignage et il faut leur rendre hommage et grâce de n’avoir pas jugé nécessaire de la porter au premier tour de l’élection elle-même.

Sur les quatre, je dois reconnaître une erreur : j’avais raillé Benoît au point de lui suggérer de se retirer pronostiquant qu’il ne ferait que de la figuration. J’ai eu tort. Il est porté aujourd’hui par une vraie dynamique et a le mérite incontestable de porter une des rares propositions originales de cette campagne, le revenu universel (je n’y suis pas favorable). Son programme et son positionnement sont cohérents et il cause bien dans le poste. Je n’y crois ni comme candidat et encore moins comme Président mais il aura peut-être le mérite d’éliminer Arnaud du second tour : il rendrait ainsi un signalé service à la gauche tout entière !

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 9-01-2017

Dessin de Xavier Gorce – www.lemonde.fr – 09-01-2017

Car enfin Arnaud est pour moi incorrigible. Je lui reconnais une audace intéressante : le tirage au sort de sénateurs. Je doute fort qu’on puisse trouver une majorité pour voter une telle réforme constitutionnelle mais c’est tout à fait novateur. Pour le reste, désolé, mais cela fleure bon les années 70. Je ne crois pas un instant à ce programme de relance nationale financée par le déficit. Son programme est un peu celui qui a été inopérant en 1981. Son début d’application amena au tournant de la rigueur deux ans plus tard, déjà parce que le poursuivre aurait signifié se mettre au ban de l’Europe naissante, avec infiniment plus d’inconvénients que d’avantages. 35 ans plus tard, le niveau d’intégration européenne s’étant tout de même élevé, malgré l’échec politique du Traité Constitutionnel Européen en 2005 dont il a été un des acteurs funestes, je ne vois pas comment cette solution « nationale » pourrait nous apporter quoi que ce soit de bon.

Il en reste donc 2.

Ils ont de mon point de vue le mérite commun d’assumer, voire de revendiquer le bilan. C’est pour moi non seulement une question de morale mais aussi une question d’efficacité électorale : je ne crois pas à l’efficacité d’une posture de dénigrement du quinquennat au-delà des cercles militants. Dénigrer, Mélenchon le fera toujours mieux que nous ! Revendiquons donc ce bilan sous réserve d’inventaire, bien sûr. Vincent a un peu omis de le faire lors du débat d’hier soir et Manuel semblait porter un fardeau à chaque fois qu’il prononçait le mot « assumer », sans toujours illustrer cette noble attitude, mais la posture politique me paraît être la bonne.

Ils ont l’un et l’autre la stature d’homme d’état qui convient même si Manuel a un réel avantage sur ce point : son expérience de chef de gouvernement après un ministère régalien en période de crise des attentats et son goût « clémenciste » (dixit l’inoxydable Alain Duhamel) de l’autorité républicaine collent bien au moment où nous sommes. Une Présidentielle, c’est aussi affaire de circonstances…

Je n’approuve totalement le projet d’aucun des deux. La défiscalisation des heures sup’ de Manuel et la réforme constitutionnelle de Vincent ne me plaisent pas. Mais ces deux projets sont parfaitement compatibles et complémentaires, ce qui laisse bien augurer de leur rassemblement derrière celui qui sera devant pour le 29 janvier. J’avoue ne pas envisager leur élimination conjointe, qui ne pourrait naître que d’un partage trop égalitaire des voix des électeurs sociaux-démocrates, et qui ouvrirait un boulevard à Macron.

Car c’est bien là qu’est mon dilemme.

Très franchement, le positionnement politique de Peillon est celui qui me correspond le mieux. Si nous préparions un congrès socialiste, c’est sa contribution que je signerais. Intellectuellement brillant, orateur talentueux, il est celui qui, dans ce casting, m’est le plus politiquement proche, sur un positionnement social-démocrate assumé, occupant cet espace charnière laissé vacant par le renoncement de François Hollande. Le référendum de 2005 reste un désaccord fondamental et il fait partie de ceux à qui j’en garde rancune 12 ans après. Au moins parle-t-il d’Europe en reconnaissant que nous n’y sommes pas seuls et n’avons pas vocation à décider pour tout le monde à grands coups de menton. Bref, mon goût, c’est Vincent Peillon.

Et pourtant je vais voter pour Manuel Valls.

Je vais le faire malgré ce que je peux penser d’un sens de la loyauté un peu spécial et d’une ligne politique qui n’est pas la mienne.

Parce que la présidentielle ça n’est justement pas un congrès du Parti Socialiste.

Vincent a en effet des handicaps majeurs par rapport à Manuel pour une compétition où l’incarnation des idées qu’on porte est à ce point importante.

Son passage à l’éducation nationale, dont il a rappelé lors du débat quelques épisodes bienvenus, a quand même été marqué par la maladresse avec laquelle il a lancé la (bonne) réforme des rythmes scolaires, sans une once de concertation avec les communes, ni d’anticipation des difficultés péri-scolaires qu’elles allaient rencontrer. Même si nous avons eu beau jeu de souligner que les villes ayant déjà une vraie politique éducative s’en sortaient mieux que les autres, l’adjointe nantaise à l’éducation de l’époque, une certaine Johanna R., avait pas mal ramé… En politique aussi, c’est au pied du mur qu’on voit le maçon…

Son second handicap tient dans son effacement de la vie publique après son départ du gouvernement : recasé au parlement européen (cette manie du P.S de servir du parlement européen comme d’un purgatoire pour recalés du scrutin uninominal ou privés de leur maroquin…), il ne l’a guère fréquenté et est allé cachetonner en Suisse comme prof’ de philo en écrivant des polars. L’éloignement peut parfois être ressourcement, prise de distance bienvenue. Mais l’improvisation manifeste de sa candidature ne lui permet pas de capitaliser sur ce retrait momentané. La période requiert une posture d’autorité crédible. Régulariser en urgence un arriéré de cotisation n’est pas, au-delà de l’anecdote, le meilleur moyen d’incarner cette rigueur de comportement alliée à la hauteur de vue que nos concitoyens attendent d’un président.

La candidature Peillon aurait pu être la bouée de sauvetage des orphelins de François Hollande. Force m’est de constater que la mayonnaise ne prend pas, que la dynamique n’y est pas.

Dès lors, l’efficacité commande le vote Valls, même si, par exemple, sa défense de la laïcité n’est pas la mienne. Parce que je pense qu’il est le mieux capable, aujourd’hui, par la force que doit lui donner sa désignation par un collège électoral nombreux, de porter les couleurs de la gauche qui veut gouverner. C’est un choix de raison bien plus que de passion, de responsabilité bien plus que d’empathie. De solidarité avec Johanna, un peu aussi, pourquoi le cacher ? A lui, désormais d’être à l’écoute des exigences de ceux qu’il entend rassembler. Ce n’est pas un chèque en blanc que je lui signe. Parce que mon goût, ce n’était pas ça. Mais mon goût, on s’en fout…

Mon goût ? On s’en fout ! (I)

janvier 12th, 2017

Oh misère ! En pleine déprime hivernale, alors que les luminothérapeutes font leur beurre, je cherche la lumière dans la primaire de la gauche… « Elle est où, la lumière elle est où ? » Pas gagné…

Tout ce qui s’est passé de majeur en politique dans ce bas monde depuis quelques mois relevait de l’impossible quelques semaines avant de se produire : la Brexit, Trump, le facho autrichien à 47%, la désignation de Fillon, le renoncement de Hollande…

Alors pourquoi que François il reviendrait pas ? Hein ?

Franchement, ce n’est pas pour me vanter mais jusqu’ici, j’ai eu raison. Raison de le soutenir avant même 2011 : il a gagné. Raison de refuser d’analyser son quinquennat comme un échec : son bilan sera célébré dans 10 ans comme un truc génial par ceux-là même qui vilipenderont le social-traitre téméraire qui aura gagné une élection prochaine. Et déjà, l’amélioration de la situation économique et sociale ne peut plus être niée par personne. Raison de considérer que son renoncement ne résoud rien : de Noblecourt à Legrand, on nous explique que la bulle Macron ne se décidant pas à péter, le forfait du candidat de la Belle Alliance Populaire de Cambadélis (qui sont les andouilles qui ont pondu un truc pareil ?) n’est qu’une question de temps.

frap7janv1-webDonc, mon plan A à moi, c’est que constatant que décidément, sans lui, c’est le bazar, François revient, les autres comprennent enfin qui c’est Raoul et hop ! On renvoie Fillon à Sablé et Le Pen chez son père. « C’est pas possible ! » me répond l’écho. Ok, c’est à l’évidence improbable. Alors, je garde cet espoir dans un coin de la tête et je passe au plan B.

Examinons les hypothèses.

D’abord Macron. Bulle ou pas bulle, la dynamique est évidente. On serait bien inspiré de ne point la considérer avec condescendance. Outre le nombre de spectateurs de ses meetings (même en enlevant les touristes, ça fait du monde), je suis frappé de la diversité de ses composantes. Que des gens le soutiennent parce que Valls serait trop à droite (y en a !) laisse songeur. Que des militants issus des quartiers populaires soient séduits par cette dynamique, alors que le gus sait à peine que la politique de la ville existe et que la pauvreté et la précarité sont pour lui des données macro-financières, ça en dit long sur l’épaisseur du brouillard qui nous entoure. Il y a un engouement Macron qui n’est pas sans rappeler l’engouement Royal en 2006. Avec des différences, mais avec en commun cette recherche « d’autre chose ». Reconnaissons qu’il a préempté la modernité sociale-libérale, « cornérisant » le pauvre Manuel débordé sur sa droite. Macron m’apparaît donc comme le candidat des gens de gauche (et pas que), qui veulent renverser la table, mais qui trouvent que Le Pen et Mélenchon sentent le pâté à l’ail, ce qui est exact par ailleurs.

Sauf que, quelle qu’en soit l’incarnation, le renversement de la table ne construit rien. Sauf que les hommes providentiels, c’est pas mon truc. Même si la Présidentielle, sous notre République 5ème du nom, c’est la rencontre d’un homme et d’un pays, il faut s’appeler De Gaulle ou bénéficier d’un heureux concours de circonstance comme Giscard, pour échapper à la règle qui veut que, sans un parti politique puissant derrière, on ne gagne pas une présidentielle. L’aventure individuelle peut certes devenir collective. Que Noblecourt et Legrand aient raison et que le candidat issu du 29 janvier se casse la figure, et les socialistes se retrouveront derrière Macron à l’insu de leur plein gré lui offrant la structure politique qui lui manque. Finalement, ce scénario donne raison à Martine Aubry en pire : tout ce que les frondeurs auraient gagné à pourrir le quinquennat Hollande non pour ce qu’il aura fait, pas fait, mal fait (on trouve toujours!) mais parce que c’était leur seul objectif dès son élection, c’est de mettre Macron (et même pas Valls!) sur orbite. Faut-il pleurer, faut-il en rire ?

En attendant ce scénario possible, je persiste à dire que la démocratie sans partis politiques, ce n’est pas la démocratie. Ou pas longtemps.

Le P.S d’Epinay est vieilli, usé, fatigué ? Certes.

Son appareil est à bout de souffle, squatté par des Fabien Verdier hallucinant de suffisance et d’insuffisances ? J’admets.

Il n’a pas été capable de bosser suffisamment quand il était dans l’opposition et se retrouve à poil sur le plan idéologique pire que beaucoup de ses homologues européens dans une social-démocratie en crise ? Je souscris.

Mais je constate que depuis plus de 100 ans, on l’a enterrée bien des fois et qu’elle est toujours là, la vieille maison… Toutes les tentatives de la remplacer ex-nihilo se sont soldées par des échecs, l’extrême-gauche souffrant de maladies infantiles nommées scission et syndrome groupusculaire dont elle est inguérissable et qui flinguent immanquablement toutes les tentatives de rénovation. Nuit Debout est le dernier avatar connu… Qui peut un jour représenter un espoir pour les progressistes de confronter leurs rêves à la réalité par l’exercice des responsabilités gouvernementales, dans un cadre démocratique ? La social-démocratie… Le Parti Socialiste, seul capable de former un axe majoritaire fédérant la diversité de la gauche.

Il y aura toujours des gens pensant que la coopération est plus efficace que la compétition, que la solidarité organisée collectivement vaut mieux que la charité individuelle, que les inégalités ne sont une fatalité ni humaine ni divine, que notre destin individuel et collectif n’est pas écrit, que la fraternité et la bienveillance sont mieux porteuses d’avenir que la ségrégation et la méfiance, que le progrès et le mouvement mènent plus loin que le conservatisme et le regret « d’avant ». Bref, il y aura toujours une différence entre la droite et la gauche.

Donc, Macron, pour moi, aujourd’hui, c’est non.

Donc, il faut que la primaire des 22 et 29 janvier soit un succès de participation pour porter le candidat qui en sera issu, si on veut gagner la présidentielle (yes, we can !), et nous avons le devoir de la gagner.

Donc il faut se bouger pour convaincre que là est la bonne méthode.

Donc il faut choisir un candidat.

François Hollande ? « On t’a dit non ! » répond l’écho.

Et merde…

(à suivre)

Pas plus avancés…

décembre 2nd, 2016

De quel problème le renoncement de François Hollande est-il la solution ? De son problème à lui : ne pas risquer une humiliation annoncée à une primaire d’abord ou, si cette étape était franchie malgré tout, à l’élection présidentielle ensuite. Notre problème à nous reste entier : nous en avons plusieurs en trop. Un paquet, même… Et son renoncement n’en résout aucun.

Parfait dessin-édito de FRAP du 2-12-2016 http://frap-dessins.blogspot.fr/

Parfait dessin-édito de FRAP du 2-12-2016
http://frap-dessins.blogspot.fr/

J’avais usé de mon droit de garder le silence après la parution de ce bouquin catastrophe, sorte de suicide politique (au moins n’a-t-il agressé personne sexuellement…), symptôme ultime du syndrome Hollande parfaitement décrit par Stéphane Rozès et que j’avais relevé dans un précédent billet : un refus obstiné de prendre en compte la dimension symbolique de la fonction présidentielle, cette relation si particulière qui lie le chef de l’État à ses concitoyens en France et qui échappe aux logiques économiques et sociales. C’est cela, bien plus qu’un bilan très honorable, qui aura contraint mon favori à renoncer. Je ne reviens pas sur la manière dont il a puissamment été aidé par les uns ou les autres dans une stratégie d’empêchement finalement efficace. Le devoir de se représenter dont je le chargeais s’est mué en devoir de ne pas ajouter à la dispersion de la gauche, dès lors qu’il n’était plus en mesure de la rassembler. Quel dommage d’avoir accepté de jouer le jeu de la primaire contre toute logique institutionnelle et de se trouver coincé par cet engagement hâtif !

Mais tristesse et regrets n’y changeront rien : même dans un monde politique sans repère ni lisibilité, ce qui permet d’échafauder les scenarii les plus tordus avec une chance qu’ils se réalisent, l’élection se fera sans le sortant.

Grâce rendue au panache et au sens de l’intérêt supérieur de la nation de mon Président, je me tourne donc vers les postulants déclarés ou supposés. Puisque sa lucidité est unanimement saluée, qui sera le prochain lucide à considérer que, n’ayant aucune chance d’être élu ni en janvier ni en mai, son devoir est de renoncer, s’attirant ainsi respect et considération mérités. J’ai essayé une fois… Ça marche pas mal ! Je l’ai suggéré à Benoit Hamon (c’est lui qui m’est tombé le premier sous le tweet, ç’aurait pu être dame Lieneman ou sieur Filoche). Qu’avais-je fait là ? Et pourtant, qui peut sérieusement croire, plus que pour Hollande, que Benoit a une chance de faire autre chose que de la figuration à la primaire. Qui peut croire qu’ayant miraculeusement franchi cette étape, il serait élu à l’Elysée ? Eh bien, je me suis fait agonir par ses partisans. La lucidité est visiblement la qualité dont les autres doivent s’armer. Ou alors elle est tellement bien partagée entre tous que plus personne n’en a suffisamment ! Ou les petits calculs, plans foireux tirés sur d’incertaines comètes à plusieurs coups d’avance, histoire de monnayer au mieux son petit pécule électoral, continuent de dominer la réflexion des écuries les plus modestes.

Car les raisons qui me faisaient appeler de mes vœux irréalistes l’impossible candidature de notre Président ( tout le monde l’aime depuis hier soir) sont toujours là. Un camarade de section faisait remarquer que l’espace politique laissé vide par le renoncement hollandien était conséquent : de Macron à Mélenchon. Bien vu ! C’est effectivement François Hollande qui « couvrait » ce large spectre par lui-même ou sa capacité à rassembler. A ceux qui ont efficacement aidé à son empêchement et qui vont concourir dans et hors de la primaire de le remplir. Par un projet, par une incarnation « présidentielle » de ce projet, et par un début de dynamique centripète de rassemblement. J’attends.

Trêve des confiseurs déduite, z’avez 5 semaines !

Étonnantes surprises et constatations banales

novembre 27th, 2016

Prenez tous les scrutins à deux tours de ces dernières années : le second tour amplifie toujours la dynamique du premier. Ou presque : seules les élections où le Front National est apparu en position de gagner au soir d’un premier tour ont connu ce fameux sursaut appelé de leurs vœux par tous les perdants d’un initial dimanche. Mais jamais au profit de la gauche.

Dessin de Xavier Gorce Le Monde.fr 28-11-2016

Dessin de Xavier Gorce Le Monde.fr 28-11-2016

Il y a pourtant des commentateurs pour être surpris que la participation augmentée du second tour de la primaire de la droite n’a pas rééquilibré le duel Fillon-Juppé, bien au contraire. Qu’importe les fondements de cette quasi-loi, c’est une réalité. Il y a des fondamentaux, en politique. Des constantes. Non que les citoyens n’expriment pas sincèrement des aspirations à changer, à renouveler, pratiques et personnels politiques. Mais au matin du vote, les lois fondamentales reprennent le dessus. Celles qui attestaient de la correspondance entre la personnalité et le programme de Fillon avec les aspirations profondes du peuple de droite (et pas que…) au moment où nous sommes, ont surpris les sondeurs dans leurs prévisions électorales. Pas les analystes des enquêtes qualitatives et des baromètres au long cours, même si les réalités politiques profondes qui étaient sous leurs yeux ont pu leur échapper, l’enquête d’intentions de vote écrasant tout à sa parution. La surprise était inscrite dans des données parfaitement disponibles : honneur aux rares qui ont su les lire à Washington comme à Paris. Car le phénomène est observable dans toutes les démocraties.

Ces fondamentaux, je me permets d’en rappeler quelques uns, concernant la présidentielle vue de la gauche. J’en tire la conclusion que le Président sortant est au point d’équilibre de toute la gauche, et qu’il y est seul. Que sa légitimité ballotée et contestée reste la plus forte, et que l’interaction, l’alchimie entre système de partis, institutions et contexte politique, font de sa candidature une occurrence souhaitable si on souhaite la victoire de la gauche.

On m’en déduit autiste, désemparé, sourd aux colères populaires, aveugle aux insatisfactions de tous ordres et à un bilan qui serait détestable. On me présume idolâtre, agent obstiné d’un champion en perdition. Je reconnais que je porte la fidélité et la loyauté au plus haut dans ma conception de l’action politique et que je préfère perdre avec mes convictions qu’en tentant d’épouser l’air du temps. A chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance…

François Hollande prendra peut-être la volée qui lui est promise. Ou pas. Je reste convaincu qu’il reste le candidat de la gauche le mieux placé (ou le moins mal, et alors?) pour convaincre une majorité de Françaises et de Français que le progrès reste une belle idée en ce début de siècle « réactionnairisant », que la modernité dans une solidarité préservée est mieux porteuse d’avenir pour tous et chacun que le repli sur les idées d’autrefois : qui peut croire aujourd’hui qu’on réglera les problèmes de notre système éducatif en collant un uniforme aux élèves ou que la nationalisation de telle ou telle partie de notre économie puisse durablement sauver les pans menacés de notre industrie ?

Je ne suis pas un fan, je ne suis supporter que du FCN et je n’ai pas de champion. J’essaie juste d’avoir un raisonnement politique fondé sur plus de lucidité et d’expérience que de passion partisane, d’analyses d’actualité quotidienne, d’emportements et d’entre-soi militant au mieux, microcosmique au pire. Ce qui ressort de la primaire de la droite est loin de me donner tort. Je continuerai donc à dire aux gens de gauche,et notamment aux militants qui s’en sont donnés la responsabilité par leur engagement, que si leur voisin se plaint du gouvernement et du Président, il y a beaucoup plus de chance qu’il vote à droite (ou pire) s’ils l’approuvent que s’ils trouvent, en eux-même bien plus que dans les argumentaires officiels, les voies de la pédagogie d’une action et de la conviction que les choix opérés sont les plus pertinents. Ils sont en tous cas, infiniment plus pertinents que ce que nous propose la double adversité de droite et d’extrême-droite, la politique alternative de gauche restant une chimère économique, sociale et surtout politique. Oui, il y a un camp à choisir et un combat à mener. C’est bien banal, ça…

Primaire ? Quelle primaire ?

novembre 27th, 2016

Notre Parti Communiste qui se prononce pour le soutien à Mélenchon à 53% des voix le jour de la mort de Fidel Castro. Le XXème siècle politique est bien derrière nous… Et je crains que malgré les efforts de l’ami et camarade Aymeric, le communisme ne soit pas l’idée neuve du XXIème…

C’est aussi le jour où le Parti Radical de Gauche nous annonce l’investiture de Sylvia Pinel sans passer par la case « Primaire de la Belle Alliance Populaire » avec la bénédiction de l’icône Christiane.

Donc, si on résume, toute la gauche affirme la nécessité d’être rassemblée sous peine de disparition dès le premier tour de la Présidentielle. On fait pour cela une primaire qu’on a même inscrite dans les statuts du P.S.

dessin-frap-29-11-2016

Dessin de FRAP http://frap-dessins.blogspot.fr

Mais Mélenchon ne veut point en être excluant de soutenir tout autre vainqueur que lui-même, interdisant même toute velléité au sortant ! Certains qui y sont clament leur exigence d’unité mais sur des bases minoritaires : faire l’unité autour d’un autre axe que le plus central, c’est toujours délicat. « Tu es majoritaire mais tu dois te plier à mes exigences de minoritaire sinon c’est que tu n’es pas pour l’union ». Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus ! Je sais juste que la branche du P.S constitué d’anciens de la Ligue plus ou moins bien reconvertis n’a jamais eu d’autre programme que de peser dans l’appareil pour des perspectives bien fumeuses où le sort des masses populaires (à qui on prend soin de ne pas demander leur avis) a somme toute bien peu d’importance.

A l’autre bout d’un spectre incertain (tous ne vivent à l’évidence pas dans le même monde et il est donc hasardeux de les rassembler dans un même diagramme…), Macron et son aventure personnelle. Le sort des plus défavorisés est totalement exclu du champ de ses préoccupations (« Je suis de gauche mais je n’ai RIEN à dire aux laissés pour compte du système »). Il se situe aussi en dehors de la BAP de Camba(délis).

Finalement, ces deux bouts (aurait dit le génial Devos) n’ont en commun qu’une profonde ignorance des réalités des souffrances sociales qui sont soit idéologisées et désincarnées, soit ignorées ce qui revient in fine au même.

Que reste-t-il donc de la primaire de la gauche ? Le respect des statuts du Parti Socialiste, dont le Bureau National est le gardien vigilant. Est-il bien raisonnable de définir à cet aune les conditions de l’avenir de la 6ème puissance économique mondiale, titulaire d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies et puissance nucléaire reconnue, outre son message universaliste hérité des Lumières ? Poser la question, c’est y répondre. Read the rest of this entry »

Non à l’accompagnement et oui à la rupture !

novembre 9th, 2016

Par un délicieux lapsus par omission, l’inénarrable Benoît H. (ce blog ne se résout pas à nommer complètement les renégats), le même à qui une bonne âme avait du expliquer ce qu’est l’économie sociale et solidaire à sa première nomination gouvernementale à ce portefeuille, celui qui n’a guère connu d’autre univers que l’appareil du Parti Socialiste où il a successivement trahi un paquet de gens, vient d’appeler implicitement les Français de droite, puis les autres, à réinstaller Nicolas Sarkozy à l’Elysée.

Égrenant sur France-Inter la liste des représentants du « système » destinés à connaître face à la fille Le Pen le sort d’Hillary Clinton face à Donald Trump, il a pris soin de n’oublier ni François Hollande ni Emmanuel M., ni bien sûr Juppé, mais a omis de citer Sarkozy, ainsi promu – il le dit d’ailleurs lui-même à peine en creux – meilleur rempart contre l’extrême-droite ! Relevant cet oubli fâcheux, le facétieux journaliste condamna notre malheureux camarade à ramer sérieusement le reste de l’interview.

Je ne peux évidemment soupçonner ce pauvre Benoît de souhaiter une telle issue pour mai 2017. Mais sa tentative de démonstration démarrant en belle envolée et s’achevant prématurément en atterrissage forcé, n’est pas sans devoir interpeller femmes et hommes de gauche.

Il est inévitable que l’élection américaine inspire des parallèles avec notre propre élection à venir. Les défis sont largement comparables, les comportements sociopolitiques en rapport aisé à établir, et notre propension à imiter les tendances made in USA avérée.

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Dessin de Xavier Gorce www.lemonde.fr 15-09-2016

Bernie Sanders aurait-il pu battre Trump ? Mélenchon et ses semblables de l’intérieur du P.S se sont hâtés de l’affirmer. L’avantage de ce type d’affirmation c’est qu’elle sera pour toujours invérifiable. C’est aussi sa faiblesse. Il est vrai que Sanders n’aurait pas eu le lourd handicap qu’à constitué pour Hillary sa longévité politique familiale avec toutes les casseroles réelles ou supposées qu’elle a du traîner, en plus du peu de sympathie qu’elle a naturellement inspiré aux électeurs de son propre camp. Pour le reste, l’affirmation paraît bien hasardeuse : comment réunir une majorité dans tous le pays quand on n’est pas en mesure de rassembler une majorité de son propre camp lors d’une primaire ? L’offre politique de Sanders s’est révélée ainsi incapable de dépasser une capacité de nuisance incontestable, tant il est vrai que la mobilisation électorale de la classe moyenne blanche américaine, déclassée ou en angoisse de l’être pour sa partie inférieure, ou juste peu encline au partage pour sa partie prospère (l’Iowa…), a été très supérieure à celle des minorités et des jeunes Démocrates qui soutenaient Sanders face à Clinton lors de la primaire.

Il faudrait donc être anti-système, anti-élites, anti-sachants, anti-intellectuels, anti-libre-échange, anti-mondialisation, pro-déficits et pro-dette publics pour gagner une élection aujourd’hui, qu’on soit de droite ou de gauche.

Il faudrait donc, si on suit Benoît, Jean-Luc, ou dans un autre style le très auto-satisfait Arnaud M., se conformer à ce nouveau « main stream » populiste à l’œuvre dans tout le monde occidental et même au-delà, pour avoir une chance…d’échapper à sa version trumpienne ou lepéniste, voire de battre la droite habituelle.

Nombre de commentateurs américains, l’écrivain Douglas Kennedy par exemple, entendus sur nos ondes nationales, relevaient que l’inculture largement partagée était parmi les fondamentaux de la victoire de Trump et en appelait à l’éducation pour éviter de telles catastrophes. La corrélation établie entre faible niveau de formation et vote d’extrême droite en France ne dément pas cette affirmation.

Les contre-vérités, voire même les énormités proférées par les populistes de tous les pays unis dans le mensonge se répandent d’autant mieux qu’elles peuvent correspondre au vécu ou ressenti de tel ou tel sur le terreau d’inculture décrit. Les peuples lassés des promesses non-tenues et des espoirs déçus se tournent vers le Père Noël ou plutôt vers le Père Fouettard, la tentation autoritaire accompagnant la croyance déraisonnable dans des solutions simples à des questions compliquées, à moins que ce ne soit le désir nihiliste de renverser la table. Après le Brexit, il y a quoi, rappelait Jean-Marc Ayrault ? Le vide.

Ce que je suis bien obligé de constater, c’est que ce sont toujours la droite et l’extrême-droite qui capitalisent électoralement sur ces ambiances ou l’irrationnel l’emporte sur les faits les mieux établis. Doit-on considérer le Vénézuela, le Nicaragua ou même le Brésil de Lula et Dilma comme des contre-exemples à suivre ? Pas bien convaincant, ni comparable d’ailleurs…

Je crois donc qu’il faut que la gauche cesse de jouer ce jeu qui ne lui ressemble pas, et qu’elle sache rompre avec la tentation de l’accompagnement de la formidable régression incarnée aujourd’hui par l’élection de Trump aux USA. Nous n’y avons pas suffisamment prêté attention mais il n’y a pas plus grand adversaire du TAFTA que le nouveau Président américain. TRUMP et ATTAC même combat ? Cette convergence interroge…

La tentation du repli sur le pré-carré national, la proclamation d’une réorientation française d’une Union Européenne vouée aux gémonies libre-échangistes (où nous referions l’Europe tout seuls, car nous sommes quand même plus intelligents que tous les autres), avec des propositions vieilles lunes visant à retrouver un âge d’or largement fantasmé, participent de cette régression à laquelle nous sommes invités.

« Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire. » disait je crois Jean Jaurès. La vérité c’est que le protectionnisme est infiniment plus dangereux pour les peuples que le libre-échange même mal et insuffisamment régulé. Et pourtant les peuples sont visiblement prêts à croire le contraire, ou à le laisser accroire par leur vote. La vérité est que les économies « développées » ont et auront besoin de main d’œuvre immigrée ce qui n’empêche par les vieilles peurs de se réveiller, feu couvant raciste et xénophobe attisé par la menace terroriste.

Je ne veux pas d’une gauche qui accompagnerait ces mouvements régressifs, à proprement parler réactionnaires, fussent-ils apparemment populaires. D’abord parce que je les crois contraire à l’intérêt du Pays et particulièrement de ceux que je défends d’abord en tant qu’homme de gauche : les classes moyennes et populaires. Ensuite parce qu’il ne correspondent pas à la proclamation de Jaurès que je partage plus que jamais. Enfin, parce que leur inefficacité électorale est démontrée, aux États-Unis comme ailleurs.

J’en appelle donc à la rupture avec la tentation populiste. Cela n’enlève rien à l’examen lucide des responsabilités des « élites » souvent auto-proclamées dans le rejet dont elle font l’objet. Cela n’exonère en rien la social-démocratie européenne de son devoir de réinvention pour retrouver une capacité de projection collective dans l’avenir, mobilisatrice pour les peuples d’Europe, dans la mondialisation. Cela, surtout, n’affaiblit pas d’un iota la vigueur de notre condamnation de l’ultra-libéralisme qui nous a conduit là où nous sommes, et dont je persiste à dire que le quinquennat Hollande nous aura protégé des plus graves de ses dégats.

Il est plus que temps de se mettre au travail.

CETA : quel sujet ?

octobre 29th, 2016

Peu emballé par le CETA, résolument opposé au TAFTA, j’étais un peu dubitatif devant la vague enthousiaste de soutien à M. Paul MAGNETTE, nouveau héraut wallon de la lutte anti-mondialisation, nouvelle incarnation de notre goût pour les petits villages gaulois (les Belges ne sont-ils pas le plus courageux des peuples de la Gaule ?), pour les David contre les Goliath, et pour les empêcheurs de tourner en rond, en général.

L’empressement avec lequel Arnaud M. a épousé sa querelle me rend carrément méfiant tant le talent du gars pour déguiser des vessies en lanterne est avéré…

Une fois de plus, la gauche se perd dans les symboles, se remet à croire aux lignes Maginot, aux remparts de carton-pâte et aux digues en papier mâché. Car enfin, quelle protection le blocage wallon nous offre (offrait…)-t-il contre l’appétit de dérégulation ultra-libérale des multinationales ? Que tchi, mes camarades ! C’est la faillite des économies administrées d’une part et le blocage de la construction européenne, datant du rejet du TCE en 2005, d’autre part qui ont laissé le champ libre aux droites européennes pour transformer l’Europe en passoire commerciale sans défense et sans réciprocité, faute de projet politique commun. C’est aussi l’incapacité de la social-démocratie européenne à se repenser après la chute du mur, tétanisée qu’elle a été (est ?…) entre le « main stream » ultra-libéral, une tentation de repli protectionniste réellement réactionnaire et le déni de la concomitance entre chute du mur et chute de l’économie administrée.

De quoi le refus Wallon est-il le nom ?

D’abord du doute de l’existence de la Belgique : dans le plus régionaliste ou fédéraliste des Etats, la parole du pays sur la scène internationale et en droit, est tenue souverainement par l’état fédéral ou central. Imagine-t-on un Land allemand ou un Etat américain bloquer la signature d’un traité par la RFA ou les USA ? Est-ce cela la démocratie ? Olivier Beaud, éminent universitaire, partageant mon constat, croit que oui : cliquer ici. Moi beaucoup moins. On voit bien à l’ONU comme dans l’UE combien les droits de veto et les obligations d’unanimité sont néfastes dans l’immense majorité des cas. La démocratie, c’est une méthode de gouvernement et gouverner c’est décider. Un système qui permet à une fraction de bloquer une décision souhaitée à tort ou à raison par tous les autres, c’est la démocratie ? Bof… Ensuite de l’incapacité de l’Union Européenne à donner à son exécutif, la Commission, des mandats clairs et des règles de fonctionnement précises. J’ai lu que ce sont les Européens et pas les Canadiens, qui ont réclamé les modalités d’arbitrage contestée… Qui ne voit que la défiance à l’égard du CETA tient plus aux modalités de sa négociation et de son adoption qu’à son contenu réel ? L’Europe a bien un problème majeur de gouvernance (et là je suis d’accord avec Olivier Beaud) dont les effets co-latéraux sont dommageables : encore une fois, on fait dire à ce traité des choses qu’il ne contient pas et on lui fait porter par avance, des responsabilités qui ne sont ni ne seront les siennes, les crises agricoles notamment. Le problème européen reste entier. Mais qui peut croire qu’un repli national, surtout dans sa version étatique, serai une alternative utile à cette panne européenne ? On a beaucoup critiqué le sauvetage provisoire de l’usine Alstom de Belfort par achat de rames TGV pour qu’elles circulent sur des lignes ordinaires. J’avoue que je suis moi-même perplexe. Là encore le symbole l’emporte sur le rationnel… Mais je suis bien certain que nationaliser, c’était bien pire à Belfort comme à Florange !

Et, finalement, ce post étant rédigé sur deux jours, pour quel résultat : pschitt… Pas tellement pour Paul Magnette, qui a joué son rôle, rempli son mandat et utilisé les institutions de son pays conformément à ses convictions. Ce qu’il a obtenu ne saurait être négligé…bien que cela ne change pas une ligne du projet de traité proprement dit.

Mais c’est un échec (de plus) pour tous ceux qui ont cru (certains crient d’ailleurs à la trahison) que le CETA était fini, ce que M. Magnette a d’ailleurs toujours nié vouloir provoquer. Il sait bien, M. Magnette, qu’un traité commercial est toujours un compromis. Celui-là n’est pas enthousiasmant, la question des modalités d’arbitrage des conflits est évidemment son point faible, mais il est somme toute plus équilibré et protecteur de nos intérêts qu’on a bien voulu nous le faire croire. Il ne méritait pas la diabolisation dont il a été l’objet. Et le véto wallon n’est pas plus le sauveur de la gauche qu’Arnaud M. et ses solutions colbertistes d’un autre âge… Juste une illusion…

Lâche pas l’affaire, Pépère ! (III)

septembre 14th, 2016

Dans cette période troublée, anxiogène, y a-t-il un seul choix ouvert qui nous fasse rêver de lendemains qui chantent, de jours assurément meilleurs, de fleuves de miel ? Trop de nos concitoyens sont prêts à croire à des folies. A qui la faute ? A nous, à eux. Tout le monde a sa part de responsabilité dans le pire. Ceux qui gouvernent d’abord ? D’accord. Ceux qui se mettent soigneusement en situation de n’avoir jamais à gérer, à rester sur l’Aventin du commentateur revendiquant ? Aussi. Ceux qui croient au Père Noël bien après l’âge raisonnable ? Également. Dans une vieille chanson, Henri Tachan proclamait : « C’est p’têt’ de la faute du Public, si on gracie les pousses-au-crime ».

C’est en y pensant que je ne renonce pas à dénoncer l’extrême droite pour ce qu’elle est, et à mettre en garde contre cette tentation mortifère. En ces temps de libération des paroles racistes et xénophobes, l‘argument « moral » n’est pas, n’est plus efficace pour lutter contre le vote F.N. C’est indubitable. Doit-on pour autant renoncer à dire que le F.N est un parti raciste, antisémite, anti-républicain, anti-social, héritier de la collaboration, des pires exactions des guerres coloniales, léchant les bottes et mangeant dans la main decitation-voltairecn2kj65xgaas0cds pires dictateurs comme un toutou docile, et ne se montrant fort et dominateur qu’avec les plus faibles et les plus fragiles ? Que c’est le parti de la lâcheté et non de la Patrie ? Que voter pour ces poltrons soumis aux puissants, c’est se mettre à leur niveau, en dehors même du fait que leurs « idées » économiques nous mèneraient à la faillite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ? Dire cela n’empêchera pas des millions de gens de voter pour cette plaie que le pire des politiciens ne supplantera jamais dans l’art morbide du mensonge ? Peut-être. Mais au moins aurons-nous prévenu… Les « élites », les « sachant », la « classe politique » ont à l’évidence une part majeure de responsabilité dans leur rupture avec le plus grand nombre. Cela ne leur donne pas tort sur tout ! Jean-François Kahn a sûrement raison de demander qu’on arrête d’utiliser le terme populiste. Le fait est que cette peste envahit l’espace démocratique dans le monde entier pour faire croire que des solutions simples avec bouc-émissaire peuvent régler des questions compliquées. Pas d’autre choix que de le dénoncer et de continuer à agir pour régler les problèmes. Quoi que le lien entre difficulté sociale et vote populiste ne soit pas si évident…

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Lâche pas l’affaire, Pépère ! (II)

septembre 13th, 2016

Plus globalement, c’est fou comme nombre de gens « de gauche », en toute sincérité et innocence, se réfèrent aisément aux dogmes et certitudes, sans aucune référence au contexte, et donc sans relativisation !

Prenons l’économie : on est de gauche, donc la politique de l’offre, c’est mal ! La leçon de 1982 n’a pas été apprise, l’exemple de la Grèce analysé à l’envers… Si tu n’avais pas réduit les déficits publics en augmentant les impôts d’abord (ouille !), puis en maîtrisant comme jamais les dépenses publiques (aie !), où en serions-nous ? Ceux qui n’ont que le mot d’austérité à la bouche auraient de vraies raisons de se plaindre ! Les Européens, Allemands en tête, (pas l’Europe, hein ! Les Européens !) ont refusé l’évidence énoncée par Piketty : à une monnaie doit correspondre une dette publique globalisée. La dette grecque (et les autres) pouvait être absorbée dans une dette globale où elle était infinitésimale ou presque. Dès lors, pour nous, le choix était (un peu comme en 82…) entre quitter la zone Euro et retomber dans les dévaluations n’ayant rien de compétitives et une instabilité monétaire épuisante pour l’économie, ou le consentement à une certaine discipline collective au sein d’une zone Euro protectrice pour tous, en essayant d’obtenir des gouvernements de droite européens et de leurs économistes « main stream » un desserrement de l’étreinte orthodoxe. Non sans résultat d’ailleurs : qui oserait qualifier de restrictive la politique monétaire de la BCE ? Donc oui, l’appartenance à l’Euro et sa zone nous protège. Comme tous ses membres bénéficiaires, autant que dépendants d’une économie ouverte ! Aucun des pays qui s’en sortent bien (mieux que nous) hors de la zone Euro n’ont à la fois notre niveau de puissance économique, de protection sociale, et notre place dans les échanges internationaux ! Elle a une histoire, la France ! On ne peut la nier !

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Lâche pas l’affaire, Pépère ! (I)

septembre 12th, 2016
Dessin prémonitoire de FRAP en avril 2011. Bis repetita ?

Dessin prémonitoire de FRAP en avril 2011. Bis repetita ?

Evidemment, « Tonton, laisse pas béton », c’était plus classe et plus respectueux. Mais l’essentiel était que la rime ne fût pas trop pauvre… Pas plus que ton bilan, riront les affreux de tous poils qui se délectent de cette perche tendue, aucune facilité ne les rebutant. Je te les sers donc moi-même avec assez de verve, etc. etc.
Trêve de plaisanterie, l’élection du printemps s’annonce pénible pour nous autres qui souhaitons vraiment que la gauche gouverne plus de 5 ans consécutifs. Nous pensons vraiment que cela vaudrait mieux pour tout le monde et notamment pour ceux qui sont vraiment les victimes du système inégalitaire qui domine le monde sans partage, depuis que les alternatives dirigistes se sont effondrées sur elles-mêmes. Cet échec-là ne peut décemment t’être imputé.
Pour le reste, l’heure est à l’inventaire. Les succès et progrès n’intéressant pas grand monde (comme si c’était facile !), j’avoue que tout ne m’a pas convenu dans ce quinquennat. Accessoirement, ta manie de jeter ceux dont la loyauté est inexpugnable au profit de ceux à qui, passé le bout de la rue, il vaut mieux demander de marcher devant soi. La baffe Macron, tu l’as un peu cherchée ! Même Manuel : dès 2007, il faisait l’impasse sur 2012 persuadé que 10 ans de Sarko étaient inéluctables ! Sa candidature à la primaire relevait de la même logique que celle aujourd’hui des Benoît H ou Arnaud M (mon clavier est allergique au patronyme des renégats) avec qui il a organisé son arrivée à Matignon : on parie sur la défaite et on se place pour le coup d’après. Où et quand s’arrêtera sa loyauté ? Ayrault « n’imprimait pas ». Il t’en a fallu du temps pour t’apercevoir que ce n’était pas une bête de médias : 15 ans voisins à l’Assemblée pour ne pas faire la différence entre un « faiseux » et un « diseux » ! Macron « imprime », lui, c’est vrai… Valls aussi d’ailleurs : le seul type qui réussit à mettre des centaines de milliers de gens de gauche dans la rue contre une loi (finalement) de progrès social, avec des dégâts politiques considérables ! Sur le coup, heureusement que Laurent Berger et la C.F.D.T étaient là, mais ils peuvent t’en vouloir (ils t’en veulent d’ailleurs !)… Quel benêt ce JMA : faire passer une réforme des retraites pérennisant notre système par répartition sans un pet de travers, obtenir un accord interprofessionnel sans drame, a-t-on idée ?!

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